Thursday, 27 June 2013

Le tricot de la Destinée/Knitwear of Destiny


Décidément, nous flottons dans un espace virtuellement fatidique. Le “nouveau gouvernement” a prêté serment mardi 25 juin, la presse d’hier en faisait déjà sa Une, sans pour autant attiré davantage les regards que d’accoutumée. Déjà, au soir du lundi 24 juin nous avions assisté à un de ces moments agités, dont le monde usuel et usé des médias habituels en raffole, s’agissant des dernières tractations du “grand instant” prétendument politique. Les journalistes sur Real-FM, ou ceux des chaînes de télévision Méga et ANT1 ont ainsi dramatisé l’insignifiant... à outrance. Günter Anders aurait dit à leur propos que manifestement, “ils tricotent les destinées de notre monde fantôme” sauf que l’histoire, et d’autant plus cette dernière histoire purement et politiquement fictive, nous abuse au point que nous croyons en être les véritables témoins, les véritables acteurs et même les véritables victimes.

Friday, 21 June 2013

AmERTume/Bitterness



Le soi-disant drame politique du jeudi soir aurait pris fin ce vendredi matin. La nuit la plus courte s’achève sur un rien encore trop long. Antonis Samaras dans son allocution de minuit, a précisé “que nous ne retomberons pas dans nos pêchés du passé, les reformes se poursuivront d’ailleurs sans relâche”. L’esprit d’un certain Protestantisme ainsi que celui du méta-capitalisme très certain, triompheraient alors. ERT appartiendrait déjà à la mémoire collective et sa survie, en somme relative, ne serait que très provisoire. Et au petit matin, la dite Gauche démocratique, le parti de Fotis Kouvelis a quitté le gouvernement, découvrant post mortemtoute l'imposture démocratique dans la gestion du dossier ERT, un problème qui n’est pas épidermique”, telle fut la déclaration, si profondément nocturne, de Fotis Kouvelis.

Tuesday, 18 June 2013

Apparences trompeuses/Deceptive appearances



C’était hier, lundi matin, que nous avons découvert la première piraterie saisonnière de la semaine, à savoir l’émission du signal NERIT, par la plate-forme numérique privée Digea. Car c’est sous l’acronyme NERIT, c'est-à-dire “Nouvelle Radiotélévision Grecque et Internet”, que devrait naître par “césarienne politique” autant que par “césaropapisme mémorandaire” du ministre de l’Économie, ce groupe audiovisuel censé succéder à notre vieille ERT. Sauf que le... solide préfabriqué de la Troïka et d’Antonis Samaras vient d’être partiellement sanctionné hier 17 juin soir par le Conseil d'État, la plus haute juridiction administrative grecque, laquelle a annulé “de manière temporaire” la décision du gouvernement, et ordonné la réouverture de l'ERT jusqu'à la constitution d'un nouvel organisme audiovisuel public.

Saturday, 15 June 2013

En avant lente/Slow ahead



La démocratie, c’est d’abord la conjoncture joyeuse et émouvante. Et si possible en plus, une civilisation dont le faisceau de circonstances participe pleinement à la construction du fait politique. Depuis déjà la cinquième journée consécutive, des centaines d’employés poursuivent l’occupation du siège de l’ERT à Agia Paraskevi. À part l’immense manifestation permanente de soutien, ce rassemblement se transforme également en un grand événement culturel. Ainsi, l’orchestre de la radiotélévision publique grecque a donné un concert plus qu’émouvant, durant plus de six heures vendredi 14 juin au soir. Oubliant les crispations ou les tristesses, une partie de la Grèce au moins, retrouve sa conjoncture joyeuse, et ce n’est pas rien, indépendamment dirions-nous, de toute portée politique immédiate.

Thursday, 13 June 2013

Les ondes de la guerre/The airwaves of war



Depuis ce jeudi matin la foule qui entoure le bâtiment de la radiotélévision publique ERT est immense. L’avenue Mesogeion est fermée à la circulation, la pluie tombe par intermittence, et les milliers de manifestants se disent fort déterminés. Suite à l’appel à la grève générale lancé par les principaux syndicats grecs, du privé et du public pour protester contre cette mise à mort, cette journée de mobilisation se transforme également en une journée... de la guerre des ondes.

ERT. Staff are continuing to broadcast...

