Tuesday, 24 December 2013

Noël nouveau/New christmas



Noël n’est pas traditionnellement la plus grande fête en Grèce. Il n’y a pas si longtemps et certainement avant la... grande transition européiste, les enfants que nous étions recevaient les cadeaux de St Basile au soir du 31 décembre ou parfois au matin du 1er janvier. Ensuite, nous avons connu un certain alignement sur la démesure, dont cette attitude rajoutée des cadeaux de Noël, devenue très coutumière surtout depuis les “années euro”.

Place de la Mairie. Athènes, décembre 2013

Après plus de trois ans sous le régime de la Troïka, et en cette fin 2013, une certaine relâche mêlée à de la lassitude détermine nos moments... alors inégaux à jamais. Nos badauds s’entassent au centre-ville, et les athéniens se promènent souvent à la recherche du cadeau minimaliste, souvent réduit à l’essentiel, c'est-à-dire tout juste de quoi préparer le repas festif. Et entre deux figures du dit Père Noël de pacotille et de circonstance, notre ville regorge de bars festifs qui organisent des soirées et qui font l'unanimité chez les jeunes. Je remarque aussi que ce dernier temps, il y a certes les établissements de type bistrot qui ferment définitivement, mais il y a aussi ceux qui ouvrent à leur place, surtout au centre-ville. Tout comme la toute petite restauration dite “à la main”, où l’on se restaure pour deux à quatre euros par personne.

Et sur le marché des halles de la rue d’Athéna, on se basculait toute cette semaine pour la dinde au meilleur prix, c’est vrai que c’est le marché le plus intéressant de la ville. J’ai remarqué que nombreux ont été ceux qui ont pourtant remplacé la dinde fermière par la dinde “simple” comme on dit parfois ici, ou sinon, il y a eu ceux, qui ont... opté pour le poulet de Noël, crise oblige.

Pis encore, les voisins se seraient même exclus de la fête, C. comme d’ailleurs son épouse, se retrouve sans travail depuis la faillite de son atelier en 2011 et il survit difficilement en travaillant occasionnellement, moins de cinq jours par mois. “On m'avait fait la promesse d'un petit chantier avant les fêtes. C'est reporté... c'est de la m... Je comptais toucher deux cent euros pour ainsi passer les fêtes. Tout devient si dur...” Grâce aux donations à ce blog j’ai pu donner une petite... grande somme à mon voisin, son ami Petros venait de lui offrir un appareil de chauffage et la bonbonne de gaz adéquate. Heureusement en tout cas que le temps clément est annoncé pour la fin de la semaine, sirocco et vent marin seront aussi de la fête.

Athènes, décembre 2013

C., n’en revenait pas: “Ah voilà que les choses arrivent parfois sans s’y attendre. Déjà les enfants n'auront pas froid... je commence à croire au Christ, mieux qu'avant... pas vous ?” Nous nous distribuons alors nos revenus comme nous le pouvons entre nous, mais seulement jusqu’à un certain seuil. Celui du possible et même de l’acceptable car la solidarité n’est plus autant “aveugle” qu’avant. Ceux qui peuvent encore aider, opèrent souvent un choix cornélien, plus délicat que jamais, parfois connoté et “encadré” de certaines considérations philosophiques.

Cette année en tout cas, c’est par un relâchement général que les athéniens ont voulu et si possible mieux, se mettre en phase avec l’ambiance qui se voudrait festive, marquant particulièrement une pose à cette cadence infernale du temps restant, avenir compris. Sans illusion désormais, car on vit au présent, et l’on dépensera tout jusqu’au dernier euro sachant même que demain... il fuira nos poches. Ou peut-être bien, en attendant le retour de la drachme. Une heure avant la fermeture des banques au 24 décembre, mon ami T. qui attendait cette partie... régulièrement exceptionnelle du salaire que l’on nomme ici “cadeau de Noël”, a été informé que le virement venait tout juste d’être effectué.

