Saturday, 21 September 2013

De l'instrumentalisation soutenable/Sustained Manipulation



Certains événements lorsqu’ils se précipitent trop, ils relèvent alors souvent d’une dimension beaucoup plus profonde, et cependant accompagnatrice discrète des évidences. Pavlos Fyssas tout jute enterré, son meurtrier quant à lui, a agit avec le professionnalisme des tueurs engagés. On le sait d’après les témoignages directs. On a aussi entendu ce cri déchirant, des parents de Pavlos qui n’ont pas hésité à remettre même certains “grands journalistes” à leur véritable place.

Dessin dédié à la mémoire de Pavlos Fyssas. “Quotidien des Rédacteurs” du 20 septembre

Laissez-nous enfin parler et cessez de refaire l'image de notre fils à votre manière, c’est à dire comme cela vous arrange. Il suffit que d'écouter ses chansons pour comprendre. Tout y est, sa dignité, son intégrité, ses luttes. Il faut toutefois ajouter cette dernière chose: des témoins nous ont rapporté que les policiers présents n’ont pas voulu intervenir à temps, bien qu’en nombre suffisant. Ils étaient une douzaine environ. Là également, il faut enquêter... puis... l’assassin doit être condamné à la peine de mort” (reportage sur Real-FM, 20 septembre).

Pourtant la peine capitale a été abolie et ceci, depuis bien longtemps en Grèce... du moins officiellement. Sauf que dans la rue c’est parfois autre chose... et qu’une certaine “gestion politique” dans notre pays, ferait basculer le “sens trop commun” une fois, de plus vers la logique et en même temps éthique... des syndicats du crime. C’est vrai pour ce qui relève des “grandes affaires” de l’économisme triomphant, c’est également tout à fait exact, quant à “l'instrumentalisation soutenable” de l’Aube dorée, cette dernière, co-initiée par le pouvoir actuel et même bien au-delà. Mais ce n’est pas encore “acquis” de manière large, les Grecs sont en ce moment plutôt tétanisés.

Seulement, le temps des simplismes a bien pris pleine la figure ces derniers jours. On serait enfin en mesure, on le devrait en en tout cas, que de se poser cette question patente et dès lors tragique: voilà un tueur engagé, prévenu pour ainsi agir de la sorte, et qui ne fuit pas après le crime, ne porte même pas une sorte de... cagoule et se laisse tranquillement arrêter par les hommes de la police présents sur les lieux. “Étrange” ! Et comme le temps des simplismes n’a plus lieu d’être, les Grecs devraient sortir de leur mutisme. Des arguments du genre, “je ne sais pas”, “je n'ai rien vu venir” à propos de l’Aube dorée n’ont plus lieu d’être. Ensuite, du côté... des accompagnatrices discrètes des évidences, certaines coïncidences en termes de calendrier sont... fort remarquables.

Affichage antifasciste. Grèce 2013

Déjà, cet assassinat politique a relégué au second plan, la semaine supposée de mobilisation générale. Les enseignants en grève depuis cinq jours s’apprêtent à retrouver le chemin de l’école. Leur mouvement s’estompe et la participation à la grève est sur le point de s’effriter: “car tout le monde comprend qu'ils ne peuvent pas la poursuivre, tant leur situation financière est catastrophique, et rien que parce qu'ils ont perdu la moitié pratiquement de leurs revenus depuis le début du mémorandum”, reportage sur radio Real-FM, le 20 septembre.

Cette même journée du vendredi 20 septembre, des unités de la police ont encerclé les locaux de la radiotélévision publique ERT-3 à Thessalonique, structure autogérée depuis le 11 juin et la... suppression automatique de l’ensemble de l’ERT par le “gouvernement”. Cette même journée de vendredi, d’autres unités de la police ont fait dissoudre très violemment, la manifestation des ouvriers de LARKO, près de la localité de Martino au nord d’Athènes. Sans parler des nombreuses arrestations et la violence policière lors des manifestations antifascistes, très nombreuses, à Athènes et ailleurs. Bien entendu, le calendrier troïkan quant à lui s’accélère, on annonce donc dans la foulée, la suppression d’un millier de postes environ à l’Université d’Athènes et davantage ailleurs.

