Wednesday, 6 November 2013

Petites fournitures en grève/Small supplies on strike



À Athènes on manifestait assez massivement ce mercredi sous la pluie, journée de grève générale... symbolique oblige. Hier, les représentants de la Troïka conspués par les manifestants ainsi que par certains passants du jour, avaient été évacués par une autre issue, c’était pour quitter les locaux du ministère des Finances, nécessairement escortés par des policiers.

Place de la Constitution. Athènes, le 6 novembre

Certains manifestants, s’agissant essentiellement du personnel de nettoyage du ministère licencié en bloc, ont alors projeté une bonne poigné de pièces jaunes en direction de Poul Thomsen après avoir fouillé dans leurs poches... derrière la Troïka. “Vous avez vidé nos poches, tout ce qui nous reste... voilà... Ce sont ces petites pièces” rugit un homme aussitôt interpelé par la police d’après les reportages du jour.

Car il faut préciser que ces fragments... de l’euro avaient tout juste atteint la voiture du représentant du FMI, provoquant... l’état l’alerte chez les forces de l’ordre. Pauvres gens... le ridicule ne tue pas pour autant, hormis celui de la Troïka ; on comprendra donc qu’elle se méfie de tout et de rien.

Manifestation PAME. Athènes, le 6 novembre

Place Omonoia, plus de dix mille manifestants ont cependant répondu à l’appel du syndicat PAME et du KKE (le PC grec), tandis que le gros... amaigri du cortège de la (dite) Confédération Générale des Travailleurs GESEE avait dû renoncer à sa marche jusqu’au “Parlement”. Pourtant, d’autres manifestants (et) certainement “adespotes” ont atteint la place de... la dé-Constitution sous cette même pluie battante.

La symbolique de la contestation fut ainsi sauve, et on dirait presque autant, de l’évacuation cinématographique des scribes des comptes de la Troïka et des... autres Pharaons qui nous gouvernent. Mais alors jusqu’à quand ? Si l’on considère que la intuition populaire ainsi vécue est une ressource... imprévisible, force est de constater que sa “gestion” pose dès lors problème. Car, et ceci chaque jour davantage, les consciences de ce pays sont travaillées et cristallisées comme jamais, sauf à considérer les moments paroxysmiques dans l’accélération du temps historique de notre pays.

Évacuation des... maîtres-Troïkans. Athènes, le 5 novembre

Titre de saison, mensuel “Trito Mati”. Athènes, le 5 novembre

Petros, un homme la trentaine passée, a représenté si dignement ce matin dans un café athénien ce matin, la toute nouvelle génération de notre conscience: “J'ai compris. J'ai enfin compris à force de souffrir. Ma femme m'a quitté car je n'arrive plus à gagner ma vie aussi bien qu'avant. Elle a trouvé... plus cher ailleurs ! Elle ne voulait pas se priver de son café en ville, des sorties ou des soldes. Pourtant, je pratique trois métiers... dans la mesure où ils subsistent encore. Je fabrique des bijoux, je suis, aux dires des tous, un très bon mécanicien auto et moto, rien que pour m’amuser je récupère des carcasses parfois et j’en fais des engins qui démarrent au quart de tour. Enfin, je travaille de temps à autre comme chauffeur-livreur. Hier j’ai tourné dans tout Pirée au volant d’un 18t. Mais depuis la Troïka nous sommes payés à hauteur de 30% de ce qui était la norme d’avant, déjà insuffisante. Nos liens sociaux se brisent ainsi de semaine en semaine. Au travail tout le monde fait le maximum pour attraper le pain de la bouche de son confrère. Nous devenons alors anthropophages entre nous.

D’en haut la Troïka, nous pousse à la guerre civile. Il ne faut pas en arriver là. Au contraire, il va falloir tenir pour réagir au moment venu, tous ensemble. Nous savons que les gros financiers et les leurs nous font la guerre. On sait qu’ils préparent SYRIZA pour qu’il nous gouverne à la place des autres sans rien changer de l’essentiel dans cette nouvelle occupation car il n’ira pas affronter les pseudo-créanciers du pays bien en face. Les syndicats sont vendus et de ce fait déconsidérés, c’est pour cette raison que je ne participe plus aux manifestations depuis 2011. Je n’aime ni la gauche, ni l’Aube dorée mais je considère que ces gens ne doivent pas s’affronter. Ce n’est pas essentiel. Sauf que lorsqu’on se retrouve entre amis dans nos quartiers ouest, il y en a qui s’agitent et s’identifient trop facilement aux uns ou aux autres. Tout ce que je veux, c’est de tenir, d’élever mon fils et de préserver mon appartement pour qu’il ne soit pas un jour saisi par les rapaces des funds internationaux. Désormais j’en connais suffisamment et je ne suis pas dupe... j’attends aussi mon heure...