C’est vrai que de ne pas le verser demeure pour l’instant passible des poursuites au pénal, conduisant même jusque à l’emprisonnement du patron... à la mémoire courte pour flagrant délit. Voilà pratiquement cinq mois que mon ami travaille sans rémunération, (seulement un cinquième des salariés du privé sont rémunérés... à l’heure en Grèce), heureusement il fêtera Noël. “Nous nous sommes précipités à la banque mon épouse et moi pour ensuite aller faire nos courses. C'est le soulagement. Le patron est un escroc, il a versé le cadeau de Noël à la toute dernière seconde... le stress s’est ainsi rajouté à notre consternation, c’est honteux”.

Arbre de Noël du Plan B, décoré en billets de drachmes. Athènes, le 22 décembre

Place de la Constitution, plus de dix-mille personnes parmi les nombreux passants, ont été attirées par l’arbre de Noël du mouvement du Plan-B, installé et politiquement encadré durant toute la journée du 21 décembre, s’agissant bien entendu d’un sapin décoré aux billets en drachmes, notre monnaie nationale dont nous sommes de plus demandeurs et pas que par nostalgie. Alekos Alavanos, initiateur du parti du Plan-B alors issu de la vieille gauche (ex-chef de SYRIZA avant 2008), a de son côté accordé une interview au “Quotidien des Rédacteurs”, où sous le titre “La honte de l'Europe”, il insiste sur la seule voie possible, en finir avec l’euro.

Le sens historique n'est plus le même qu’avant ni pour ce qui est de l'Europe mais encore en ce qui concerne la gauche, laquelle n'est pas forcement prête à agir au beau milieu d’un monde en devenir. Le ‘généogramme’, autrement-dit les origines de cette gauche ne lui garantissent plus aucune identité disons avant-gardiste, il faut (se) le dire. La nouvelle dynamique constatée internationalement et qui consiste en cette simultanéité des révoltes nationales est un phénomène que les forces de gauche n’osent pas voir car elles sont peureuses” (Alekos Alavanos, “Quotidien des Rédacteurs”, le 21 décembre).

Alekos Alavanos au “Quotidien des Rédacteurs” du 21 décembre

Notre histoire s’accélère. SYRIZA se croit livrer sa grande course pour le pouvoir, sauf qu’il est déjà dépassé par l’historicité et ses mentalités en devenir. Qu’il gouverne ou pas, que nous aillons ou pas des liens affectifs avec sa sociologie et sa culture politique, le parti de la Gauche radicale appartiendrait autant et de plus en plus au monde d’avant.

L’européisme étant déjà disparu, le problème demeure car sa “démocratie” et hélas aussi la nôtre, sont rayées de carte en Europe occidentale (déjà). Tout le monde le sait et c’est pour cette raison que le discours lénifiant ou souvent agressif des gouvernants ou des journalistes pavloviens passe difficilement, alors de plus en plus. Sur un mur d’Athènes on peut par exemple lire: “La Démocratie nous montre ses dents - Brisons-les”, sans commentaire. Donc la refonde de la Démocratie loin, très loin et aux antipodes de la Troïka ainsi que des Traités deshumanisants (car aussi financiarisant à l’extrême les rapportes et les échanges entre les hommes) de l’Union Européenne ne doit plus trop tarder et ceci, pour l’ensemble même des peuples ainsi assujettis au côté obscur de la culture de l’Europe.

Slogan.“La démocratie nous montre ses dents...” Athènes, le 22 décembre

Huissier et police. Presse grecque, décembre 2013

Mardi 24 décembre, au centre-ville d’Athènes il y avait donc beaucoup de monde. On se laisse aller pour ces fêtes comme jamais depuis le début de la crise, les gens dépensent comme si le lendemain n’existait pas, ou plus précisément parce qu’il ne sera plus du tout pareil à court ou à moyen terme. Certains ont retiré leurs les dernières économies car on craint que les Troïkans, c'est-à-dire le ministère de Stournaras ira directement se servir sur les comptes en banque et les dépôts à la manière chypriote, ce qui de toute manière est déjà annoncé pour les avoirs concernant l’ensemble de la zone euro, France et Allemagne comprises. Très... Belle époque.

