Thursday, 27 February 2014

Risque placé/Placed risk



Notre nouveau régime se consolide de jour en jour, alors nous nous appauvrissons. Comme nos rêves, lesquels seraient autant moins... accomplis que par le passé. Évidences sans raison et suivant un illogisme nécessairement accompli. Les biens quelque part communs encore à tous, ou ce qui en reste, sont bradés sous ordre de la Troïka aux “investisseurs” surtout quelconques, “d'urgence et précipitamment”, tel le port du Pirée dont le “cas” est cette semaine “débattu au Parlement”.

Ouvriers du port du Pirée le 24 février, “Quotidien des Rédacteurs” du 25 février

Dès le début de la semaine, les dockers protestent, et mercredi 26 février, c’est par un échantillon significatif et assez massif que les travailleurs du secteur toute branche confondue, ont manifesté devant le “Parlement”. Les élus locaux, les représentants de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Pirée et les députés de gauche se sont joints aux enfants du Pirée pour ne plus “acquiescer l'absurde”.

Panagiotis Lafazanis, porte-parole parlementaire de SYRIZA, chef de la mouvance gauche au parti d’Alexis Tsipras et lui-même élu du Pirée, a proposé l’idée d’un referendum qui serait organisé par l’ensemble des communes du secteur sous l’impulsion également du tissu associatif, car “la population doit s’exprimer et barrer la route à cette privatisation sauvage, lors contraire aux intérêts de tous, hormis de ceux des rapaces internationaux”.

Au Pirée, février 2014

Les Troïkans sont à Athènes, ils exigent alors du sang social, des suppressions de postes, onze mille à prévoir dans la fonction publique, précise la presse de la semaine, et immanquablement... de la braderie généralisée et rapide. D’après le reportage du jour (radio 105,5 FM le 26 février), la part majoritaire (en actions) du port du Pirée encore détenue par l’État grec (?), est proposée pour un prix représentant les bénéfices d’après une seule année d’exploitation, tandis qu’au cœur même de l’UE, d’autres états, conservent toujours le contrôle de leurs ports.

Et pour bien noyer le poisson, le “gouvernement” aura même présenté en deux jours, deux versions distinctes de “son” projet mais ce n’est pas pour autant que le référendum de SYRIZA verra le jour. Car avant tout cela, il y a eu la mort subite de la radiotélévision publique ERT, la fin des Conventions collectives, le “régime de la disponibilité” rendu obligatoire pour de nombreux agents du public déjà et j’en passe, la liste est interminable depuis que notre régime politique tient tant de la parodie et du crime organisé.

Ne pas reconnaître la dette. Mouvement EPAM, Athènes, février 2014

Nos gauches se mêlent les pinceaux au pays lessivé de tout espoir. Plus personne ne prête grande attention aux controverses (supposées même sincères) entre les élus SYRIZA et les attroupés du “gouvernement” au sein d’un Parlement carnavalesque, sinistre et sinistré. Mercredi 26 février, la grande émission de satire politique la quelle s’affiche ouvertement comme étant “d'extrême-gauche” sur REAL-FM première radio en termes d’audience à Athènes, (“Hellénophrénia”), rediffusait l’extrait d’un bref échange qui a eu lieu récemment, entre la députée Zoé Konstantopoulou (SYRIZA) et un élu du gouvernement qui présidait la séance.

Les propos et notamment les sous-entendus alors ouvertement sexistes de l’élu, ainsi que les rires et les cris émis par certains... parlementaires provoquèrent l’écœurement de l’élue et ce n’est qu’un précédent (futur) parmi tant d’autres. Nos régimes pseudo représentatifs déjà défaits, n’offrent même plus cette image de la caricature encore tenable. Terminaisons et extrémismes.

Image et réalités. “Quotidien des Rédacteurs” du 25 février

Le “citoyen” avant le vote. “Quotidien des Rédacteurs” du 26 février

Coïncidence, cette semaine toujours, la retraitée bien habillée et qui “fait les poubelles” du quartier fut aperçue de nouveau. “Déjà... elle est vivante”, murmura une voisine. D’ailleurs les voisins, chômeurs de trop longue durée sombrent dans la dépression. Mais nous sommes gouvernés, autrement-dit, administrés.

Adonis Georgiadis, ministrion (Santé ?) d’extrême-droite à la gouvernance d’Antonis Samaras et exécutant-exécuteur au service des nihilistes Troïkans, a déclaré cette semaine que “les assurés sociaux sont des investisseurs actionnaires de leurs organismes et en tant que tels, ils doivent subir le cas échéant, les pertes, voire, la faillite des Caisses d'Assurance-Maladie et de Retraite et ainsi perdre leur argent, c'est normal” (REAL-FM, le 26 février).

