Tuesday, 2 April 2013

Rues d'Athènes/Streets of Athens



La pluie fine qui tombait hier matin sur Athènes a rapidement laissé sa place au soleil, ainsi qu’à nos manifestants du jour, très nombreux: les étudiants, ayant répondu à l’appel des organisations de la gauche étudiante de la capitale et du reste du pays, politiquement situées entre Syriza et le parti communiste. Ces jeunes, s’opposent à la refonte mémorandaire des universités et de leurs filières courtes, devenues même trop courtes en ce moment et pour cause. Des générations entières en Grèce, à Chypre ou en Espagne seraient ainsi “perdues”, nous dit-on, tous ces analystes de la plus mauvaise presse depuis si longtemps en Europe. Une récente enquête universitaire, précise et documentée citée par le quotidien économique Imerisa du 28 mars, indique que plus de 150.000 diplômés ont quitté la Grèce depuis le début de la crise, et ceci, à destination de 74 pays et de 528 villes du très vaste monde... et de la très vaste crise alors !

Place de la Constitution, le 28 mars

Nos générations “multi-âge”, semblent du reste... davantage (et définitivement) perdues, que les dépôts de certains oligarques... petits, moyens et grands auprès des banques chypriotes (ou autres). Nos médias ce jeudi (Real-FM, le 28 mars), diffusent cette nouvelle, qui n’est étonnante qu’en apparence, à savoir, la fuite de certains capitaux depuis Chypre peu avant, mais également durant la folle et courte semaine du “NON”. Ceci aurait été rendu possible, d’abord parce que les filiales des banques chypriotes en Grande Bretagne ou en Russie étaient “normalement” ouvertes, et ensuite parce certains cadres et agents bien placés, et occupant de postes névralgiques leur permettant l’accès aux codes, auraient facilité ce type de transferts, moyennant bakchichs bien évidemment (voir la presse grecque et chypriotes de cette semaine). Qui aurait pu douter sur cette suite finalement assez logique dans les idées, après la “tonte” des capitaux à Chypre. Évidemment, les petits épargnants, les petites et moyennes entreprises se sont vus signifier leur mort, tandis que certains nantis auraient sauvé une partie au moins de leurs capitaux... pendant que Nicosie préparait l’emballage sa capitulation.

To Pontiki, le 27 mars

To Pontiki, le 27 mars

Elefterotypia, le 28 mars

Ce matin, le 29 mars, Kostas Vajevanis (le journaliste qui a dévoilé en premier une version certes tronquée de ladite liste Lagarde), vient de publier un document, qui indiquerait que comme par magie, des prêts s’élevant à plusieurs millions d’euros accordés à des hommes politiques de tout bord à Chypre, auraient été effacés par les établissements bancaires à Chypre. Sur son site “la boîte de Pandore”, il divulgue même les (supposés) noms des bénéficiaires, liés à de comptes bancaires concernés, appartenant, soit directement aux politiciens eux-mêmes, soit à leurs entreprises, voire à certains membres de leurs familles. D’après le site de Vaxevanis, (information reprise par le quotidien Ethnos du 29 mars), cette aurait déjà été remis à une Commission d’enquête du Parlement chypriote. “Même si cette question, à savoir, s'il s'agit bien d'effacement des dettes des politiciens n'est pas élucidée, le supposé favoritisme dont auraient bénéficié ces hommes politiques, arrive à un moment où la saignée imposée au Trésor public et surtout aux”, note le journaliste.

Manifestation étudiante, le 28 mars

Plus près de nous, menant une petite enquête auprès une personne travaillant pour le compte d’une “structure très spécialisée” ayant pignon sur rue (huppée) d’Athènes, il s’avère que bien de manières et de pratiques sont toujours possibles pour ce microcosme des affaires courantes (et qui savent alors courir dans un sens): “Oui monsieur, nous avons des clients pour qui, même en ce moment, c'est à dire sous le blocus disons des capitaux instauré à Chypre, nous réussissons à transférer leurs dépôts ailleurs, bien évidemment, sans utiliser la voie classique et désormais interdite, à savoir les virements. Vous imaginez... je ne peux pas vous expliquer comment nous procédons. Certes, le commun des mortels, les petits épargnants, surtout ceux qui n’ont pas d’ailleurs bancaire (sic) subissent pleinement et dramatiquement toutes les conséquences de ce qui se passe actuellement sur l’île. En ce moment, nous transférons des fonds de nos clients entre Chypre et la Grèce, vers d’autres destinations, Londres, Singapour et Hong Kong sont des destinations très demandées en ce moment”.

SOS Europe du Sud, Elefterotypia, le 28 mars

Chypre que nous aimons, Athènes le 28 mars

Le mélange d’époque est bien surprenant: des rues commerçantes où les nantis font encore leurs emplettes dans les boutiques des grandes marques mais dont certaines ont pourtant déjà fait faillite, des affiches de l’extrême gauche sur le “Plan B” et sur la sortie de la zone euro, et en face, cette mendiante, toujours à “sa” place depuis bien des semaines, d’après ce que j’observe en tout cas, tout comme cet autre mendiant handicapé, à peine cinq cent mètres plus loin.

