Wednesday, 22 January 2014

Terrorismes et barbarie/Terrorism and barbarism



La vie continue, nous naviguons laissant derrière nos trépassés remémorés. Nous avons enterré Costas, mon cousin, après Sakis et après Petros. J'ai remarqué que nous tous, ses proches et surtout ses amis, étions furieux de ne pas l'avoir rencontré la veille, pour peut-être le faire parler davantage, lui donner du courage. Auparavant, cette bande d’amis se réunissait presque tous les jours.

Commerce en faillite. Athènes, le 20 janvier

La crise alors nous éloigne, nous sépare, nos sociabilités connaissent aux dires de tous, une chute libre... avant celle des êtres, et littéralement. La dite solidarité prétendument étendue et “généraliste” en ces temps de crise est alors un mythe de plus et finalement de trop. Mais ce pays tourne, et il tourne en rond comme son actualité.

La nouvelle importante du moment, c’est cette cavale de Christodoulos Xiros, membre de l’organisation terroriste du 17 novembre, condamné et emprisonné depuis 2002. Les autorités pénitentiaires lui avaient accordé une permission de sortie pour les fêtes. Et depuis, Xiros a pris la fuite. Le hasard... prévisible, voire... préparé a fait qu’en ce lundi 20 janvier, l’évadé a fait circuler une vidéo sur Internet pour annoncer alors “l'évident” dans pareils cas: “En revenant dans l'action, je vais vous b...” entre autres, phrase historiquement attribuée à un héros national de la Guerre d’Indépendance (1821), fondatrice de la Grèce moderne. Mélange de genres ?

La vidéo de Christodoulos Xiros. “To Pontiki”, le 20 janvier

Parallèlement, un texte de Christodoulos Xiros diffusé sur Internet, reprend et recompose à sa manière, l’essentiel du réquisitoire d’ailleurs fort logique du camp anti-mémorandum, autrement-dit du sens devenu très commun et partagé entre les Grecs d’aujourd’hui. C’est peut-être pour cette raison que cette nouvelle... Parousie du danger... terroriste occupe si peu de place dans les conversations des Grecs en ce moment.

Et même si mardi matin, j’ai certes remarqué dans les quartiers ouest d’Athènes une banderole accrochée près d’une rocade portant la signature de personnes se réclamant du monde anarchiste, en signe “d'encourageant Xiros à reprendre les armes”, les Grecs dans leur ensemble restent en général dubitatifs, hormis ce désir général devenu inéluctable, d’un châtiment lequel serait infligé aux responsables politiques et économiques du pays.

La parodie en tout cas de l’affaire, n’a pas tardé à circuler sur internet dès mercredi 22 janvier, dans un prétendu message du “terroriste Antonis Samaras annonçant les nouvelles mesures d'austérité”. Sauf qu’en l’espace seulement d’une fraction de génération la Grèce ne rit plus. “Le rire ne paraît que dans l’humanité, et il est toujours un signe d’une certaine jovialité et gaieté que nous éprouvons intérieurement dans notre esprit” écrivait Baldassare Castiglione dans son “Cortegiano” de 1528 et en son temps, il y a si longtemps. L’humanisme réel ou prétendu de la dite civilisation occidentale n’est plus, notre monde tourne la page, pour ne pas dire qu’il la déchire des carnets du temps.

La parodie du message terroriste. Le 22 janvier

Plus près de nos affaires, tout le monde a pu suivre les propos du journaliste Yorgos Trangas, au matin du 21 janvier, il considère quasi ouvertement que cette affaire “en série” relèverait bien “de l’étrange”, car “après l’assassinant du chanteur antifasciste Pavlos Fyssas, après celui de deux jeunes membres de l'Aube dorée et suite à la piètre instrumentation faite de l’incarcération des élus du parti de l’Aube dorée, c’est comme si, un scenario du pire contrôlable était déjà en cours d’exécution par les vrais maîtres du pays. Et comme en plus, notre police semble être suffisamment informée des agissements des uns et des autres un peu partout, elle est d’ailleurs si bien omniprésente mettant les menottes assez facilement, c’est alors très curieux que ce Xiros lui aurait ainsi échappé. Et sans évoquer les liaisons disons possibles, entre l’État et le noyau historique de l’organisation du 17 novembre dont certains meurtres, furent si mal élucidés, cela même, après l’arrestation des coupables. Pourquoi ?”, Yorgos Trangas sur la radio Real-FM du 21 janvier, (cité de mémoire).

