Saturday, 26 October 2013

Esprits ordinaires/Ordinary minds



Nos univers se décomposent chaque jour davantage. Les liens sociaux ne tiennent parfois plus qu’à un fil dans un pays tant transformé, où tout semble alors bancal et trébuchant. Stamatis rencontré par hasard au centre-ville et que je n’avais pas vu depuis plusieurs mois, a désormais les yeux qui brillent trop... au soleil de l’effondrement. Il venait alors de menacer un employer de “sa” banque.

Le pays est bancal, comme les sous-marins de Venizélos et de Samaras”. “Quotidien des Rédacteurs” du 25 octobre

Ce pauvre employé, et de manière éponyme lui téléphone inlassablement, c'est-à-dire plusieurs fois par semaine pour ainsi rappeler à Stamatis sa dette envers l’établissement. Cela fait plus d’un an que le client Stamatis ne rembourse pas son crédit. “Je sais où tu habites, ou du moins je sais l'heure à laquelle tu arrives à la banque. La prochaine fois que me les casseras les c... comme aujourd'hui je vais te trancher la gorge. Je sais que cet appel est enregistré, ainsi tu pourras réécouter le fichier, rien que pour que tu comprennes combien ma menace est sérieuse, je ne rigole pas”.

Stamatis affirme que depuis, ces appels ont enfin cessé. Son auto-entreprise étant pratiquement en faillite, il ne règle pas son loyer non plus depuis huit mois et il peine à se maintenir à flot. En réalité il est en train de sombrer, d’où d’ailleurs son analyse: “Tous ces politiciens tiennent chacun un bout de la couverture, tous, sauf l’Aube dorée. Les dernières affaires sont toutes... bien montées. Y compris cette affaire du jeune homme mort parce que tombé du bus lors d’un contrôle des tickets. Le contrôleurs n’est pour rien, contrairement à ce que raconte la presse, le jeune, certes ce pauvre jeune... n’avait qu’à se tenir tranquille, il y a des règles non ?

Non à notre faillite biologique et spirituelle”. Athènes, le 25 octobre

Visiblement, la faillite du pays organisée comme une guerre... serait autant biologique que spirituelle, tel est en tout cas le message proposé par la banderole des employés de l’hôpital Sotiria. Nos existences sont en train de s’enliser mais nous demeurons toujours (et) si bien informées des nouvelles de l’autre monde. À l’image de ce sans-abri “posté” derrière l’hôpital d’Évangélismos, ainsi plongé dans son journal.

Demeure... d'un sans-abri. Athènes, le 25 octobre

Je dirais que la Grèce s’installe définitivement de l’autre côté des temps européens. Et ceci de façon alors entière car assumée. Une partie par exemple de notre presse abandonne en ce moment la langue de bois du temps démocrate pour ne plus caresser les oreilles de personne et pour aussi poser certaines questions qui ont et auront toujours du sens.

À la veille de la fête nationale du 28 octobre et lorsque des mesures de sécurité sans précédent “assureront le bon déroulement des défilés et des festivités”, le “Quotidien des Rédacteurs” pose cette question à propos de Gabriele D'Annunzio: “Patriote ou fasciste ? ou il s’intéresse au nouveau documentaire en préparation par les réalisateurs du Debtocracy et de Catastroïka: “Fascisme Société Anonyme”. C’est vrai que chaque 28 octobre on commémore en Grèce le début de la guerre de 1940 autrement-dit, le refus de l’ultimatum formulé par régime fasciste de Benito Mussolini. Sauf qu’en plus, nous connaissions en Grèce à l’époque, un régime fascisant, une sorte de fascisme d’imitation, que fut (entre autres) la dictature du Général Metaxás.

Enfance et fascisme en Grèce sous le régime de Metaxás. “Quotidien des Rédacteurs” du 25 octobre

Passéismes et nostalgie. Athènes, le 24 octobre

Près de la place de la Constitution, des marchands ambulants proposent aux passants des objets passéistes (en reproduction), images d’Épinal d’une autre Grèce imagée et imaginaire: publicités d’époque pour les cigarettes “Santé” ou couvertures d’abécédaires des années 1930.

Et pour faire sans doute dans le... neuf, on vend encore des fleurs dans une pépinière provisoire, installée place de la Mairie tout comme la revue “Radeau” vendue un peu partout à la criée, et uniquement par de chômeurs... accrédités. C’est autant le moment où des licenciements (baptisés “mise en disponibilité”) se précisent dans l’Éducation ex-nationale, notamment pour ce qui est du personnel de l’Université, et c’est aussi le temps de la “libération totale” des licenciements dans le secteur privé, pour bientôt, quotidien “Elefterotypia” du 25 octobre.

