Wednesday, 11 September 2013

Les hommes entiers de l'Archipel/Upright men of the Archipelago



L’île d’Astypalaia ne vit pas forcement que du tourisme. Les bergers rencontrés se prétendent toujours heureux et satisfaits de leurs richesses à quatre pattes, cela dit, multipliées par quelques milliers de têtes. Ils pensent même que l’heure semble être venue, pour enfin confirmer et surtout reconnaître leur suprématie... sur l’avenir. De la simplicité et de la netteté, ordonnant des actes équivalents sur le plan moral. Si l'on en croit les apparences déjà, agrémentées... de la petite ruse, car effectivement, un certain comportement humain y serait toujours impliqué.

Astypalaia, septembre 2013

Lorsque les métiers de la ville sont en train de mourir comme en ce moment, nous, bergers d’ici, nous n’avons pas à nous plaindre. Je dirais que nous ne connaissons pas la crise du tout. Nous vivons comme avant et nous vivrons... comme après. Le seul problème, c’est que nos enfants et petits-enfants ont du mal à reprendre l’activité derrière nous. Même en étant au chômage après tant d’années d’études. Mais tout est question de temps. Lorsqu’ils verront qu’autrement ils mourront de faim, ils y arriveront corps et âme. Même du temps des Italiens, nos bêtes nous procurèrent de la richesse. Nos parents avaient même constitué des économies, ils ont tout perdu lors de l’effondrement de la devise italienne. Cela ne valait plus rien après 1943, si je me souviens bien. Sauf que nos troupeaux, ont depuis tout reconstitué. Ah... les Italiens...”

Pâturages en... “Silicon Module”. Astypalaia, septembre 2013

La période sous domination italienne de 1912 à 1943, demeure plutôt bien perçue des habitants. “Les Italiens, nous laissaient alors se servir dans leurs entrepôts lorsqu'on avait faim durant la guerre” se rappellent encore certains Astypaliotes bien âgés.

C'est seulement ensuite avec l'arrivée des Allemands que tout a changé d'un coup. Ils ont bombardé les entrepôts des Italiens, ces derniers, sont ainsi devenus leurs prisonniers. Les Allemands ont fait embarquer une centaine d’Italiens dans une barge. Ramenée au large en face d’Amorgos ils l’ont fait couler. Mes parents et les autres habitants, avaient alors ramassé les cadavres des pauvres Italiens sur les plages au Nord de l’île. L’enfer sur terre. Pauvres Italiens... et pauvres de nous”, (témoignage à confirmer d’un habitant d’Astypalaia, âgé de 75 ans, septembre 2013).

Habitations abandonnées et ruines à Agrelidi. Astypalaia, septembre 2013

Les traces de l’histoire sont en effet partout visibles sur l’île et pas que celles des guerres. Toute une partie de l’île autrefois habitée est quasi abandonnée. “C'était loin du chef-lieu et c'était dur. Les déplacements, la survie, tout. Les gens ont alors émigré, puis, le tourisme est arrivé et l’essentiel se concentra autour de Chora et de sa forteresse, en plus des plages évidemment”.

Productions locales. Astypalaia, septembre 2013


En guise de décor. Astypalaia, septembre 2013

Heureusement, le raisin ainsi que le fromage disons de type “Ricotta”, seulement, fait à base de lait de brebis et de chèvre, sont excellents. Les Italiens, ceux de 2013 en raffolent. Un certain goût Astypaliote parle alors de lui-même.

L’île ne constitue pas une exception quelconque à travers l’espace de l’Égée, et encore moins, un paradis insulaire, n’en déplaise, à un certain imaginaire citadin. Cependant, on y reconnaîtra facilement un autre mélange des vents et des saisons. On y est, comme on s’y prépare parfois.