Dans ce même ordre d’idées... mardi 21 janvier au soir, le quotidien “Elefterotypia” reçoit et publie une lettre (présentée comme étant) expédiée par Alexandros Giotopoulos depuis sa prison (considéré comme ayant été le cerveau et le théoricien de l’organisation du 17 novembre). À travers cette lettre et de manière fort explicite, Giotopoulos vient soutient la thèse suivant laquelle, Xiros a bénéficié des certaines faveurs “inexpliquées”, ainsi accordées par les services de l’État (surveillance, conditions de détention, mesures de sécurité). C’est alors ainsi que les Grecs demeurent fort dubitatifs vis-à-vis de cette affaire.

Manifestation réprimée en juillet 2011. Source, TVXS au 20 janvier

En tout cas, Manolis Glezos, élu de la Gauche radicale et héros de la Résistance (des années 1940), estime de son côté que “cette histoire est un fiasco, et que le Système a laissé Xiros s'évader pour faire oublier au peuple... sa propre tragédie”, (presse du 21 janvier). Pour ce qui est de la tragédie justement, par un certain hasard du calendrier, c’est cette semaine que des policiers appartenant aux unités antiémeute... de notre pays réel, comparaissent à Athènes pour avoir exercée une violence démesurée et gratuite sur les manifestants d’alors. Car les faits qui leurs sont reprochés remontent à 2011. Sauf que finalement, cette violence policière s’est avérée plutôt payante, si l'on considère l'évolution déclinante depuis des grands rassemblements populaires, lesquels ont ainsi perdu ce caractère massif de l’été 2011.

Certes, lundi 20 janvier encore, les manifestants du jour, autrement-dit, les surveillants scolaires mis “en état de disponibilité”, ont manifesté devant leur ministère de tutelle (?), mais dans la lassitude et l’indifférence. Enfin, et cela est sans doute plus significatif et autant bien embarrassant pour le “gouvernement”, le Conseil d’État a rendu un jugement assez explicite cette semaine, pour statuer à propos des diminutions des salaires et des retraites des militaires et des policiers du pays. Elles sont donc jugées illégales car en violation de la Constitution. Donc d’après cette décision, l’État doit rendre aux intéressés, les sommes correspondantes. Évidemment, du côté des ministres concernés, “c'est une erreur”, encore une erreur.

Manifestation des gardiens des écoles. Athènes, le 20 janvier

Euripide licencie. Athènes, le 20 janvier

Pauvre Grèce... si bien appauvrie, même Euripide, c'est-à-dire la librairie de ce célèbre nom, licencie à son tour ses employés qui donc s’organisent comme ils peuvent. Comme ces autres salariés restants et estropiés de leur visage humain lesquels ne parviennent plus (à lutter) sauf contre le temps restant et encore. Durant le dernier weekend encore, nos ministères... concernés ont imposé l’ouverture des commerces le dimanche, et cela, au pays à l’économie de guerre... et d’une chute de 25% de son PIB en quatre ans. “Jamais le Dimanche”, interpellent alors certaines affiches récemment apparues sur les murs d’Athènes, inspirées du célèbre film de Mélina Mercouri.

Jamais le Dimanche. Athènes, le 21 janvier

Mon ami T. journaliste, vient d’entamer une procédure devant la Cour justice compétente, visant son journal lequel ne lui a pas versé une seule fraction de salaire depuis cinq mois. Pour ce faire, notre petit monde a cotisé et notamment ses collègues, car toute démarche auprès de la justice grecque est payante, c’est ainsi que le début de la procédure a coûté 250 euros. Même l’avocat a participé, en y ajoutant sa propre contribution. C’est dans ce sens que notre solidarité devient alors précise, ciblée mais tout autant difficile. Au tribunal, il nous a été précisé qu’il s’agissait de la septième plainte depuis la semaine dernière à l’encontre de ce même “grand” quotidien. Mon ami semble soulagé, “je me bats comme je peux jusqu'au bout, non, je ne me suiciderai pas, quoi qu’il arrive”.