Fleurs et plantes en vente, Place de la Mairie. Athènes, le 24 octobre

Vente de la revue “Radeau”. Athènes, octobre 2013

Boutique fermée et ses transformations. Athènes, le 24 octobre

Dans le même quartier du centre, j’ai remarqué que l’entrée de la boutique “Palace”, elle-aussi en faillite, s’est aussitôt transformé. On y découvrira désormais et simultanément, la... demeure d’un sans-abri et le... présentoir d’un vendeur à la sauvette.

Belles... images ! Nos touristes encore bien présents en ville en cette fin d’octobre ensoleillée enregistrent ainsi dans leurs appareils nos divers moments... d’un divertissement presque d’outre-mer, pour ne pas dire d’outre-tombe, s’agissant des petits groupes primaires musicaux... et de survie formés par nos jeunes et de plus en plus souvent. Touristes d’un jour, et qui n’auront évidemment rien vu de la survie du côté de la radiotélévision autogérée ERT, et dont le personnel lance un appel à la mobilisation citoyenne pour empêcher un assaut des forces de l’ordre (nouveau), probable et très redouté durant ce long week-end du 25 octobre.

Place de la Constitution, le 24 octobre

Groupe primaire... musical filmé par une touriste. Athènes, le 24 octobre

En attendant les commémorations... tendues du 28 octobre, une partie de notre presse croit dénoncer à la fois la “Nouvelle intrusion allemande” (revue “Ardin”) et autant le scandale politico-financier des sous-marins et de leurs présumées “commissions” encore allemandes depuis le temps où Venizélos, actuel... bras-droit (ou bras-gauche) “cassé” d’Antonis Samaras fut ministre de la Défense du gouvernement Papandréou. La couverture de la revue “Hot Doc” est aussi explicite: “Les Allemands chapardaient et derrière eux Venizélos passait l'éponge. C'est le plus grand scandale de pots-de-vin et en même temps de fraude fiscale”.

À l’image des sous-marins qui penchent et qu’aucun autre ministre avant Venizélos n’avait accepté la réception comme on raconte ici, notre pays sous le régime des banques... se trouve forcement bancal. Le comble tient alors en une phrase du grand poète d’Alexandrie Constantin Cavafy, alors médiatisée à travers une campagne de “promotion de la culture”, mais qui a été “arrangée” pour forcement entrer dans la sémantique gouvernementale de la “condamnation de toute forme de violence”, sauf de la sienne, et c’est aussi connu car trop visible désormais en Grèce.

La nouvelle invasion allemande” et “Venizélos et les Allemands

L'UE et l’Euro, “Quotidien des Rédacteurs” du 25 octobre

Il n’y a qu’à constater que dans les faits géopolitiques de la... Nouvelle Europe, ainsi que dans les représentations, l’idée de l’Union Européenne semble bien dépassée... et pour le dire poliment ! Antonis Samaras et les siens, infatigables certes encore ce week-end car en déplacement à Bruxelles lors du sommet, assureront évidemment du contraire, sauf que dans les mentalités il y a parfois des points de non retour. Même si, l’impasse prendra du temps à (se) trouver une réponse politique. Déjà que l’euro n’est pas compatible avec toute forme de démocratie à l’occidentale, cela on le sait aussi, non pas en théorie mais hélas, par la pratique du mémorandum par exemple.

Il va falloir sauver l’Europe et la démocratie, leurs esprits et sans mauvais esprits, ses peuples ainsi que leurs richesses, si possible, avant que Sotiris... ne tranche la gorge de “son” banquier finalement pour pas grand-chose et surtout et c’est grave, par tant d’anthropophagie redevenue... grande régulatrice des liens sociaux depuis le régime de la Troïka. Sauver l’Europe, sauver la gorge du banquier... mais pas forcement l’Union Européenne ! “Toute l'Europe nous regarde à travers ce triste spectacle des animaux adespotes, alors quelle honte”, paroles d’une femme nourrissant par pitié un chien adespote mais inscrit... aux registres de la rue Hermès l’autre jour. “Non Madame vous avez tort, les adespotes c'est nous, et nous l'assumons entièrement” répliqua alors un homme. Et ensuite, le silence ou plutôt le bruit de la foule. Athènes, journée ordinaire où j’ai volontairement laissé partir Stamatis sans même boire un café avec lui. Les liens sociaux ne tiennent parfois plus qu’à un fil.

La femme et l'animal adespote. Athènes, le 24 octobre


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