Nous nous enfonçons alors en avance sur les autres peuples dans le temps nouveau et en attendant, sous ce terrible smog d’Athènes à l’air devenant si irrespirable, comme d’ailleurs nos politiciens. La généralisation du chauffage en bois pour cause... de génocide économique urgent, a ainsi rendu la situation intenable, toute la presse en parle y compris le grand quotidien conservateur “Kathimerini” qui en faisait d’ailleurs sa “Une” du 24 décembre, car à part la pollution sans précédent sur Athènes, à part la mort lente, il y a aussi toutes ces morts subites par intoxication ou par effet d’incendie.

La comète Samaras. “Quotidien des Rédacteurs” du 21 décembre

Antonis Samaras, son “gouvernement” de marionnettes serait en train de paniquer annonçant par exemple une liste en recommandations “de bon sens” à destination de la population et pour ce qui est du... bon usage du chauffage qui brûle et qui fume trop. C’est trop tard, y compris pour l’enfumage politique. En réalité c’est son gouvernement qui sent déjà fort la braise car il décroche alors définitivement du pays, des réalités, des mentalités, c’est un gouvernement offshore condamné à disparaitre à court ou moyen terme.

Pollution à Athènes à cause du chauffage en bois. Le 22 décembre

Appareils de chauffage du XXIe siècle. Athènes, décembre 2013


La population n’arrêtera pas à se rouer sur la vie restante, les librairies sont alors remplies en citoyens qui ne se chauffent plus chez eux, mais qui achèteront les livres-brûlots du présent et forgeurs d’avenir. En ce sens, et même si cela ne concerne que cette partie la plus illuminée de notre société, nous sommes bien en avance sur le reste de l’Europe car nous avons été d’emblée le premier pays cobaye de la Grande transition vers l’infâme, autrement-dit le dogme de la pauvreté.

Le dogme de la pauvreté en slogan sur un mur. Athènes, le 22 décembre

J’ai acheté un livre pour mon ami Fondas, nous avons bu ensemble un café au centre-ville sous l’Acropole, sous son énergie alors bien entourés d’un autre futur que nous voulons alors bien proche. Tel est d’ailleurs le vœu le mieux partagé par le plus grand nombre désormais. En attendant, nous œuvrons dans cette direction, et nous ne baisserons pas les bras comme on dit. Et toujours en attendant, dans les quartiers de notre ville et en pensant à ceux qui ne se rendent plus au centre-ville et qui n’achètent plus de livres, certaines femmes cuisinent pour les voisins, et parfois en parfaites anonymes laissent ces plats cuisinés et conditionnés devant les entrées des immeubles sous la discrétion et la bonté.

Pour d’autres par contre, c’est presque trop tard, tels nos mendiants aux visages complètement dissimulés derrière leurs écharpes, êtres invisibles de toute manière. Ailleurs, c'est-à-dire tout près, les petits bateaux traditionnels sont toujours ornés en attendant peut-être aussi un temps meilleur.

Mendiant. Athènes, le 24 décembre

Bateau orné. Athènes, le 24 décembre

Tôt ou tard nous vaincrions alors la peur qui conduit tout droit au côté obscur. Notre voisin ce soir offrira aux siens et à ses amis un repas de fête, comme nous, sous le ciel obscur du smog athénien. On en finira par la même occasion avec le Père Noel de pacotille ainsi qu’avec les marionnettes du temps troïkan. Bonnes fêtes et un grand merci à tous les lecteurs et aux contributeurs essentiels à ce blog.

Post-scriptum des temps nouveaux. Au soir du 24 décembre, tous les produits de la marque Coca-Cola au conditionnement de 500 ml, ainsi que l’ensemble des produits Nestea ont été retirés précipitamment de la vente. Une organisation alors inconnue, a apporté les preuves de son action en adressant des échantillons ainsi qu’un texte à un site d’information internet: “nous avons altéré le contenu de certains bouteilles à l'acide chlorhydrique” (“Quotidien des Rédacteurs”). Noël à Athènes, 2013.

Attentes. Athènes, 2013




* Photo de couverture: Athènes, le 24 décembre

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