Un auditeur a aussitôt téléphoné pour faire remarquer que “puisque c'est ainsi, du moins, les actionnaires des banques devraient subir eux-seuls leur faillite avérée et non pas les citoyens, d'ailleurs sous la contrainte exercée par notre nouveau régime totalitaire co-imposé par l'UE”.

Contre la vente de l'ancien aéroport. Elliniko, près d'Athènes, “Quotidien des Rédacteurs” du 25 février;

Cynisme et amertume. Comme pour ce qui est de la dite “gestion” du site de l’ancien aéroport d’Athènes à Ellinikon, près de la mer au Sud de l’agglomération, lui aussi sur le point d’être bradé. Les collectivités locales ainsi que les associations, dont celles des médecins solidaires qu’y demeurent pour l’instant et évidemment une majorité des habitants s’y opposent.

Au “Parlement”, les élus SYRIZA, KKE (parti communiste) et ceux des Grecs Indépendants (droite anti-mémorandum) livrent de leur côté la bataille du... carnaval. C’est d’un goût cependant amer, d’où cette aversion ressentie de la plupart des Grecs à égard des élus (gauche comprise), et cela, depuis les élections de 2012. Car on se souvient des luttes et des déclarations (même franches) au moment la “mort subite” de la radiotélévision ERT en juin 2013 par exemple. Et voilà que Conseil Constitutionnel s’achemine vers une décision finale statuant “sur la conformité de ce décret vis-à-vis de la Constitution, malgré son caractère certes hâtif”.

Enseignant non payé depuis trois ans. “Quotidien des Rédacteurs” du 25 février

Les travailleurs restants subissent alors... bien d’autres préoccupations, loin des déclarations franches des professionnels de la politique, gauche comprise. Désormais, on le sent suffisamment, surtout à Athènes et sensiblement moins dans les campagnes, où les clientélismes locaux, nécessaires à la bonne (?) survie de tout un chacun et autant à celle des apparences sociales... s’adaptent aux crises depuis le temps de l’Empire ottoman.

Main à Athènes, un enseignant du privé, à l’image de milliers d’autres travailleurs de notre pays, saisit finalement la justice... puisque son employeur ne lui verse plus de salaire depuis trois ans. Un cas extrême au pays de la nouvelle... régularité, “offrant” aux travailleurs la “possibilité” de travailler gratuitement durant plusieurs mois, sous prétexte de crise et de chômage touchant la moitié de la population active en réalité. L’essentiel du mémorandum à été déjà accompli à travers notre... plus Grande Transformation.

Cireur de chaussures. Athènes, février 2014

Un patron athénien a même tabassé son employé lorsque ce dernier a osé le dénoncer auprès de l’Inspection du ministère du Travail... curieusement ce service n’a pas été complètement démantelé par les fanatiques du troïkanisme. Détail non sans importance, l’employé est un immigré, (reportage de la radio 105,5 le 25 février).

Dans un autre reportage au même jour (site TVXS - Télévision sans Frontières), un médecin de l’hôpital public de la ville de Canée en Crète, estimait que “bientôt seuls les gens qui sont d'une bonne constitution survivront à l'effondrement organisé du système de Santé en Grèce, déjà, les protocoles thérapeutiques, d'hygiène et de prise charge des patients en vigueur dans l'Union européenne et bien au-delà, ne sont plus respectés”. Heureusement que nos nombreux touristes... souscrivent paraît-il à une bonne assurance de type rapatriement.

Depuis l'hôpital de la Canée, le 25 février

Notre nouveau régime se consolide de jour en jour, et nos apories avec. Aris Spiliotopoulos, candidat officiel du parti d’Antonis Samaras pour la mairie d’Athènes déclarait ainsi récemment (MEGA-TV, 23 février) son seul grand amour: “Je suis amoureux d'Athènes plus que des autres femmes, car Athènes est alors une femme. J’habite le centre-ville et c’est par choix, je connais personnellement les commerçants de mon quartier et je promène moi-même mes chiens au parc du quartier. Je prends même le risque de briguer le mandat de maire et si je suis élu, je démissionnerai de mon poste de député, pourtant, tout le monde sait qu’en Grèce, le cumul des mandats n’est pas interdit par la Constitution”.

Aris Spiliotopoulos, adepte du “lifestyle” et du chic, professionnel de la communication venu de Patras, député Nouvelle démocratie et enfant politique in vitro de son parti depuis le lycée, enfin, habitant de Kolonaki, quartier historique de la bourgeoisie athénienne. On comprendra Aris et les siens... dans tout leur risque. Mon voisin au chômage n’ira pas voter, mon ami Th., chômeur aussi, non plus et quant à mon cousin Costas... il s’est suicidé en janvier... sans attendre la candidature Spiliotopoulos. Évidences sans raison et suivant un illogisme nécessairement accompli. Et sans (autre) risque.

Sur le marché d'Athènes, février 2014




* Photo de couverture: Au Pirée, février 2014

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