Friday, 27 September 2013

La crise tue/The crisis kills



Notre temps était déjà un temps fascisant, mais nous le savions déjà. L’étonnant c’est que certains prétendent le découvrir seulement maintenant. Certains... et parmi eux certainement des journalistes. Tandis que les anciens de la vieille “Elefterotypia” d’avant 2013, c'est-à-dire l’essentiel de l’équipe actuelle au “Quotidien des Rédacteurs”, Kostas Vaxevanis et bien d’autres, n’avaient pas cessé de rapporter les faits et gestes de l’Aube dorée depuis des années, une certaine “grande” presse au service du régime du mémorandum s’alarme alors tout d’un coup depuis une semaine. Comme si, l’assassinat de Pavlos Fyssas était le premier.

Manifestation antifasciste. Athènes, le 25 septembre

“On” découvre leurs manières, leur financement prétendument occulte jusqu’à l’os, tantôt c’est une partie du clergé qui serait en cause, tantôt un armateur ou sinon, directement une certaine pègre issue du milieu des boîtes de nuit ou du sport. Mais tout cela était fort connu, suffisamment ressenti et si peu préoccupant pour cette même presse qui jusqu’à hier avait tout tenté pour ainsi contribuer à la percée électorale de l’Aube dorée. Les lecteurs assidus de ce blog, se souviennent peut-être qu’il y a plus d’un an déjà ; j’avais fait remarquer le comportement de certains dignitaires de l’église au département de Trikala en Thessalie, lorsque ces derniers avaient incité les fidèles à voter en faveur de l’Aube dorée “désormais seul rempart face à l'abîme”.

Aube dorée en... action. “To Pontiki” du 26 septembre

Ces mêmes lecteurs de greekcrisis ont peut-être relevé ce “détail” que je n’ai pas cessé de souligner chaque fois que l’occasion se présentait: le groupe parlementaire de l’Aube dorée a systématiquement approuvé tous les amendements et projets de lois mémorandaires, favorables aux intérêts d’une certaine catégorie d’entrepreneurs, grands promoteurs immobiliers et armateurs par exemple.

Le chien de garde de l'ordre de l'euro selon “To Pontiki” du 26 septembre

Ensuite, les liens - pour ne pas dire la tautologie - entre certains videurs des boîtes de nuit et l’Aube dorée sont connus depuis fort longtemps, tout comme une certaine infiltration... d’ailleurs certaine dans les salles de sport et parmi les clubs de supporteurs. On se souvient et on se souviendra de tout cela de cette semaine grecque de nouveau très “apocalyptique” où la troïka parade de ministère en ministère comme dans son grenier et où les grèves dans l’enseignement secondaire ont presque cessé.

Et comme durant cette semaine sombre de la pègre nazie d’antan, pègre nazie d’après et d’après le mémorandum et de toute manière pègre durable car il ne faut pas se leurrer, et en dépit d’une certaine prise de conscience (?) chez certains ici enfin, durant cette semaine donc, j’étais fort submergé par le travail de correction finale de mon livre qui sortira bientôt en France au point de ne plus pouvoir poursuivre dans l’activité du blog, eh bien à travers ce billet je vais essayer de ne pas m’écarter de l’essentiel.

