Tuesday, 11 February 2014

Peuples au Printemps/People in Springtime



Le printemps c’est pour bientôt car nos arbres fleurissent déjà. Sous ce temps clément nos duretés perdurent et s’aggravent, s’agissant de l’expérimentation de “l'inhumanisme” méta-social si aggravé, dans un seul pays de la zone euro. Lundi 10 février place de la Constitution (bafouée et parodiée), quelques centaines d’experts-comptables d’Attique avaient formé un cortège qui s’est ensuite dirigé jusqu’aux portes closes du ministère de la dite Économie. Printemps alors sans peuple.

Place de la Constitution. Manifestation du 10 février

Ces professionnels de la comptabilité, eux-mêmes paupérisés pour certains, dénoncent ainsi cette politique sciemment appliquée et qui conduit à la mise à mort rapide du tissu subsistant de la petite et moyenne entreprise du pays. Tissu... ou plutôt suaire.

Sous le slogan “Basta, non aux amendes lourdes, non à la pénalisation”, ils dénoncent une situation alors sans pareil, un manifestant expliquait à une équipe de documentaristes Italiens venus en... bons excursionnistes vers le futur, comment une dette oubliée d’un petit commerçant envers l’État de huit euros, se transforme en un fardeau de quelques milliers d’euros au bout d’un an, d’après la nouvelle loi fiscale, notons-le, originalement rédigée en anglais, avant d’être traduite ou sinon... adaptée au vieux dialecte de notre ethnie.

. Athènes, le 10 février

Je notais déjà à ce propos sur ce blog qu’il n’y a pas qu’aux centres des impôts que les citoyens haussent le ton, déjà malmenés par une administration contrôlée par les occupants du pays piloté par “sa” dette. Le quotidien progouvernemental “Kathimerini” du 3 février, croyait enfin révéler que certains “disfonctionnements quant à l'interprétation des dispositifs des lois fiscales, plus d'une dizaine en moins d'un an, trouvent leur source dans la traduction parfois approximative des textes originaux, car les lois fiscales grecques sont originalement rédigées en langue anglaise”.

Monde futile. Place de la Constitution. Athènes, le 10 février

Durant la manifestation des experts-comptables, sur cette même place Syntagma (de la Constitution) on pouvait contempler une mise en scène photographique promotionnelle d’un quelconque “concept” du monde futile d’avant, mais qui s’accroche à nous jusqu’au dernier souffle. Dans l’indifférence je dirais. Visiblement nos univers se découpent sans forcement se rencontrer.

Ainsi, assez tôt dans la matinée, les publicistes, nos manifestants, les nombreux passants, de même que les journalistes semi-aveugles des médias internationaux ou encore nos touristes, n’auront certainement pas vu les sans-abri qui “logent” sur cette même place, aux symboliques et aux réalités défaites et qui la quittent provisoirement au moment du grand jour, car... insister au-delà du présentable, comporte le risque de se voir déloger des lieux par la force policière.

Place de la Constitution, sans-abri, février 2014

Le même sans-abri quittant les lieux. Février 2014

D’autres badauds du centre historique observeront les vitrines faisant dans le luxe, tout près de l’épigramme funéraire improvisé à la mémoire de Sotère le chien qui vécut et mourut en ces lieux. Et ce n’est que très-difficilement que l’on saura observer dans ce même cadre, la mendiante invisible des lieux, ou plutôt de ce qu’ils sont devenus... après la disparition de notre Sotère (en grec “Sauveur”) à tous.

Mémoire de Sotère le chien, les passants et la mendiante (en surexposé à droite). Athènes, février2014

Poste de péage de Malakassa en feu, le 9 février

Sauf que notre pays bouillonne tout de même d’un feu à peine couvert après comme peut-être avant Sotère et nos autres chiens et même chats. Dimanche 9 février au soir, des manifestants écœurés par les augmentations des prix des péages ont investi le poste de péage de Malakassa près d’Athènes, répondant aux appels des collectifs locaux ainsi que des élus de la commune d’Oropos. La manifestation a “dégénéré” conformément à la sémantique couramment utilisée par les dégénérés de la civilisation et de la dignité humaine qui gouvernent hélas ce pays et l’Europe de l’UE (sans aller au-delà), de ce fait, un poste de ce péage fut incendié.

Aussitôt, certains membres des collectifs mais également le maire d’Oropos (élu pourtant sous la bannière de la Nouvelle démocratie d’Antonis Samaras) et une bonne partie des membres du conseil municipal ont été arrêtés, puis transférés à Athènes. Seulement, mardi 11 février, le juge chargé du dossier a ordonné leur libération sans condition ; leur procès aura lieu le 3 avril prochain. Lundi 10 février les services municipaux sont restés fermés à Oropos en signe de protestation et de colère, on comprend.

