Thursday, 5 December 2013

Aux cimetières de la démocratie/In the cemeteries of democracy



Les clémentines sont de grand retour sur les marchés avec la première neige qui recouvre les hauteurs de Parnitha, cette chaîne de montagnes dite fondatrice de l’Attique. À Athènes, la population souffre du froid et le bois se vend alors mieux que les petits pains. N’échappant pas à la méta-modernité des temps et des lieux, j’ai vendu 72 livres de mon ancienne vie, aussitôt... transformés en bois de chauffage, offert à mon ami D. qui n’a plus les moyens... de dépasser les 12° C chez lui. Un enfant de cinq ans a été sauvé de encore de justesse jeudi matin à Thessalonique de l’incendie qui a ravagé la maison familiale éclairée et chauffée à la bougie. Devant la foule des curieux et des journalistes, le père de l’enfant a brandi un couteau mais il fut rapidement... désarmé.

La neige sur le mont Parnitha. Athènes, le 4 décembre

Depuis le décès de Sara survenu à Thessalonique cette semaine, l’adolescente... néo-martyre de la politique du “success story” d’Antonis Samaras et des foyers sans électricité, la tension sociale monte au point d’obliger les responsables de l’Électricité de Grèce (DEI) à ainsi faire un geste. Depuis le 4 décembre, un numéro spécial recevra les appels des... naufragés des électrons dans le but de remettre le courant durant la période des fêtes, mais uniquement durant les des fêtes.

On comprendra qu’Antonis Samaras, lequel cette semaine depuis Bruxelles et aux côtés de José Manuel Barroso, a précisé “son” programme des priorités de la présidence du Conseil par la Grèce à compter du 1er janvier 2014, ne souhaite pas que de nouvelles victimes puissent ainsi gâcher le début de la fiesta de l’insignifiant. Ces conseillers en communication, ainsi que les experts des services secrets l’auraient sans doute averti de la dangerosité des moments festifs et quant aux “désordres” possibles.

Le “success story” d'Antonis Samaras. “Quotidien des Rédacteurs” du 3 décembre

Le labyrinthe d'Antonis Samaras. “Quotidien des Rédacteurs” du 4 décembre

Et lorsqu’on se représente le chemin qui relie le palais du premier ministre à un poêle à braises d’un labyrinthe, c’est autant une façon de dire (et encore assez poliment), que la politique d’Antonis Samaras... est porteuse des cadavres. Il n’y a que lui, ses conseillers, ainsi que José Manuel Barroso qui font semblant de rien voir et de rien voir venir. Tristes gens !

Et sous un Parthénon hivernal les surprises ne manqueront plus. Ainsi, mercredi 4 décembre, une bonne partie de la presse grecque s’alarmait des 11.000 prochains licenciements (“disponibilités” d’après le néologisme de la propagande du temps présent) dans la fonction publique, ainsi que du récent rapport de la Confédération des Travailleurs qui prévoit l’effondrement calculé... c’est le cas de le dire, du système des retraites dans son ensemble à partir de 2016. Le gros titre: “Adieu aux retraites en 2016”.

Parthénon hivernal. Athènes, le 4 décembre

“11.000 licenciements et adieu aux retraites”. Presse du 4 décembre

Pourtant, notre ville demeure encore bien remarquable et si possible vivante en ce troisième hiver sous la guerre déguisée en crise de la dette. Surtout lorsqu’on n’a pas encore sombré complètement de l’autre coté de l’existence. Au centre-ville et à part les décorations de saison, on y découvre ces nouvelles affiches invitant... l’aimable peuple à participer gratuitement (?) aux séances qui désensibilisaient le commun des mortels économiques des peurs quotidiennes. Pas loin et bien chez SYRIZA... qui n’aurait plus peur de rien, on travaille durement certes pour préparer l’alternance (ou “l’alternance”), néanmoins, dans un certain brouillard. Je crois comprendre que du côté de... “SYRIZA de l'endroit”, c’est (parfois) désormais l’envers de la médaille qui préoccupe les esprits, et notre... grande médaille à tous c’est évidemment l’euro dans toute sa... splendide dureté.

Même les statistiques officielles admettent que 2.535.700 citoyens grecs sont ainsi plongés dans la pauvreté, trois millions, n’ont plus accès au “système de la Sécurité Sociale” et au même moment, 64% des dépenses annuelles de l’État grec (qui n’est ni État, ni grec en réalité), servent à la dette, autrement-dit à notre servitude, (chiffres fournis par l’hebdomadaire politique et satirique “To Pontiki” du 5 décembre).

La bataille contre les peurs quotidiennes. Athènes, le 4 décembre

Du côté de SYRIZA. Décembre 2013

Tout le monde comprendra que notre SYRIZA n’est certes pas à la hauteur lorsque la droite (?) de Samaras et de Venizélos se range définitivement sous le seuil de l’abominable. On comprendra aussi à l’occasion que les récentes rumeurs qui prêtent à Venizélos l’intention de déménager à Bruxelles pour ainsi offrir ses services auprès de la Commission européenne, ne fait que grincer les dents entre Athènes et Thessalonique et pas que par manque de chauffage. “C'est pour parachever sa mission au siège du patron” entend-on dire ici ou là, je remarque alors combien nos mentalités seraient moins dupes que par le passé. Dans le privé, cela porte le nom “parachute doré”.