Manifestation étudiante, le 28 mars

On comprendra que la mise à mort forcée de l’économie chypriote concerne d’abord et en priorité le grand nombre, et ensuite les politiciens et les oligarchies locales ou mondialisantes, rien de très nouveau d’ailleurs dans tout cela. Ce qui contribue à cette grise mine, ainsi que ce grand silence généralisés qui règnent dans les rames du métro athénien, reflétant ainsi dès les premières heures de chaque journée, notre nouveau visage humain. Sauf lorsqu’on manifeste semble-t-il. Comme hier jeudi, au centre-ville, entre nos étudiants, les ouvriers-chômeurs des chantiers du Pirée devant le ministère des Finances, ou encore une délégation des assistants sociaux rencontrés parmi les autres manifestants, place de la Constitution: “notre branche, notre métier sont en train de mourir, nous n'avons plus de moyens d'exister et d'exercer”. Parmi tous les manifestants, les étudiants demeurent aux dires... de la rue, plus joyeux que les autres, ce qui par principe doit être rassurant. Et tout ce petit monde s’entremêle, étudiants, mendiants, ouvriers, chômeurs, nantis et nous tous, passants de l’histoire prochaine. Et parfois, ce n’est que par son silence que notre présent devient si assourdissant.

Ouvriers devant le ministère des Finances, le 28 mars

Comme ce matin, dans une rame du métro et tout d’un coup, les regards furent braqués sur ces deux jeunes femmes, probablement étudiantes qui rigolaient, est-ce encore possible ? Telle fut la question du jour. Hier, près de la manifestation, un agent de l’Office des forêts a même interrompu sa discussion en apostrophe: “Oui ma chère, tout nouveau directeur qui prend ses fonctions à G. finit par être muté ailleurs après un certain temps... à cause de la corruption et les pots-de-vin... ainsi il va pouvoir pratiquer son... apprentissage depuis son nouveau service”. Histoires en somme banales car issues d’un ancien temps si exécrable mais qui n’en finit pas de s’en aller. Et en attendant, c’est nous qui partons d’ici (et d’ailleurs) d’une manière ou d’une autre.

Le mendiant près des manifestants, le 28 mars

Époque alors et siècle inaugurant un nouveau bruit... venu de loin. Comme par cette bombe qui a explosé mercredi soir, le 27 mars, près de l’Acropole devant le domicile d’un armateur dont les affaires sont liées avec celle de la Banque de Chypre, provoquant à vrai dire peu d’émotion au commun des mortels, nous ne nous sentons aucunement concernés par de telles vagues de violence, d’ailleurs nous ne sommes pas armateurs.

Le chic et le Plan B

Les sans-abri au centre-ville commentent ainsi les dernières rixes entre les Arabes et les Asiatiques du quartier, d’autres mendiants, impassibles, regardent passer les manifestants, tandis que cent mètre plus loin dans un café, les gérants et leurs rares clients s’émeuvent de la réouverture des banques à Chypre ce matin. “Nous verrons ce qui en deviendra mais en tout cas, eux et nous, nous avons aussi quelque part exagérer avec cette mentalité de nouveaux riches et nos piscines... mais en tout cas c'est grave”. Devant un ministère, un agent de “nôtre” État (en ce qui demeure toujours plus profond que jamais), formula enfin l’inexprimable: “Nous avons nos problèmes, nous n'irons pas nous occuper de Chypre maintenant, et puis quoi encore”. Effectivement, le clientélisme produit bien des idiots et des fascistes. Idiots, c'est-à-dire en grec ancien ἰδιώτης, idiốtês, homme vulgaire, qui ne participe pas à la vie politique de sa cité. Mais à part nos idiots, puis ceux des autres, des concitoyens choqués par le destin chypriote, affichent depuis une semaine spontanément sur les murs d’Athènes, des messages d’amour envers Chypre.

Le chic et la mendiante, le 28 mars

Et pour finir, notre presse en ce moment, ne décolère pas contre les élites de l’Europe germanocrate, mais également contre nos “propres” élites très rapaces du para capitalisme local, grec et chypriote, dangereux, hypocrite et dépourvu de tout sens patriotique, et de tout sens tout court, sauf celui de sa propre survie. Ce qui aura déjà coûté à tous les prolétaires du pays, ainsi qu’à notre tissu économique des petites et moyennes entreprises... la mort à Nicosie. Kyriakos, l’employé chypriote de l’autre côté de la ville est toujours en état de choc. “C'est l'assassinat d'une économie et des habitants de notre pays. Mon père qui théoriquement... travaille encore à la Banque de Chypre à Nicosie, me disait que le drame des humbles est incomparable au risque subi par les oligarques. Un retraité chypriote-grec, ayant émigré et vécu en Australie durant cinquante ans, a perdu un million et demi d’euros, placés à la Banque Populaire, toute son existence économique... il comptait financer les études de ses petits enfants... Puis, de nombreux étudiants chypriotes en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis seront amenés à abandonner leurs études à terme”.

J'ai faim, Athènes, le 28 mars

SOS pour l'Europe du Sud”, titre Elefterotypia ce vendredi 29 mars, fins de mois et de l’Europe.



* Photo de couverture: Manifestation étudiante, le 28 mars

No comments

Post a Comment

The team of "Greek Crisis" respect all opinions, but
reserves the right not to publish offensive comments.