Mélanges. Astypalaia, septembre 2013*

Au café de Marinos, on a ainsi beaucoup évoqué la météo ces derniers jours. Certains pêcheurs pensent même que le capitaine du F/B “Diagoras” met bien trop de temps à accoster par gros temps. “L'autre jour ce bougre il a mis plus d'une demi-heure, il aurait pu s'en sortir autrement et surtout, plus rapidement”. C’est tout autant vrai, que depuis l’observatoire de l’insularité on voit et on commente presque tout. Rien n’échappera aux pêcheurs et aux éleveurs de l’île. Pour ainsi faire dans l’anecdotique, je précise que j’ai aussi été témoin direct de cet accostage difficile par un vent latéral de force 8. Je dirais à ce propos que ces gens de la mer en font une autre codification de la dextérité.

En tout cas, en ce début de semaine leurs caïques sont souvent restés à quai, dans le port, ou à certaines criques bien protégés des vents étésiens. Les pêchers en ont d’ailleurs profité pour réaliser des travaux d’entretien et de nettoyage. Même la sortie vers Syrna au Sud, semble-t-il elle fut annulée. Et sans pêche, même les adespotes du port n’auront pas eu à leur faim. Sauf peut-être Astypalino, le dernier chaton en date adopté par Eleni, la fille du “Roi de Syrna”. Elle fait dormir ses chattons dans trois cartons récupérés et placés aux annexes de son petit commerce. “Nous ne devons pas faire du mal aux autres créatures. Lorsque je marche, je regarde par terre car je ne veux pas écraser les insectes”. Et lorsqu’un étudiant et retardataire des vacances, lui fit remarquer que “ces concepts seraient ceux des Bouddhistes”, Eleni Metaxotou a si bien rigolé.

Astypalaia, septembre 2013

Au port d'Astypalaia, septembre 2013

Les visiteurs assidus de l’île auront également remarqué que les fouilles du cimetière des enfants, plus de 2.500 dépouilles retrouvées ont visiblement pris fin. Et quant aux autres lieux de la mémoire, ils demeurent toujours intacts. On se souvient ainsi du temps des capitaines Français de la Marine Royale, morts pour la patrie et ainsi honorés, tombés ici en mer dans leur lutte contre les pirates d’ici, descendants Maltais, Grecs ou Ottomans.

Le cimetière à Chora, septembre 2013

Le cimetière à Chora, septembre 2012

Aux morts de la Marine Royale Française. Astypalaia, septembre 2013

Fortifications italiennes, datant des années 1940. Astypalaia, 2013

On a trop facile à croire qu’en mer Égée, la crise n’arrive seulement que par bribes. Mais on refait les fresques de l’église à Maltezana, on arrose les potagers et on scrute le temps et les vents pour les sorties en mer, ou pour apercevoir peut-être le Super-Puma, cet oiseau finalement de mauvais augure. C’est le temps des raisins, celui des traces des oiseaux marins sur le sable, celui que la raison de l’automne imposera peu à peu.

Astypalaia, septembre 2013

Empreintes d'oiseux. Astypalaia, septembre 2013

Dans l’Égée finalement, la mer dans les oreilles, tout serait rigueur inévitable mais dans la largesse. La saison changera et les étésiens du vent Grec cesseront de souffler. À Astypalaia on bine la terre des champs et des potagers, les fresques de l’église à Maltezana ont été refaites. Aristea, l’artiste venue du Nord de la Grèce, a réalisé enfin les fresques qu’y manquaient. Le résultat est beau, le pope de la paroisse en est fier, les habitants aussi. Ils ont bien raison.

Potager. Astypalaia, septembre 2013

Réalisation des fresques à l'église de Maltezana. Astypalaia, septembre 2013

Les rochers au cap Poulari serrent déjà les dents, la saison du Sirocco n’est guère loin. Et nous, déjà loin des adespotes d’Astypalaia, nous rendons hommage en ce 11 septembre à notre ami Pavlos Gondikakis décédé lundi. Pavlos, grand Crétois et homme entier de l’Archipel.

Adespote. Astypalaia septembre 2013




* Photo de couverture: Astypalaia, septembre 2013

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