Jeudi 19 septembre a été annoncée, la décision de “reformer” la totalité de l’allocation attribuée aux handicapés. Dorénavant, ils percevront une aide unique et généralisée et qui n’excédera pas les cinq-cents euros mensuels. D’où le dénigrement systématique du mouvement des handicapés, la, propagande du régime en a abusé sur les quelques cas, certes réels de fraude pour ainsi démolir tout le système. On apprendra en fin de journal radiophonique que les personnes sans couverture sociale Sante en Grèce, dépasseraient désormais les trois millions, Real-FM, le 20 septembre. Drôle d’atmosphère alors. Sauf que tous les regards sont tournés vers l’Aube dorée et ses crimes.

On comprendra surtout par la même occasion que cette étape franchie dans la gravité de la gravitation fasciste, profite manifestement et de manière si flagrante aux maîtres mémorandaires. La troïka des gradés est attendue à Athènes la semaine prochaine, Antonis Samaras sait que certaines nouvelles mesures seront confirmées et que “son” peuple n’arrivera plus à les supporter. Déjà que les recettes de la TVA s’effondrent et on le souligne déjà du côté de Bruxelles ou du FMI. Il l’aurait d’ailleurs formulé du bout des lèvres lors de son récent déplacement à Bruxelles pour que ses interlocuteurs et plasticiens centraux... au plastiquage des sociétés et des ex-démocraties en Europe, l’entendent enfin. Mais plus personne n’a l’air de faire confiance à ce pauvre Samaras. Au même moment, tous les violons médiatiques des medias internationaux s’accordent pour de bon et pour cause: “La Grèce est un bien vilain pays, un véritable naufrage mérité, regardez ces Aubedoriens nazillons, c'est une insulte à la civilisation et à la démocratie”.

Le ferry “Aube dorée” qui a fait naufrage en 1983

La Grèce est d’abord un pays de marins et ainsi fatalement de naufrages. Pour la petite histoire et l’anecdote symbolique, voilà trente ans exactement que l’autre “Aube dorée”, un petit ferry transportant 21 passagers et autant de membres de son équipage, a fait naufrage sous la tempête, au large de l’île d’Eubée. Il était parti dans l’après midi du 23 février 1983 du port de Rafina en Attique, à destination des îles d’Andros, Tinos, Paros et Naxos. Deux camions, dont un camion-citerne transportant de produits très inflammables, se sont déplacés et se sont même percutés, avant d’exploser dans le garage du ferry, ce dernier long de 59 mètres. Une brèche s’est alors ouverte, l’eau a aussitôt pénétré le navire causant sa perte et celle, de 28 personnes, passagers et membres de l’équipage.

Depuis, une réglementation beaucoup plus stricte fut observée, pour ce qui est l’accès à bord des navires, des ces camions transportant les matières dangereuses. Parmi une poignée d’habitants de l’île de Syros qui voyageaient alors à bord de “l'Aube dorée”, seul Yorgos Barbounis fut sauvé. Mais c’était il y a trente ans.

Des nos jours, le “gouvernement” Samaras prétend, et ceci d’ailleurs à moitié, qu’une nouvelle réglementation serait à l’étude, voire une requalification des crimes que des aubedoriens éponymes et presqu’anonymes ont pu commettre dans la quasi impunité, ce qui ouvrirait la voie de l’interdiction de l’Aube dorée. Ce aussi c’est que réclament les voix authentiquement critiques et parfois hypocrites dans certains cas en Europe, surtout lorsqu’il s’agit du personnel politique européiste des “pays centraux”.

Je vote Aube dorée pour que le pays soit nettoyé. La Grèce aux Grecs”. Autocollant de l'Aube dorée. Salamine, 2012

Car premièrement, interdire cette organisation du... nazisme miroité, ne servira pas à grand-chose. Leur chef Mihaliolakos à déjà annoncé que dans pareil cas, “notre organisation nationaliste apparaîtra aussitôt sous un nouveau nom, pour ainsi servir sans discontinuité, les seuls intérêts du peuple”. Ensuite, cela n’aura aucun impact sur les causes... de l’épiphénomène, d’ailleurs assez prévisible.