Pourtant et même chez les Syrizistes parmi les plus éminents, il y aurait une limite à ne pas dépasser: “Nous souhaitons une solution dans le cadre de l'Europe certes, mais nous devons nous préparer à toute éventualité” a déclaré jeudi 5 décembre Yannis Dragasakis, économiste, porte-parole de parti de la Gauche Radicale parmi les... conservateurs et proche d’Alexis Tsipras (radio de SYRIZA, 105,5 FM) ; preuve s'il en est, que l’heure d’été... se préciserait déjà pour l’après élections européennes. Et chez nous, l’été est toujours célébré comme un très grand moment !

Athènes, le 4 décembre

En attendant... l’été grec, le Président de l’Université d’Athènes vient d’être destitué, il comparaitra devant la justice “pour manquement à ses fonctions” et calomnié par la presse du régime de la dette-dictature, rien que parce qu’il n’a pas cédé face aux pressions extraordinaires, exercées dans le but de l’obliger d’abandonner le personnel administratif en grève contre les licenciements décidés par le noyau dur des... Samaritains, le tout, sous le haut patronage de la Troïka et de la Commission européenne.

Je ne dirais pas que le sort des administratifs du malheur intéresse tout le monde en Grèce car l’anthropophagie ambiante (en partie orchestrée) est telle, que les catégories sociales (?) se mordent en ce moment entre elles jusqu’au sang. “Mon patron ne m'a pas payé depuis plusieurs mois. J'ai subi deux licenciements et trois hospitalisations depuis le début du mémorandum. Ces gens du secteur public commencent alors tout juste à se sentir menacés alors qu'ils ont été la clientèle politique des partis de la Nouvelle démocratie du PASOK et à présent de SYRIZA. Non, je ne suis pas solidaire d’eux... ”, me disait récemment un... pauvre héros de la première ligne rencontré dans un café.

Bois de chauffage... solidaire. Athènes, décembre 2013

Temps durs et radicalisations rampantes, la dite solidarité “intégrale” du temps de crise est alors un mythe. Déjà, ceux qui ont enfin compris les enjeux, commencent à ne plus adresser la parole à leurs parents ou amis qui se disent encore favorables au gouvernement. Certaines amitiés alors vieilles de trente ans se brisent ainsi brusquement après seulement trois ans sous le régime de la Troïka.

Fouilles à l'intérieur d'un chantier. Athènes, le 4 décembre

Le cannibalisme social et même culturel est de retour, et c’est aussi cette chasse aux sorcières des temps modernes contre des femmes séropositives en Grèce, racontée par le documentaire “RUINES”. C’est terrible, c’est en chemin et c’est peut-être moins inéluctable qu’il n’y paraît. Le film de Zoé Mavroudi (disponible sur le site d’Okeanews), raconte alors l’histoire de plus de 30 femmes qui ont été persécutées et présentées comme des “prostituées infectées par le VIH”, dans une campagne orchestrée politiquement dans la perspective des élections de mai 2012 en Grèce.

Traces de la bataille d'Athènes 1944-1945 et du passé. Décembre 2013

Traces du présent et blessures du passé. Certains immeubles à Athènes portent encore les traces de la bataille durant la première phase de la guerre civile sauf que les badauds alors pressés n’y voient plus rien. Et malgré ce... cannibalisme social ambiant je ne dirais pas que le climat actuel se rapprocherait d’une quelconque guerre civile. Non. Et à part pour cause de politique d’austérité imposée par la Troïka, on peut tout de même mourir... dignement par accident de la route, comme du temps d’avant. Donc notre normalité n’est pas complètement perdue dans un sens.

Victime de la circulation. Athènes, le 2 décembre

L’hiver passera et tant que nous le pouvons, nous nous rendrons chez le marchand de bois, avant, comme après la dite présidence du Conseil par la Grèce à compter du 1er janvier 2014 à laquelle, personne ne s’intéresse ou sinon, pour remarquer que le népotisme des... derniers Samaritains a multiplié par trois le nombre des représentants permanents grecs auprès de l’UE à Bruxelles, aux frais du contribuable bien entendu.

Parmi ces détachés au fort attachement néo-démocrate et/ou Pasokien, on y trouve deux attachés de presse, sept chauffeurs et un nombre indéterminé de... spécialistes en ravalement (“To Pontiki” du 28 novembre). Samaras et la Troïka, c’est le pire de la Grèce d’avant et de celle d’après alors réunis.

. Athènes, le 4 décembre

Décidément, notre mémoire collective en a vu bien d’autres. Tout cela nous semble long et dur car le temps historique dépasse et de loin nos petites vies. Raison de plus pour mieux agir et alors rapidement. Aux cimetières de la démocratie on y trouve donc des fertilisants de toute sorte, c’est bien connu. L’autre jour à Kéramikos, cimetière des anciens aux portes de la ville antique dans une cuvette, il n’y avait plus un seul touriste ni visiteur autochtone. Seules les âmes gardiennes des lieux trouvèrent enfin la paix pendant que la première neige recouvrait les hauteurs des montagnes fondatrices de l’Attique. Silence nécessaire.

Au cimetière antique de Kéramikos. Athènes, le 4 décembre




* Photo de couverture: Sur le marché. Athènes, le 4 décembre

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