Thursday, 20 March 2014

Nuances en musique/Nuances in music



Les petites joies quotidiennes font de leur mieux, le printemps en plus. Athènes respire, les plus jeunes fréquentent cafés et bistrots, certains enfants peuvent enfin “admirer” cette grande et malheureuse raie, pêchée le même matin en mer Égée avant découpage final. Décidément, tout devient gibier et tout se dépiaute. C’est ainsi que la vie se fabrique... au réel et les souvenirs avec. Il y a que le spectacle de la dite “vie politique” qui fait presque contraste sous un tel éclairage.

Colloque SYRIZA, “Tous Ensemble Contre l'Europe des financiers”. Athènes, le 12 mars

À Athènes et dans les quartiers périphériques, des militants Syrizistes ont apposé les affiches du prochain colloque et débat, avec la participation de François Sabato du NPA (France) et d’Éric Toussaint (président du Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde - Belgique), sous la thématique ô combien épineuse de “l'Europe des financier, qu'il va falloir affronter tous ensemble”.

Les passants s’y arrêtèrent un bref instant le temps de déchiffrer... pour aussitôt rebrousser chemin. Les temps sont certainement plus malins qu’il n’y paraît.

De leur côté, une poignée de militants du parti du Plan B, avaient déplié une banderole juste devant les locaux de la représentation de la Commission européenne à Athènes: “L'Union Européenne a nommé l'Aube dorée au gouvernement à Kiev”, alors que ceux du mouvement AKEP informèrent par affiche que “Les Allemands sont de retour” et qu’il va falloir “occuper les rues, citoyens de gauche comme de droite”. La Grèce... et ses impressionismes.

Militants du parti du Plan B devant la représentation de la Commission, mars 2014 (photo Plan b)

Affiche AKEP, “Les Allemands sont de retour”. Athènes, le 17 mars

Peine presque perdu. Par le temps qui fait, les plus jeunes d’abord “prennent les rues”, et les bords de mer des quartiers sud sont comme de coutume bien prisés. Apparences épidermiques et profondeurs du sens commun étalées au grand jour.

On revit un peu, même si autour des verres de café on entend le plus souvent ces histoires infinies du chômage et des rêves asséchés. Seulement, le tramway met presque une heure à atteindre les bords de mer depuis la place de la Constitution. Peu importe, et de toute certitude... la Constitution même n’est plus.

Un enfant tant ébloui des réalités tangibles se faisant photographié avec son père à ses côtés devant cette énorme et raie pêchée le matin même devant le poissonnier le mieux placé paraît-il d’Héliopolis, dans les quartiers sud d’Athènes et non pas en Égypte, enchantement alors hors temps pour un instant éternisé autour d’une raie perdu. Enfin.

Un enfant tant ébloui. Athènes, le 19 mars

Le tramway en provenance du centre-ville. Athènes, le 19 mars

Nous pénétrerions sitôt une nouvelle époque sous le mémorandum triomphant. Les reformes ont été si bien adoptées que nos réalités tangibles finissent alors par tanguer, la Grèce et ses fantômes subsistent ainsi... bercés à la futilité. Effectivement, nous demeurons.

Et tout le monde comprendra désormais que les politiciens grecs ne sont que ces... consommables déjà usés. Les... garagistes Troïkans, les remplaceront bientôt. La dite “grande” presse en fait même ses titres, comme un air de Printemps. Babylone s’effondrerait en spectacle, ou plutôt Rome de notre néo-Antiquité décidément trop tardive.

Politiciens grecs consommables de la Troïka. “To Pontiki” du 15 mars

L'Acropole. Athènes, le 19 mars

L’Acropole en a vu certainement bien d’autres, consommables et consommés. La nouveauté est pourtant triviale: plus personne n’a l’air de croire aux antiphrases d’Antonis Samaras et des autres, sauf que les partis non-gouvernementaux n’ont pas l’air de convaincre non plus.

Pour preuve, ce fait pseudo-apolitique du vide s’emballe (au sens propre et figuré), tel le parti de la “Rivière” du publiciste, restaurateur et journaliste Stavros Theodorakis, si promotionné par les médias du système y afférant... et des affaires.

Le calcul est simple, on s’adresse aux dépolitisés, formés à l’emballage toujours plus inédit que jamais, pour ainsi relâcher l’unique thèse du journaliste: “Le mémorandum était nécessaire, la Grèce avait un problème dès 2010, et elle ne pouvait le résoudre toute seule” (déclarations de mars 2014, cité de mémoire rediffusion sur Real-FM le 19 mars). C'est-à-dire, ce que Papandréou, Samaras et les autres... consommables répètent à souhait depuis lors. Mais dans un monde de consommateurs... tout se vaut et tout se vend jusqu’aux déchets, rivières et égouts compris. Décrépitudes et style de “vie”.