Ouzo du lundi et son accompagnement. Athènes, le 20 janvier

Nous avons bu un petit ouzo accompagné de son mézès, assortiment de hors-d'œuvre froids pour 7€ dans un café réellement populaire, le dernier de ce genre dans le quartier. Et à travers l’écran de la télévision nous découvrîmes ces images de Christodoulos Xiros tant commentées par les journalistes, sauf dans le café personne n’a souhaité... interpréter la nouvelle. À quoi bon ?

Je remarque aussi que ce dernier temps, les Grecs, pourtant si loquaces en public par le passé, ne s’expriment plus aussi facilement qu’avant. Comme du temps des Colonels. Effectivement, le personnel politique se dit menacé car depuis la fuite de Xiros, tous les analystes prédisent “une frappe terroriste de grande envergure”, les Grecs déjà meurtris, demeurent toutefois largement indifférents à une telle menace, réelle, instrumentalisée ou supposée. On peut comprendre.

. Athènes, le 20 janvier

Notre pays est déjà mort dans un sens terroristes ou pas, et au-delà de la... constituante dite économique de sa défaite (car la “crise” c'est une forme de guerre), je crains que la géopolitique prochaine ne lui laisse guère de place pour... se retourner même dans sa tombe. Ou sinon, nos gouvernants (ou plutôt ceux qui les remplaceront bientôt) seront enfin à la hauteur des enjeux et qu'en plus, le peuple puisse comprendre et soutenir une politique très douloureuse mais à long terme porteuse car dans la rupture et si possible. On peut... douter.

Mon ami T. se dit informé d’un sondage non publié et qui circule entre journalistes, il aurait été réalisé récemment pour le compte d’une ambassade d’un pays disons historiquement allié de la Grèce. D’après ce sondage hypothétique, l’influence de la Nouvelle démocratie d’Antonis Samaras serait de 16%, celle de SYRIZA de 23% et ensuite celle de l’Aube dorée de 20% ! Voilà pour les Cassandres. Un autre sondage, alors publié, donne les résultats suivants: SYRIZA 31,5%, Nouvelle démocratie 28% et Aube dorée 10%.

Avenue d'Athènes, janvier 2014

Réparations d'appareils ménagers. Fermeture, Janvier 2014

Réparations d'appareils ménagers chez le menuisier. Athènes, janvier 2014

La circulation grecque se fluidifie sur nos avenues. Le réparateur des appareils ménagers du coin n’a pas tenu le coup, et il a fermé son commerce. Dix mètres plus loin c’est désormais chez le menuisier survivant qu’il devient alors possible de réparer ses appareils ménagers. Il suffisait d’y penser, la Grèce se regroupe alors comme elle peut.

Mardi 21 janvier, un reportage radiophonique sur REAL-FM a confirmé ce que l’on savait déjà. De nombreux nourrissons sont abandonnés dans les hôpitaux athéniens car leurs parents ne peuvent plus faire face... à la vie. Un médecin interrogé notait à ce propos qu’il est grand temps de créer un nouveau service spécialisé pour ces nouveaux pupilles de l’hôpital et de la nation.

Non sans rapport, notre presse politique et satirique suggère cette semaine, une nouvelle représentation des coupures de vingt euros des pauvres, en circulation entre... le Portugal et Chypre. D’emblée l’euro a été par définition une fausse monnaie... maintenant cela se confirme par les réalités et sa sanctification opérée par certaines élites ne changera plus grand-chose. Car l’euro a déjà perdu la bataille des symboles et des mentalités, c’est du “papier haï et on se mouchera le nez avec dans pas longtemps” entend-on dire et de plus en plus souvent chez nous.

Réconfort apporté aux animaux adespotes. Athènes, janvier 2014

L'euro du Sud. “To Pontiki”, 16 janvier 2014

Nous apportons alors un peu de réconfort à nos amis ainsi qu’à nos animaux adespotes, question de dignité et de civilisation restante. Sur Athènes, le temps s'est radouci d'un cran, la vie continue, nous naviguons.

Animal adespote. Athènes, janvier 2014




* Photo de couverture: Près d'Athènes, janvier 2014

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