Tuesday, 25 October 2011

Pertes collatérales.
Collateral losses.



Il vivait bien entouré. Un chat qui pratiquait le semi-pantouflage dans les quartiers chic des faubourgs au Nord d'Athènes à deux pas du Lycée français. Comme tant d'autres chats ici. Je l'ai connu en 2009, fier et propre, acceptant rarement la nourriture par les inconnus dans la rue, portant une petite cloche rouge autour du coup. Le premier mémorandum de 2010, entre le gouvernement Papandreou et la Troïka, n'a eu aucune incidence sur le destin du petit matou. Mais les mesures votées par le Parlement en Aout 2011 ont accéléré la spirale du FMI, y compris pour lui. Les locataires se sont mis à quitter leurs logements par milliers. A chaque coin de rue de la capitale on trouve désormais un large choix d'appartements vides. Les gens retournent à leurs villages, chez leurs parents ou sinon, ils vont occuper une résidence, ex-secondaire parfois, dont ils sont les propriétaires pour ne plus avoir à verser un loyer.

Dimanche matin tôt, le premier du mois d'octobre 2011, j'ai vu cette jeune femme brune aux yeux noisette, aidant son père costaux et moustachu, à charger un pick-up immatriculé en Crète. Elle aurait préféré éviter les voisins, peine perdue. J'ai surpris la brève discussion entre elle et sa voisine de palier. Une vraie commère cette dernière. La brune est donc une nouvelle chômeuse. Donc elle est pressée de disparaitre du quartier. Une en plus, sur le demi million des derniers mois. Son code vestimentaire est encore conforme, branchée, sauf au monde du travail. Son père lui, habillé en noir, à la crétoise. Façon ile profonde. Elle laisse l'appartement... et le chat dont elle s'en occupait mais qui n'était pourtant pas le sien, formellement en tout cas. Mais la crise est très formelle. Depuis, le chat qui reste sur place, dort dans les poubelles (non ramassées deux semaines durant, les éboueurs étant en grève pour sauver leurs maigres salaires amputés déjà de moitié), et réclame à manger (comme les éboueurs). Il est dans un piteux état, bientôt il deviendra maigre, il est déjà malade, sale et en manque d'affection. Visiblement il déprime. En lui apportant un peu de nourriture j'ai remarqué que sa petite cloche manquait... déshumanisation, dommages collatéraux... FMI.



* Photo de couverture: Tristesse

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