Friday, 12 July 2013

Toujours le dimanche/Always on Sunday


Il était grand temps déjà. En ce juillet 2013 la réalité dépasse et de loin les pires cauchemars de “l'autre temps” et pour tout dire... d’un certain anthropospécifisme. Sissy, notre amie ainsi que grand témoin ayant participé à l’aventure du film documentaire “Khaos”, commence tout juste à réaliser ce que les scénaristes du primo-mémorandum avaient déjà visualisé. S’agissant évidemment du découpage et des autres éléments du tournage. “Je croyais que mon poste d'enseignante obtenu sur concours, relèverait de l’immuables, et ceci finalement quoi qu'il arrive. Eh bien... je constante que non. Mon amie Anna effondrée, vient de me téléphoner. Son nom figure sur la liste, elle perd son poste. Elle connaîtra alors le chômage comme tout le monde”. Voilà pour le dernier numéro de la séquence. Sissy, Anna et tant d’autres sont bel et bien dans le film.


Les manifestants policiers municipaux et le sans-abri. Athènes, le 8 juillet

Notre semaine avait déjà mal débuté, rien que par l’annonce de la suppression de toutes les polices municipales du pays, ainsi que de l’ensemble des postes de gardiens au sein des écoles. J’ai vu ces agents et policiers municipaux défiler lundi 8 juillet vers midi, puis “camper” devant le ministère que l’on nomme encore parfois “de tutelle” jusqu’à la fin de l’après-midi et sous une chaleur accablante. “Confrères, restons calmes et déterminés, seulement, bien à l'ombre”, répéta le représentant syndical.

Manifestation des policiers municipaux. Athènes, le 8 juillet

Ce vendredi 12 juillet, c’est dans un grand hôtel athénien bouclé par les manifestants, que les maires de toutes les communes du pays-territoire, se réunissent de manière extraordinaire pour décider des suites à donner à... l’irréparable ou sinon... de faire semblant. Les hôpitaux sont aussi en grève en ce moment, l’ensemble des services municipaux du pays l’est également, et on évoque déjà la prochaine étape, à savoir, la démission simultanée de l’ensemble des élus locaux du pays. Telle est en tout cas la proposition de certains élus de la Grèce du Nord, déjà le maire de la ville d’Igoumenitsa et de Mytilène ont annoncé leur démission, n’attendant même pas la fin de la réunion.

Devant le ministère de “tutelle”. Athènes, le 8 juillet

“L’autre temps” si inestimable est désormais bien loin, pour Sissy, pour le maire d’Igoumenitsa, pour nos médecins urgentistes et véritables héros de notre “temps d'après”. Telle est aussi l’analyse de mon cousin Kostas qui vient d’être opéré, et de toute évidence de Th., mon ami journaliste qui n’est plus payé depuis bientôt trois mois par “son” journal “progressiste”, comme on s’amusait à dire jadis et avant la disparition de l’acception sociale acceptable d’un certain vocabulaire issu de notre petit monde de gauche. Car dans un sens, et à travers ce contexte nouveau de “l'anthropophagie” généralisée et de la survie, comme seuls moteurs et en même temps catalyseurs des comportements individuels et collectifs, l’anthropospécifisme certainement culturel et déjà celui des gauches, risque de disparaître en premier. Ceci-dit, nous nous battons, toujours et encore.

La carte de la nouvelle télévision publique. Le 7 juillet

Cette même semaine nous avons découvert la nouvelle télévision pirate dite publique EDT, du régime “géré” par le terrible binôme de Venizélos et de Samaras. Et la Grèce entière a pu rigoler de ce logo, lequel paraît-aurait été copié à la hâte depuis les archives de l’ultime télévision soviétique au temps de Gorbatchev.

