Friday, 11 October 2013

Des extrémismes/About extremisms



À Athènes cette semaine il a plu. Devant le bâtiment de l’Académie la statue d’Adamántios Koraïs, mort à Paris en 1833, notre érudit et digne représentant de l'esprit des Lumières, certes en d’autres temps était en deuil. L’ultimatum du ministre éphémère prendra fin bientôt. Les recteurs des Universités devront fournir leurs “listes d'évaluation” de leur personnel administratif rapidement, car “de toute manière listes ou pas, les mises en disponibilité auront lieu quoi qu'il arrive”, précise-t-on du côté du para-pouvoir qui nous gouverne.

Panique devant la fin du succes story”. Hebdomadaire To Pontiki du 10 octobre

Les nouvelles mesures mémorandaires sont annoncées car la Troïka en demande davantage surtout par les temps qui piétinent en ce moment, tandis que toujours très furtivement, la radio du matin passe vite... sur les deux suicides du jour, c’était jeudi 10 octobre. D’abord, une employée de la chaîne publique ERT3 qui a perdu son travail en juin dernier suite à la “mort subite” imposée à ERT par le “gouvernement” Samaras. Cette mère d’une étudiante avait 46 ans, elle s’est jetée du cinquième étage de son immeuble à Thessalonique.

À l’autre bout du pays, un agriculteur et père de trois enfants, s’est pendu dans une oliveraie près de son village à Amaliada, dans notre plus beau Péloponnèse touristique. C’était encore un mercredi d’octobre et de génocide économique à bas voltage. Lundi dernier, lors de l’émission de Nikos Hadjinikolaou, Yannis Stournaras le banquier ministre des Finances répondant à une question a soutenu que l’ethos, autrement-dit, la morale courante en “gouvernance” chez nous, fait que les politiques signataires du Mémorandum, ne pourront pas être poursuivis au pénal, et ceci même dans un futur lointain.


Concert devant l'Académie. Athènes, le 9 octobre

Notre café devient forcément trop amer et quant au culot de la Troïka, c’est décidément et autant, autant très fort de café. Seulement, et à force d’en boire, un jour ou peut être une nuit, nous finirons par tout dégorger en “un torrent d'injures populacières et sanglantes” comme dirait le grand écrivain et auteur du “Dictionnaire des idées reçues”. Dégorger alors la Troïka, cette peur au ventre, ainsi que “notre pseudo-gouvernement, inféodé aux occupants Allemands de la chancellerie de Berlin et du directoire de Bruxelles”, arome du café... ainsi proposé jeudi matin 10 octobre par Yorgos Trangas sur Real-Fm.

Lors d’un concert donné devant l’Académie dans la plus grande indifférence des passants alors trop passéistes (?), donc sans public... réellement existant, des étudiants issus des partis de la gauche se sont acharnés “à la fois de faire passer un message antifasciste, et autant protester contre les licenciements du personnel des Universités, mais nous avons sans doute mal organisé l’événement, trop à la hâte, personne n’a été au courant et voici le résultat... nous ferons mieux la prochaine fois”, assure Vlassis, un étudiant rencontré sur place.

L'incendie de la rue Éole. Athènes, le 9 octobre

Pourtant chez nous il y a bien le feu. Déjà rue Éole au moment même du concert. Fort heureusement, tout n’est pas complètement à plat chez nous, ainsi l’intervention des pompiers a été rapide et efficace, au grand enchantement des badauds et autres oisifs de l’instant présent. En cette époque et en Grèce, on peut déjà s’en enorgueillir de tout et de rien.

Le feu, le grand feu couve enfin, mais il couve alors ailleurs. Dans son éditorial, notre hebdomadaire satyrique et politique “To Pontiki” daté du jeudi 10 octobre, estime que maintenant que la poussière de l’affaire de l’Aube dorée retombe, Samaras et les siens découvrent que ce qui préoccupe tout le monde dans ce pays ce n’est pas l’Aube dorée, mais la pauvreté alors galopante, imposée par les mesures de la Troïka et par son gouvernement. À la Nouvelle démocratie de l’ancien univers on découvre en plus que les électeurs de l’Aube dorée ne se démobilisent pas si facilement et que surtout, même lorsqu’ils se décideront (ce qui reste à prouver) à ne plus voter en faveur des néonazis, ils n’adopteront plus une attitude bienveillante et ainsi électoralement “payante”, pour Antonis Samaras et ses conseillers doctrinaires.

La théorie des extrêmes de l'UE”. “To Pontiki” du 10 octobre

Car ce qui rend Samaras sourd et aveugle, doit beaucoup à la dernière doctrine suggérée par les conseillers doctrinaires d’Antonis Samaras, très en vogue en ce moment est celle de la dite “théorie des deux extrêmes qui menacent la démocratie ainsi que la seule bonne issue possible celle du mémorandum”. Ne s’agissant pas évidemment d’une trouvaille ni très originale ni authentiquement grecque. Cette dernière, participe néanmoins à l’énorme corruption du langage, de la parole et enfin du logos, ce qui consiste à imposer une certaine polarité inversée quant à la vérité politique et économique.