Fermeture des services municipaux, Oropos, le 10 février

Le pouvoir et sa parole en Grèce. “Quotidien des Rédacteurs” du 10 février

Le pouvoir se fissure et autant sa parole caduque et suranné au-delà du mensonge structurelle qui fut le sien depuis longtemps déjà, accompagnant dorénavant des actes issues d’une démence supposée incroyable. Kostas Vaxevanis, le journaliste de gauche, dénonçait une fois de plus lundi 10 février depuis le micro de la radio 105,5 FM (de SYRIZA), “Ces baronnies d'Athènes et de Grèce, ces mafias locales soutenues par le gouvernement... ou c'est plutôt le contraire, et avec lesquelles le pouvoir troïkan fait plutôt bon ménage, en choisissant les siens cas par cas. Ces gens sont des escrocs, et ils financent même directement certains commissariats de la police pour que les agents circulent, se postent et patrouillent près des péages pour ainsi dissuader les citoyens de toute acte de résistance. Car ces augmentations des péages sont illégales dans la mesure d’abord où elles devraient s’accompagner de l’avancement des travaux en cours, or, ce n’est pas le cas. Et elles sont de toute manière illégitimes dans le contexte surtout actuel. La Grèce de Samaras, de la Troïka, de Siemens de MAN et des pots de vin, c’est toujours celle des barons, des brigands et des contrebandiers à la... très haute échelle”.

Le journaliste de droite Yorgos Trangas ira plus loin sur REAL-FM mardi 11 février (il s’agit de l’émission la mieux suivie de la zone radiophonique matinale en Grèce), en affirmant que “Ces contrebandiers du pétrole des cigarettes et du BTP, ces oligopoles criminels qui maintiennent les prix si élevés à travers la grande distribution d'un pays désormais paupérisé, sont facilités dans leurs crimes par les lois d'avant et surtout d'après le mémorandum, sous le haut patronage de l’occupant Allemand (sic), lequel contrôle pareillement la classe politique corrompue ainsi que l’essentiel des médias du pays, et particulièrement la télévision et la radio. Autant dire, l’information savamment administrée, telles ces récentes pseudo-fuites au propos les comptes détenus auprès certaines banques étrangères par petit nombre de députés, des broutilles certes mais qui servent à attiser les plus bas instincts des êtres humains en Grèce et ainsi les aveugler devant la grande braderie organisée autour et sur le corps dépecé du pays”. Pauvre Grèce et si c’est vrai, pauvre Allemagne aussi dans un sens.

Encelade... germanique. “Quotidien des Rédacteurs” du 10 février

Je remarque que même Encelade, ce Géant, fils de Gaïa (la Terre) et qui passe pour être à l’origine des secousses telluriques provoquées par les ses propres mouvements (surtout à la suite des récents séismes qui ont frappé l’île de Céphalonie), a été dernièrement... germanisé par la main de nos caricaturistes: “Tu as détruit nos demeures, alors, avec quel argent pourrions-nous les reconstruire ? Je vous prêterai de l'argent sur 50 ans”.

Loin d’Encelade de Céphalonie ou de... Berlin, le voisin Christos ne travaille guère que cinq jours par mois et pour son labeur il n’est parfois pas rétribué. Abattu, il vient de tomber malade de la grippe ignorant les séismes, d’ailleurs et d’où qu’ils viennent. La dite politique ne l’intéresse plus et il ne remarquera le moindre supposé triomphe d’Alexis Tsipras en Italie et de la liste qui désormais portera son nom chez nos sympathiques voisins.

Il se débrouille bien à l'étranger. “Quotidien des Rédacteurs” du 10 février

D’après “Quotidien des Rédacteurs” du 10 février, Alexis Tsipras “se débrouille bien à l'étranger”. Certains amis Syrizistes m’ont même téléphoné pour ainsi exprimer leur grand plaisir “quant au triomphe d'Alexis à Rome pendant que les médias grecs, la télévision notamment, gardent le silence”.

Eleni, fille d’un grand acteur du théâtre et du cinéma de notre temps d’hier semble moins convaincue: “Ce qui me révolte c'est notre demi-endormissement face à l’ignoble. Notre société s’effondre hormis certaines solidarités, anciennes ou fort-heureusement naissantes. On observe certes cette floraison théâtrale sauf que les acteurs, soit ils sont payés 5 euros de l'heure, soit ils interprètent gratuitement. Tel est le cas d'ailleurs pour ce qui est en pratique s’agissant des productions du jeune cinéma grec, dit de crise”.

Eleni n’aura pas perdu son sens de l’humour pour autant, même si sous ce temps clément, nos duretés perdurent et s’aggravent. Printemps d’Athènes ?

Athènes, le 11 février




* Photo de couverture: Manifestation. Experts-comptables devant le ministère de l'Économie. Athènes, le 10 février

No comments

Post a Comment

The team of "Greek Crisis" respect all opinions, but
reserves the right not to publish offensive comments.