EBU (European Broadcasting Union): Monitor ERT online

Mobile version

ERT staff are continuing to broadcast from their studios and broadcasting via streaming which can be monitored on the homepage of the EBU website.

The EBU has been accessing the stream and retransmitting it via satellite to give Europe’s public service media access to ERT's news content.


EBU - UER (European Broadcasting Union - Union européenne de radio-télévision)


Requiem



Il y certains événements dont la portée peut aussitôt s’avérer incalculable. Dans ce sens, nous serions déjà sortis de l’économisme et peut-être bien de sa mécanique hors-pair au service d’une dictature implacable. Tel est d’ailleurs le sujet du jour depuis avant-hier, “finalement notre régime est bien plus dangereux qu'une dictature, car nos tyrans portent toujours cette robe déchirée de la Démocratie”, disait une jeune femme dans un café athénien situé près d’une clinique et s’adressant au gérant de l’établissement. Le silence ainsi imposé aux radios de service public ainsi qu’à ses chaînes de télévision est d’abord ressenti comme un manque, une perte, voire une disparition. Une disparition mais qui s’ajoute à tant d’autres depuis l’instauration en Grèce depuis 2010, de ce régime politique bien particulier, car “légitimé” par le trauma perpétuel.

Wednesday, 12 June 2013

Mort subite/Sudden death



La “mort subite” de la radiotélévision publique ERT, provoquée par le gouvernement “grec” a été annoncée ce mardi 11 juin à 17h20. Ce même soir vers 22h, le ministère de l’Économie dans un communiqué a précisé “que la société ERT n'existe plus. Désormais, et en attendant la mise en place de la nouvelle structure, son successeur n’est autre que le ministère de l'Économie. Toute émission doit alors cesser à la fin du programme de ce soir minuit. Toute infrastructure doit rester intacte”. La Troïka est à Athènes, sa “gouvernance” surtout.

Thursday, 6 June 2013

No Signal



Le quotidien de la dite crise, deviendrait presqu’un insoluble nœud gordien. Sur-le-champ, notre société émet des signaux bien contradictoires. Tout y est, tout s’y retrouve pêle-mêle, car nous croisons chaque jour et à chaque coin de rue, pratiquement toute la palette des destins individuels et collectifs dans la précarité du moment. Sur le port du Pirée jeudi matin, les navires desservant les îles de l’Égée avaient presque pu appareiller comme par “temps normal”, et seuls certains marins évoquaient encore dans leurs discussions au café de l’embarcadère, la mobilisation de la veille. Quant au vieux Agios Georgios, ce “Ro-ro/passenger ship” de 1972, amarré depuis mardi soir, il ne reprend visiblement sa traversée vers Sifnos, Serifos et Milos que ce vendredi.

Wednesday, 5 June 2013

De la souillure/About defilement



Parfois, certains mirages nous viennent d’assez loin. “Jour après jour, les événements dramatiques qui nous traversent finissent par incarner tout simplement la vie. Ce qui est grave se mêle à l'insignifiant et au bout du compte, à la médiocrité la mieux incarnée par notre temps, et d’ailleurs, dans toute sa splendeur. Nous poursuivons alors tous, cette quête sempiternelle dans ce que l'homme produit de plus social, mais à ceci près: au lieu de revendiquer un toit, un voyage, ou une excursion, nous revendiquons plutôt un morceau de pain. Mille et une remarques, et autant de réflexions traversent chaque jour mon esprit, et j’aurais certainement pu les annoter sur ce carnet, sauf qu’elles disparaissent dans l’oubli, au beau milieu de l’insignifiance de tant d’événements quotidiens”.

Sunday, 2 June 2013

Gens tristes/Sad people



Au soir du mercredi 25 mai 2011, le poète Yannis Varveris avait déjà salué ses amis dans un café à Halandri près d’Athènes. Il prit un taxi qui l'emmènerait chez lui au centre-ville, au numéro 51 de la rue Homère. Alors qu'il était assis sur la banquette arrière et que le véhicule roulait lentement à cause de la chaleur, personne n'a remarqué le moindre bruit. Yannis a dû certainement se rappeler de son poème: “En galopant dans un taxi”, et peut-être même chuchoter ses derniers versets. Il a dû penser surtout, que rien n’est accidentel.