Au Pirée, mars 2014

Les méta-démocraties sérénissimes tombent alors, tels les fruits mûrs... en dépit de certains pépins de gauche. Le changement est là, mais sans eux. C’est ainsi qu’en ce beau Printemps des dépeuplés, on veut nous faire croire que le mémorandum typique prendrait fin en mai prochain. C’est peut-être même vraisemblable, puisque ses “acquisitions” sont ainsi durables et surtout irréversibles avant longtemps, à la seule condition de changer radicalement de cap.

Et les medias d’en rajouter en ce moment, suite à la publication de certains rapports de l’OCDEE et même du FMI ce dernier temps, tous, faisant état de la “grande erreur” qu’aurait été commise à propos de la politique appliquée en Grèce depuis 2010, et singulièrement en 2010. Sans vergogne et sans appel.

Oranges de saison. Athènes, le 19 mars

Publicité pour boisson de type cola grecque. Athènes, mars 2014

En attendant l’avènement du prochain système intergalactique... tout le monde méditera gobant sa boisson de type Cola bien de chez-nous, autre petite nouveauté entre la plus grande, étant donné “qu'il va falloir se détacher des anciennes habitudes et désormais boire à la grecque”. On sait, que Coca-Cola a transféré ses usines hors de Grèce, et que les anciens employés de la multinationale ont entrepris une véritable campagne de sensibilisation à destination du grand public incitant à “boycotter Coca-Cola”. Au pays de la Rivière... il y aurait aussi ces autres petits ruisseaux.

Signe des temps aussi, un nouveau bistrot inauguré au plus beau milieu de la crise et ainsi nommé “anti-mémorandum” vient de faire faillite. Il fallait y penser...

Bistrot “Anti-mémorandum” en faillite. Athènes, mars 2014

Souvenirs et braderie. Athènes, le 19 mars

Braderies et temps du souvenir évasif. Sur une brocante athénienne on pouvait dénicher la semaines dernière, un essai français datant des années 1920 sur le “Parti Socialiste de 1904 à 1923”, archéologies politiques et autre croyances alors à brader.

Mais nous avancerions coûte que coûte. L’accélération du temps vécu dépasserait les capacités de réaction... du sens très commun. Ce dernier ne doutait pas que les envahisseurs méta-sanguinaires seraient les gagnants de la dernière préhistoire de l’humanité. Hélas, et à l’issue de cette lutte, dont on ne saurait imaginer la durée, l’Europe et le monde entier sont restés aux mains de notre type d’humain, politiciens compris. Surtout.

Vue depuis les hauteurs du Pirée en 1930

Même vue depuis le Pirée en mars 2014

Dans les années 1930, plus précisément en 1932, la Grèce avait fait faillite, cessant le paiement de sa dette et les années d’après furent très dures pour le plus grand nombre... déjà bien critique. Des écoles ont été fermées par centaines, et les suicides se comptèrent alors par milliers.

Depuis, le marché est redevenu un “mythe opératoire” au sens anthropologique, et d’ailleurs plus aveugle que jamais à ses propres failles. Et entre-temps la côte près du Pirée a été complètement investie par l’homme des circonstances. Époque en chausse-trappe ou sur le point de l’être.

Panagiotis Kounadis, Mairie d'Athènes, lancement du nouveau SFEM. Athènes, le 19 mars

On commence alors à voir si possible plus loin que notre nez en crise. Mercredi soir, c’est dans une salle de la mairie d’Athènes qu’à l’initiative de Panagiotis Kounadis (musicologue) et de Fondas Ladis (écrivain et poète), que le nouveau SFEM (Association des amis de la musique grecque), reprend enfin le chemin du légendaire SFEM des années 1960, de Mikis Theodorakis, de Manos Hadjidakis et des autres.

SFEM, excursion à la mer, Manos Loïzos à la guitare, 1963, archives de Panagiotis Kounadis

Dans son discours, Fondas Ladis a voulu rappeler que “désormais, c'est bien apparent, nous avons subi une étonnante défaite culturelle, voire, civilisationnelle. Ce phénomène, s’est étalé sur trois à quatre décennies qui ont ainsi précédé la barbarie du mémorandum et de la Troïka. Le nouveau SFEM aura donc la tâche très rude, seulement, nous savons résister et surtout faire passer le message de la création aux générations d’aujourd’hui”.

Génération d'aujourd'hui, gloire du SFEM. Athènes, le 19 mars

Le maire d’Athènes Yorgos Kaminis a aussi prononcé un discours très bref, en précisant bien que “l'importance et la portée de l'événement dépasse et de loin tout clivage politique et que (sa) présence ne devrait pas être assimilée à un épisode de la campagne électorale en cours”. Les jeunes musiciens ont ensuite chanté et interprété, non sans émotion, soirée athénienne, d’emblée... agréablement lointaine quelque part.

Petites et alors grandes joies quotidiennes qui feront - espérons-le - de leur mieux, face aux apories du présent, ainsi qu’à leurs aboiements.

Animal adespote. Athènes, mars 2014




* Photo de couverture: Malheureuse raie, Athènes, le 19 mars

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