Il va de soi, qu’un véritable de mémoire et de quête identitaire devrait être accompli en Grèce et de manière plus sereine, ceci afin d’élucider et ainsi de rompre avec les amalgames et les “évidences” mis en avant par l’Aube dorée mais qui n’est pas la seule à les partager. Ce travail est d’ailleurs impossible sous le régime de la survie, de l’occupation du pays par la Troïka et de la peur érigée en méthode de la “gouvernance”. À ce propos, tout le monde comprend, sauf Antonis Samaras et les siens, que la Grèce est à la fois une... affaire pliée et un naufrage, naufrage évidemment de la société dans sa majorité et non pas des élites. Le secteur privé a ainsi perdu en trois ans la moitié de ses actifs, et dorénavant, trouver du travail à presque deux millions de personnes prendra au moins vingt ans. Et encore...

On sait désormais combien la “gouvernance” de la Troïka sème alors la peur, pour ainsi bâtir son assise “électorale” et sa mainmise de type colonial sur le pays. Après avoir forcé et obtenu le résultat électoral que l’on connait, cette escalade dans la violence aubedorienne, participe et fait justement perdurer, l’atmosphère et le climat de la peur.

Promesses dorées et futur noir”. Manifestation des habitants de Skouries contre l'exploitation des mines d'or. Quotidien “Elefterotypia”, le 25 février 2013

Ce sont aussi les liens prouvés entre les mécanismes du para-État et/ou de l’État dit “profond”, avec l’Aube dorée qui doivent nous interpeller pour ce qui est de l’instrumentalisation précise et minutieuse des... “nazis des Thermopyles”, y compris pour ce qui tient de cette dernière escalade, programmée et en tout cas pressentie.

Dernière chose: Si Antonis Samaras pense, que comme... le bébé semble lui échapper avec l’eau du bain, il irait enfin “récupérer” ou rapatrier les électeurs de l’Aube dorée, c’est alors une illusion de plus et désormais de trop. Ceci-dit, nous irons peut-être prochainement voter sous un climat de “guerre civile”, réelle ou supposée... et de “manière utile”. Encore une manifestation du régime de la peur, si chère aux aubedoriens par ailleurs qui savent aussi agir en autonomie au sein du système qui les nourrit.

Ainsi, les belles paroles sur la constitution d’un “arc constitutionnel” contre l’Aube dorée, et ceci en “dépassant la rupture du mémorandum” comme le prône un certain journalisme chez nous proche du pouvoir, est une ineptie de plus, et néanmoins... calculée.

La Grèce sans inepties. Cyclades, 2012

Vestiges et marques du passé sur les murs d'un bistrot. Astypalaia 2012-2013

Vendredi matin dans une rame de l’unique ligne du RER d’Attique, un Pakistanais avait si bien joué de la guitare et interprété des chansons grecques très connues, que tout le monde a enfin pu rire devant le spectacle. C’est l’accent du chanteur qui a provoqué tant d’hilarité, mais enfin, nombreux ont été ceux qui se sont montrés satisfaits de l’ingéniosité ou de l’amateurisme éclairé de l’immigré du jour: “Il doit être guitariste professionnel chez lui... ce n'est pas possible”.

Notre passé décomposé et recomposé en même temps que notre temps présent n’a pas encore montré “ses intentions” quant au futur. On ne perd pas espoir, à défaut d’avoir perdu un certain sens des réalités ; nous sommes en partie inconscients de ce qui nous arrive ou peut-être aveugles à force de longue “pédagogie médiatique et politique”.

Épicerie fermée “L'Espoir” sur l'île d'Astypalaia, 2012

J’ai pris le large vendredi soir acceptant l’invitation pour le week-end, de mon ami Stathis de Chios et du temps de nos études communes en Pédagogie. Le temps change et nous avions froid en classe-pont à bord du F/B “Nisos Chios” reliant le Pirée aux îles de Chios et de Mytilène qui d’ailleurs était bien bondé.

Animal semi-desposé...

J’ai retrouvé mon ami, son appréciation sur la situation de la crise en Égée du Nord, son animal semi-desposé. J’ai enfin retrouvé l’aube, la vraie, celle du soleil qui se lève en Anatolie depuis les montagnes turques d’en face. Heureusement, une certaine distance est encore et parfois possible... entre nous, et les géographies centrales de la crise.

L'aube du 21 septembre, île de Chios et les côtes d'Anatolie




* Photo de couverture: Affiche antifasciste. Athènes 2012-2013

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