Image d'archive d'après certains sites grecs, juillet 2013

Nous voilà donc “heureux bénéficiants” de ce nouvel “audiovisuel public” mutant, produit dans un studio privé, par des techniciens semi-amateurs, sans autorisation légale d’émettre depuis le CSA grec, et dont... le multiplexage, est à la fois l’œuvre de la plateforme numérique privée Digea, alors contrôlée par les magnats des medias du pays, et avec... l’aimable participation de l’operateur historique de téléphonie OTE, contrôlé depuis quelques années déjà par... Deutsche Telekom. Le metteur en scène Roviros Manthoulis vient de déposer un recours devant les tribunaux d’Athènes pour la diffusion par EDT de son film “Madame le maire”, tourné en 1960. “Kapsis, le ministre de l'audiovisuel m'avait réclamé certains de mes films pour monter un club cinéma, c'était du temps de sa jeunesse et voilà qu’il vient enfin de réaliser son rêve à présent”, a déclaré le réalisateur devant la presse non sans ironie, et qui de ce fait, réclame 20.000 euros en dédommagement. Nos pantins politiques se ridiculisent ainsi jour après jour, déclaration après déclaration, mémorandum après mémorandum, telle est en tout cas la doxa commune. Comme lorsque le “gouvernement” instaure l’exclusion de toute “mise à disposition”, des fonctionnaires détachés auprès des ministères ou des bureaux des députés. Ils échapperont ainsi à cette “disposition”, autrement-dit licenciement. Comme aussi, lorsque l’ancien membre de la Commission de Bruxelles Christos Papoutsis et ex-ministre du PASOK, vient d’être nommé représentant de la Grèce auprès de la Banque Mondiale pour ainsi poursuivre sa... “carrière d'apparatchik”, comme on entend dire alors ici ou là dans le pays.

Evangelos Venizélos escorté en Crète. “Quotidien des Rédacteurs” du 12 juillet

Ces gens doivent être guillotinés, tous et sans exception ni même procès” avait lancé une auditrice ce vendredi en direct, sur la radio Real FM. À force d’endurance, nos hommes mais aussi nos femmes arrivent à ne réclamer la même chose que les hommes: la supposée “mise à mort physique” d’une bonne partie du personnel politique. Étonnant par une première lecture, et d’autant plus s’agissant des femmes. Le rapport entre nous et le fait politique serait alors bien plus complexe et autrement plus grave qu’avant. D’où sans doute, cette grande indifférence de l’opinion à l’égard du premier congrès unitaire et refondateur de SYRIZA qui se tient depuis deux jours près d’Athènes. Décidément, notre mer nocturne de la majorité silencieuse des naufragés sociaux, n'en finit pas de faire des vagues. Déjà, il a déjà fallu quatre compagnies de CRS pour protéger Evangelos Venizélos de la foule, très en colère il faut dire à Héraklion en Crète, hier jeudi 11 juillet. D’ailleurs, tout un plan d’évacuation a été mis en œuvre.

Tel est le triste sort de la social-démocratie en Grèce et bien au-delà dans certains autres pays de la zone euro. Notons qu’en Crète, cet ancien fief du PASOK, cet ex-grand parti, a vu son influence fondre, de 62% aux législatives de 2009, elle est passée à 18% lors des législatives de 2012.

Les commerces seront ouverts le dimanche”. “Quotidien des Rédacteurs” du 12 juillet

Car même en Crète parfois, pour tenir, il va falloir faire preuve d’endurance. Mais à force d’endurance, les enfants, les hommes, puis les femmes de ce pays changent, y compris pour ce qui est de leur rapport avec la mort. C’est ainsi que durant cette dernière semaine, deux femmes et mères respectivement de deux et de trois enfants, se sont suicidées en Grèce Centrale, à Trikala et à Domokos. Une quasi-nouveauté et peut-être un nouveau seuil alors franchi, mais vers où ?

Non à l'Euro”. Athènes, le 8 juillet

Athènes, le 8 juillet

Vêtements qui sèchent sur un banc public. Athènes, le 8 juillet

Une certaine indifférence règnerait en toute apparence. La ville se vide peu à peu, sauf que rien n’est comparable avec le temps d’avant encore une fois. Le “gouvernement” fait du dimanche un jour ouvrable pour les tenants des commerces à travers une multitude de mesures qui seront adoptées à la hâte par le “Parlement”. Nous... attendons enfin la visite à Athènes du ministre fédéral des finances Wolfgang Schäuble pour ce 18 juillet. Les enseignants, les agents municipaux, le personnel hospitalier fait du dimanche manifesteront déjà. Sous ce soleil accablant. Comme tout le reste. Quelqu’un au moins parmi les “responsables” grecs, devrait peut-être montrer à Wolfgang Schäuble ce bâtiment de l’ancien Conservatoire de musique rue Phidias et qu’il va falloir sauver de la ruine complète. Œuvre de l’architecte allemand Gustav Adolf Lueders et première demeure de l’Ambassadeur d’Autriche vers 1840, c’est un des trois plus anciens bâtiments de notre ville, s’agissant du dix-neuvième siècle évidemment.

Adespotes de l'ancien Conservatoire de musique.. Athènes, le 12 juillet

Le bâtiment de l'ancien Conservatoire. Athènes, le 8 juillet




* Photo de couverture: Policiers municipaux en manifestation. Athènes, le 8 juillet

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