Tuesday, 18 February 2014

La mort et la liberté/Death and Freedom



La dite crise épuise nos énergies lesquelles ne sont pas forcement renouvelables. D’autres énergies seraient en train d’apparaître, ainsi, l’opiniâtreté se mêle par exemple au désespoir. Lundi 17 février, le ministre de la Santé (?) a procédé à la “mort subite comme prévu” des centres de consultation de la Sécurité Sociale, autrement-dit, tous seront fermés simultanément et leur personnel doit évacuer les lieux. Pour le ministre, répétons-le issu des rangs de l’extrême-droite, “il s'agit d'un redémarrage complet du système, lequel se fera dans environ un mois”.

En Attique, février 2014

Notre pays étant déjà formaté et voilà... qu’il redémarre après... désinstallation, il est paraît-il grand temps pendant que nos chiens adespotes prennent un bain de soleil et de... vraie vie. Du côté des médecins on l’aura autant compris, c’est une forme de privatisation du système par le démantèlement, en passant par la méthode d’abord expérimentée lors de l’arrêt brutal des émissions de la radiotélévision publique ERT en juin 2013, c'est-à-dire, il y a déjà un moment. Notre temps historique défile alors trop vite et c’est voulu.

De la même manière, les ouvriers métallurgistes de l’aciérie d’Aspropyrgos près du Pirée, viennent d’apprendre que ils seront quasiment tous (95% du personnel) mis sous “le régime de la disponibilité”, euphémisme très à la mode en ce moment pour signifier en toute évidence, l’antichambre, voire le purgatoire du chômage.

Les ouvriers manifestent, ils avaient initié une très longue grève entre 2011 et 2012 et nous les avions même rencontrés lors du tournage du film documentaire “Khaos”, il y a comme toute une éternité. Depuis, le chaos tarde à se... braquer du bon côté et les outragés du jour à Athènes seraient plutôt les fantômes des anciens grévistes. En attendant... le soleil.

Médecins et personnel devant un centre de la Sécurité Sociale. Athènes, le 17 février

Devant un autre centre. Athènes, le 17 février

Ouvriers métallurgistes manifestant. Athènes, le 17 février

La presse gouvernementale (le quotidien “Ta Nea” par exemple), réalisait sa une lundi 17 février à partir de la prétendue allocation spéciale “cadeau de Pâques”, son projet serait dans les cartons de la gouvernance Samaras. Pauvre propagande. Ce même Antonis Samaras s’est rendu il y a peu au Mont Athos pour ainsi s’offrir l’image... pieuse du matraquage à la manière des sous-préfets des années 1950. Tout le monde en rit je crois et dans l’indifférence. Cette même indifférence avec laquelle la population a accueilli l’annonce officielle du début de la campagne électorale par le parti de la Gauche radicale.

Les temps changent et la politique redeviendra intéressante lorsque dans un certain sens, une nouvelle “Politeia” sera rétablie, d’en haut et surtout d’en bas. Chez SYRIZA pourtant (et bien au-delà) tout le monde fait semblant de “faire de la politique” comme avant.

Spécial cadeau de Pâques. “Ta Nea” du 17 février

Antonis Samaras au Mont Athos. To Pontiki du 17 février

Mon ami Panagiotis rencontré ce week-end, ce vieux routard de la Gauche et du terrain comme on dit, il a déjà quitté SYRIZA depuis presqu’un an. Se retrouvant avec ses autres amis... stationnés au parti en attendant pour ainsi “exercer pression de l'intérieur”, est très amer dans ses propos et personne n’ira le contredire pour autant. “Finalement, quoi qu'on dise c'est bien le destin qui l’emporte” indiqua un des amis, sans autre suite.

Et pour ce qui est du sort justement, nous autres, demeurant dans le camp de concertation nouvelle version, fréquentons aussi parfois les églises, sauf que de manière si éloignée des préoccupations... offshore et marketing d’Antonis Samaras et des siens. Ainsi, dimanche dernier 16 février, nous avons assisté à une messe à la mémoire de Costas, mon cousin qui s’est suicidé en janvier. “Personne ne veut nous comprendre, nous mourons... en plus, il y a tous ces nouveaux péages, j'ai dû encore payer aux escrocs et copains des politiciens pour me rendre jusqu’ici. Notre colère est immense, un jour... ces gens vont le payer très cher”, dit Yannis, ami de Costas et lui-même commerçant (également) en faillite après la messe à l’heure du café.