Meeting Aube dorée et son député Ilias Kasidiaris, 14 juin 2012

Meeting Aube dorée, le 14 juin 2012

J’avais même rendu compte aux lecteurs de ce blog d’ailleurs non sans peine, d’un meeting de l’Aube dorée en juin 2012, en écrivant ceci: “En cheminant (jeudi) vers les quartiers nord d'Athènes, je suis tombé sur le meeting Aube dorée, sous la statue équestre du Maréchal Papagos, vainqueur de la Guerre civile (contre l'armée communiste en 1949), située en face du Ministère de la défense. Effectivement, il s'agit d'un “groupuscule” nazifiant, mais ce niveau d'analyse est malheureusement dépassé, car sa récente dynamique politique, renvoie à un mouvement en cours de massification. J'ai observé les participants, beaucoup de jeunes, très jeunes, une “sociographie” en somme très populaire, celle des enfants du Pirée, tels rencontrés déjà en automne 2011, tous stagiaires à l'École de la marine marchande, ouvriers-marins au chômage et “Aubedoriens” dans l'âme, déjà. Sous la statue du Maréchal Papagos ce jeudi, s'y trouvèrent également certains hommes âgés (et leurs épouses), visiblement issus des astéroïdes et autres serviteurs... inoubliables du régime des colonels. Ces hommes, portent alors une petite moustache très caractéristique, ils sont habillés pratiquement de la même façon qu'en 1974. Les revoir ainsi, cela nous replonge dans nos souvenirs d'enfance. À l'époque, ces mêmes "messieurs" alors chargés de la sécurité de l'État, notifiaient à domicile, la peur et la mise en déportation chez tous les démocrates de gauche et parfois même de droite. Le style... ne ment pas, décidément.”

Pavlos, le Métropolite de Siatista. “To Pontiki” du 26 septembre

J’avais aussi remarqué que sur place, les méta-nazis de l'Aube dorée vendaient de leur camelote, dont les incontournables emblèmes des colonels de 1967. Les miliciens de l'organisation jubilaient. Parmi les slogans: “des baffes, des baffes à la lesbienne”, “les immigrés dehors”, “la Grèce aux Grecs” (ce dernier, était aussi un slogan d'Andréas Papandréou et du... proto-Pasok entre 1974 et 1985). Il n'y a pas à commenter je pense. Le premier orateur fut Ilias Kasidiaris (le député agresseur de deux élues de gauche sur le plateau de la télévision Ant1), enfant du Pirée, chimiste (de son métier), spécialiste de la sécurité sanitaire et de la qualité des aliments, moniteur en arts martiaux, ancien parachutiste et... romancier occasionnel. Il a promis de faire de son acte, “une base de l'action politique future et à tout niveau, mieux apte que quiconque, à rencontrer Angela Merkel”, une violence que la population semble bien l'accepter si je crois mes oreilles et les autres signaux du temps qui change.

Tout avait été (presque) déjà dit et la messe avec. Sauf qu’il ne faut pas généraliser certaines tristes et dangereuses banalités du temps présent. Tous les armateurs comme tous les popes ne sont pas forcement des sponsors des nazis du Pirée. Le Métropolite de Siatista (ville du nord de la Grèce) a publié une lettre ouverte et en même temps réquisitoire à charge contre l’Aube dorée et contre le gouvernement:

Le nazisme n'a pas d'amis, il n'a que de victimes. J’ai toujours été très sévère face à toute attitude bienveillante vis-à-vis de l’Aube dorée. Et une certaine classe politique, lorsqu’elle tarde à réaliser quelle est la vraie nature de l’Aube dorée, alors elle est dangereuse pour le pays, déjà à cause de son incapacité et de son indifférence... à moins que, son silence soit coupable”, quotidien “Avgi” de Syriza du 27 septembre.

Les scenarii les plus étonnants circulent en ce moment à Athènes. Un pseudo-putsch (?) qui serait en préparation par des parachutistes réservistes, des élections partielles ou générales anticipées, provoquées par la démission probable et en bloc de l’ensemble du groupe parlementaire du mouvement néonazi et l’en passe. Depuis l’Eurocontrol à Bruxelles, Olli Rehn, admet publiquement que la Commission aurait déjà coopté avec le “gouvernement grec” la “libéralisation totale” des licenciements pour toute entreprise de plus de 150 salariés, quotidien “Avgi” daté du 27 septembre. La troïka étant à Athènes, on en discute en ce moment même. Sauf que notre regard se tourne ailleurs... et pour cause.

La crise épuise, la crise trompe... elle finit même par tuer.

Animal adespote. Athènes, 2013




* Photo de couverture: Manifestation antifasciste. Athènes 24 septembre - Source: tvxs.gr

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