Tandis que les partis (écrans) qui incarnent les politiques les plus extrêmes, jamais pratiquées en Europe occidentale depuis les années 1940 (dictatures du sud-européen comprises), sont alors présentés comme étant ces forces politiques du “sage centre démocratique et européen” ; et en face, il y a ceux autres tourbillons qui alors “menacent nos régimes, ainsi que la voie unique de l'intégration européenne”. À savoir, les néonazis de l’Aube dorée et autant les partis de gauche pour ce qui est de la Grèce, Syriza compris. Notre hebdomadaire “To Pontiki” du 10 octobre, suggère ainsi à ses lecteurs une version mieux parachevée de cette dernière formalisation de la menterie insistant sur le fait que cette “théorie des deux extrêmes” est validée par les instances de l’UE, et qu’en plus, elle y trouve parfois ses sources.

Athènes, octobre 2013

Toute position authentiquement critique vis-à-vis des politiques néo-austéritaires de la Commission de Bruxelles, voire, toute expression politique qui pose alors comme préalable la dislocation de l’UE, “obtient” aussitôt le stigmate de l’extrémisme anti-démocratique. Entre-temps, la politique menée par les élites européistes aura déjà considérablement réduit le champ de l’exercice démocratique partout, et dans certains cas comme en Grèce, elle aura manifestement et de fait, aboli la Constitution.

En réalité, les instances de l'UE ont depuis un certain nombre d'années institutionnalisé cette théorie des deux extrêmes au niveau européen, cette dernière a subséquemment nourri et nourrit d'ailleurs toujours les phénomènes néofascistes. Car puisque et d’après cette doctrine, la condamnation du fascisme et du nazisme présuppose en même temps celle du communisme et par extension le bannissement de toute attitude et action populaires de résistance, face aux pouvoirs autoritaires et répressifs. Il devient alors évident que cet autoritarisme, peut autant s’auto-présenter derrière le commode masque de la dite démocratie représentative”, soulignent les rédacteurs de l’hebdomadaire. C’est ainsi qu’en Grèce, et certainement en Italie ou en Espagne, certains masques sont sur le point de tomber.

D’où d’ailleurs cette tentative de “réadaptation du syrizisme” depuis les centres décisionnels de l’UE, à savoir Berlin et Bruxelles, par exemple, lors du récent déplacement à Bruxelles d’Alexis Tsipras fin septembre. “Les conséquences de l'application du Mémorandum et le dossier de Aurore dorée seront au centre des entretiens du président de la SYRIZA, Alexis Tsipras, à partir de mardi et jusqu'à jeudi à Bruxelles. M. Tsipras, qui se rend à Bruxelles sur invitation du groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) au PE, aura une série de rencontres avec des officiels européens, dont le président du PE, Martin Schulz, le chef de file du groupe des socialistes au PE, Hannes Swoboda, et le commissaire européen à l'Emploi, aux Affaires sociales et à l'Inclusion, Laszlo Andor”, commentaire en français sur le site l’Agence grecque ANAmpa.

Nationalisme Radical”. “Quotidien des Rédacteurs” du 10 octobre

Nous savons toutefois lire entre les lignes et même au-delà ! Les langues sorties de certaines poches de la gauche grecque (s’agissant de Syriza... ces poches sont bien discrètes): “Die Linke serait un Cheval de Troie pour amarrer définitivement la... plus haute Trsiprostructure au seul vent européiste ainsi qu’à ses caprices”, c’est grave alors ! Ce qui reste tout de même à prouver.

Mais ce n’est pas tout. Déjà à Bruxelles ou à Paris on devrait se montrer moins... enthousiaste au sujet du dit démantèlement de l’Aube dorée. Le “Quotidien des Rédacteurs” ainsi que le site TVXS.gr du 10 octobre, tirent la sonnette d’alarme à propos de ce nouveau mouvement qui s’autoproclame d’un certain “Nationalisme radical”. Il serait en phase de se positionner sur le terrain supposé en friche de l’Aube dorée. Son initiateur n’est autre qu’un certain Antonis Androutsopoulos, ancien bras droit de Mihaliolakos et chef adjoint à l’Aube dorée de l’époque comme de toute époque. Androutsopoulos avait même tenté d’assassiner l’étudiant d’alors Dimitri Koussouris, c’était en 1998.

Libération d'Athènes des Nazis. La lutte contre le nazisme et contre la pauvreté reste toujours d'actualité”. Affiche Syriza, octobre 2013

Je me souviens de Dimitri. Actuellement, il enseigne l’histoire à l’Université de Crète et dans les années 2000, il avait participé à un séminaire que j’animais au sein d’un établissement de recherche à Paris, sur les epilégomènes de la Grande Guerre dans les Balkans. Il portait alors les séquelles de son agression et il les portera toujours. Son agresseur, bien que déjà (et difficilement) condamné était en cavale durant longtemps. Certains policiers du moment s’étaient ainsi montrés très... compréhensifs envers lui. Certaines rumeurs invérifiables faisaient alors état de la fuite d’Androutsopoulos en Amérique du Sud. Le no 2 de l’Aube dorée avait déjà estimé que Mihaliolakos l’avait laissé tomber. Ce fut vrai. Le chef de l’Aube dorée n’a pas souhaité témoigner devant le juge chargé de l’affaire. Finalement, Androutsopoulos a été condamné et écroué en 2005, puis libéré en 2009 car entre-temps, et après avoir fait appel, sa peine d’emprisonnement fut réduite de 21 à 12 ans.