Messe à la mémoire de mon cousin Costas, le 16 février

Depuis, Malamatenia, la mère d’un autre ami vient de mourir ce mardi matin (18 février). Elle était âgée mais surtout mal soignée à l’hôpital public car les moyens manquent, notamment pour ce qui est de l’hygiène mal assurée par un personnel médical et paramédical qui ne suffit plus pour maintenir un niveau de suivi et de surveillance disons déjà dignes.

C’est alors ainsi, et après avoir provoqué une crise humanitaire à l’échelle européenne et à la démesure européiste, que les élites “grecques”, celles de la Commission de Bruxelles ainsi que les marionnettes qui commandent aux destinées hasardeuses de la nouvelle prétendue “Grande Allemagne”, estiment maintenant à l’instar d’Olli Rehn que notre ex-pays “est plus susceptible d'avoir besoin de la Banque mondiale et il est important que la Banque mondiale s'engage dans l'avenir en Grèce”, (interview accordée au quotidien allemand “Die Welt” du 17 février).

Le camp grec, l'européisme et l'Allemagne. Real-news, février 2014

Mémorandum eternel, “Eleftherotypia” du 11 février

On comprend alors désormais ce passage... obligé vers une autre para-existence étatique, sociale et politique nous concernant. Tel est le nouveau modèle approprié à la Grèce et toutes proportions gardées, à l’Irlande par exemple. Néo-paupérisation, ou l’art de vivre avec 550 euros par mois, en dépensant 200 euros pour se loger, 100 pour le chauffage et l’électricité, 30 euros de charges et autant pour l’eau, 40 euros pour le téléphone internet compris, 100 euros dédiés à la dite Sécurité Sociale et... 50 euros pour se nourrir, d’où cette récente concurrence... entre les partis politiques (entreprise au demeurant juteuse), quant à qui organisera le premier la meilleure soupe populaire.

Pauvres pour toujours selon le modèle irlandais, hebdomadaire anti-mémorandum “To Khoni” du 16 février

C’est d’ailleurs ce... pauvre modèle que SYRIZA a adopté déjà sans trop le dire. Les analystes du think tank “Levy Economics Institute of Bard College” de New York et de SYRIZA depuis un peu plus d’un an, car l’Institute devient un conseiller incontournable (et officiel) en matière de politique économique pour le parti d’Alexis Tsipras, proposent alors la mise en circulation d’une monnaie interne et parallèle à l’euro et en même temps, la “normalisation” des salaires mensuels grecs autour des 580 euros par mois.

Un économiste du Levy Institute m’avait dit en marge d’un colloque il y a quelques mois, que “c’est tout de même préférable d’aligner les salaires sur les 580 euros par mois, plutôt que de laisser se généraliser la situation actuelle où de nombreux Grecs travaillent alors comme des esclaves pour moins de 300 euros par mois”. Je n’avais rien répondu et j’avais tout compris.

Assemblée populaire de quartier contre les saisies.“Non au terrorisme de la dette” Athènes, février 2014

Théâtre de l'Église du quartier. Déception, tristesse, Absence, Solitude et espoir, Athènes, février 2014

En attendant les 580 euros, SYRIZA... plus l’électricité, dans certains quartiers les habitants s’organisent en assemblées populaires pour peut-être inventer la manière par laquelle il sera possible de résister face aux saisies immobilières organisées par le régime bancocrate ayant comme but de déposséder les Grecs de leurs biens immobiliers pour ainsi les soumettre de manière plus... juste, au nouveau régime des Néo-paupérisés, sans doute sous le... haut patronage de la Banque Mondiale, pourquoi pas ?

La Liberté ou la Mort, Athènes, février 2014

Sur un mur d’Athènes j’ai découvert cette vieille devise des insurgés Grecs du 19ème siècle: “La Liberté ou la Mort”, seulement, à moitié effacée et qui est paraît-il toujours la devise nationale de la Grèce.

Étrange pays déjà pénétré par le 21ème siècle contrairement à bien d’autres pays de la dite Union européenne, Grèce des morts subites, des partis politiques... offshore et des résistances de terrain. À Athènes pourtant c’est déjà le Printemps. Entre deux enterrements... on respire.

Animal adespote, Athènes, février 2014




* Photo de couverture: La mer depuis Artémida en Attique où vécut Malamatenia, février 2014

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