Antonis Samaras vu... ainsi en couverture du mensuel “Unfollow”. Athènes, le 5 novembre

On comprendra du moins que le camion de Petros ait déjà dépassé... l’ambulance idéologique du parti de la Gauche radicale. Certains amis et Syrizistes de très longue date... d’ailleurs plus “anonymes” que jamais en sont aussi fort bien conscients. Ils en sont tristes, très tristes même. “C'est fichu, nous gouvernerons tout de même peut-être... et encore, mais cela ne rime plus à rien.. de gauche. Rien que les dernières déclarations d'Alexis Tsipras depuis le Texas hier sur l'euro, c'est lamentable”.

Il n’est pas très évident que de déterminer déjà la part de ce qui serait... fichu à propos de SYRIZA, cependant, (et) pour ce qui est de la Grèce tout le monde en arrive presque à la même conclusion. Elle est fichue. Sauf le gouvernement bien entendu, ainsi que ses journalistes, suffisamment (?) rémunérés pour occuper si possible l’espace médiatique du premier pays de l’UE... totalement occupé par sa dette dite souveraine, autant que par l’euro.

Grève du 6 novembre. Athènes, le 6 novembre

Sauf encore que la propagande ne passe pas plus comme avant me semble-t-il. C’est en raccompagnant aujourd’hui mon cousin C. dans une clinique privée, et à l’heure de la “grande messe du soir” que j’ai remarqué combien les très nombreuses personnes qui occupèrent son grand salon ne prêtèrent plus aucune attention au mitraillage de la grande chaîne MEGA. Seulement quatre personnes sur vingt-cinq suivaient un peu et encore.

Durant plus de quarante minutes les téléspectateurs... absents ont eu droit à l’habituelle liste noire contenant les mesures en cours ou futures de la Troïka et du “gouvernement grec”. Il a été aussi question de la levée de l’immunité parlementaire des élus de l’Aube dorée et enfin, à la 41ème minute seulement, nous avons découvert un bref reportage d’à peine une minute nous rappelant qu’aujourd’hui certains ont tout de même manifesté à Athènes et ailleurs. Et ce n’est qu’au moment où on nous montra quelques séquences extraites des interventions des députés aubedoriens lors du débat parlementaire, où lorsqu’il fut question enfin des manifestations du jour que certaines personnes ont... finalement regardé en direction du poste, ceci durant un bref moment seulement.

“L'Aube utile”. “Quotidien des Rédacteurs” du 3 novembre

Ce qui est en plus flagrant et pour tout dire relativement nouveau, tient du manque de commentaires émis publiquement. Pas un seul commentaire. Mutisme alors et silence total, c’est désormais la règle dans le métro, comme à la clinique. Les gens s’expriment peu en présence d’inconnus, cela rappelle fort dans un sens le temps des Colonels.

Heureusement, l’examen de mon cousin n’a pas duré très longtemps. Sauf qu’à la caisse, l’attente fut longue. Le système (?) de Santé fait dévier ses... fidèles assurés vers les structures privées de la sorte car on pratique de moins en moins d’examens au sein des hôpitaux. Mon cousin ; encore assuré, a réglé sa participation à hauteur de 30 euros, sauf que... certaines fournitures nécessaires lui ont été également facturées: 67 euros. Mon cousin en a fait un scandale ; ainsi son paiement fut reporté: “Retournez chez votre médecin pour le convaincre d'inclure ces fournitures dans sa prescription... mais j’en doute fort”.

Et ce fut dans une cohue alors incroyable que mon cousin s’est vu obtenir un moratoire de quelques jours avant d’agir de la sorte. Et toutes les altercations entre employés et patients tournaient alors autour des... flux financiers. Je n’ai même pas distingué un seul visage qui ne soit pas accablé et pâle. À l’instar de celui de mon cousin.

Athènes, novembre 2013

En sortant et pour nous consoler, nous avons acheté 200g d’amandes. Du moins, la pluie avait cessé de tomber et le Texas c’est peut-être loin. Nous avons aussi salué le dernier adespote du jour... symbolique oblige. La “crise” c’est de la fatigue... plus les petites fournitures.

Animal adespote. Athènes, le 5 novembre




* Photo de couverture: La Troïka contestée. Athènes, le 5 novembre

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