On savait déjà tout sur l’Aube dorée, en tout cas sur ses... méthodes. Je me souviens ainsi de Dimitri lorsqu’il me racontait d’une voix basse et posée certains détails relevant du monstrueux historique et hystérique. C’est ainsi que la réapparition probable d’Androutsopoulos en ce moment est à prendre très au sérieux. Sauf qu’Antonis Samaras préfère “criminaliser” la lutte de la gauche ou celle des habitants de Skouries qui s’opposent à l’exploitation des mines d’or chez eux. Il l’a répété ce vendredi 11 octobre, “contre tous les extrémismes qui ne respectent pas la loi”.

Aménagement... du territoire d'un sans-abri. Athènes, le 9 octobre

Cette semaine à Athènes, nous avons au moins découvert les nouvelles affiches Syriza, en commémoration de la libération de notre ville. “Libération d'Athènes des Nazis. La lutte contre le nazisme et contre la pauvreté et toujours d'actualité”. Espérons alors la libération pour 2014 !

Costas Arvanitis, directeur à la radio 105,5 (SYRIZA) me disait alors cette semaine que “SYRIZA gouvernera car déjà, une partie des électeurs de Samaras changent d'avis en ce moment même. Toutes les enquêtes non publiées le prouvent. L’avance de SYRIZA sur la Nouvelle démocratie est de sept points. Les gens n’en peuvent plus. Chez SYRIZA, nous sommes conscients qu’il va falloir faire face, à une crise humanitaire d’abord, mais dans une restauration obligatoire du régime démocratique ainsi que du capitalisme déjà moins déviant. Ça passe ou ça casse. Alors on verra bien si SYRIZA gouvernera une journée, un mois ou alors dix ans ! Je suis optimiste”.

En effet. “Paradoxalement”, Yorgos Trangas (de la vieille droite) n’a pas dit autre chose sur Real-FM au matin du 10 octobre: “SYRIZA gouvernera avec une partie de la droite centriste. À Athènes, partout à Athènes, SYRIZA devance Samaras de sept points. Le petit Alexis est à l’heure actuelle le seul homme politique qui ne soit pas déconsidéré en Grèce. Tous les autres le sont. Des députés de la Nouvelle démocratie quitteront alors cette créature mutante et méconnaissable d'Antonis Samaras l'extrémiste, si fidèle de surcroît à Angela Merkel. Eh... cher Antonis, ta Nouvelle démocratie implosera bientôt, exactement comme le PASOK aux mains de Papandréou et de Venizélos. La seule chose qui pourrait te sauver c’est de changer de cap et de leur non enfin. Je crains que tu ne sois plus capable. C’est bientôt ta fin politique, crois-moi”, (cité de mémoire).

Au soir du 9 octobre, la radio de Costas Arvanitis a organisé un débat sur le thème, “drogues et crise”. “Nous devons oublier l'oubli, partout” dit un participant tandis qu’au même moment du côté du siège d’ERT, le personnel avait organisé une conférence de presse, essentiellement destinée aux correspondants de la presse étrangère. “Cela fait déjà quatre mois que le gouvernement de l'illégalité, celui de Samaras a voulu assassiner l’audiovisuel public. Je suis pourtant heureux ce soir. La barbarie de la politique de Samaras m’a ouvert les yeux. Ma vie de journaliste, ma manière de travailler ont retrouvé un sens alors perdu depuis des années. Nous ne reculerons plus jamais”, a ainsi témoigné un journaliste ERT de venu de Thessalonique.

Drogues et crise”. Athènes, le 9 octobre

ERT, octobre 2013

Certains de nos artisans travaillent encore. Notre ville n’est pas morte. Nous les observons avec tant d’enchantement dans certaines rues d’Athènes. Sauf que plus de trois cent mille diplômés et spécialistes très qualifiés ont quitté la Grèce depuis deux ans (Real-FM, le 10 octobre).

Artisan. Athènes, le 9 octobre

Avec les premières pluies, Anna la chômeuse, épouse de Christos le voisin au chômage fait une chute sur un trottoir. Ce n’est qu’une entorse, sauf que sans sécurité sociale il va falloir tout payer. Plus de trois millions d’habitants en Grèce sont sans couverture Santé. Dans l’immeuble les... demi-travailleurs restants (nous) leur avons proposé de l’aide. On peut tomber certes, mais on ne se laissera pas faire.

L’hiver finira par arriver sauf qu’à Athènes il dure à peine trois mois. Nos animaux adespotes se chauffent déjà comme ils le peuvent près de l’Agora. Entre l’ombre et la lumière. Nous aussi.

Adespotes de l'Agora. Athènes, le 9 octobre




* Photo de couverture: En deuil. Athènes. Athènes, le 9 octobre

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