Tuesday, 1 April 2014

ECOFIN et les maisons closes/ECOFIN and brothels



Au matin du 1er avril, le centre-ville d’Athènes redevient une vaste zone dite “sécurisée” durant les prochaines 48h, conseil d’ECOFIN oblige. Les manifestations sont interdites, et néanmoins maintenues par les syndicats et les partis de notre opposition ou supposée comme telle. Déjà dimanche 30 mars bien tard dans la nuit, la nouvelle “boite à outils” de l’OCDE et de la Troïka, une variante alors du mémorandum-III ou IV, car on s’y perd, fut adoptée par le... para-Parlement grec.

Place de la Constitution. Athènes, le 1er avril

Un texte de 217 pages, 67.951 mots en seulement deux articles que personne n’aura réellement lu, et que même le conseil juridique de l’Assemblée a jugé “partiellement incompatible” avec le règlement et donc avec la Constitution.

Coïncidence peut-être, la place de la Constitution est sur le point d’être aménagée, et supposons embellie et nettoyée, notamment... suite aux manifestations de la soirée du 30 mars. Certes, le mémorandum... bi-article est passé d’une courte majorité de 152, et de 151 voix pour ce qui est du deuxième article, (le “Parlement” grec compte 300 élus, moins ceux de l'Aube dorée qui sont emprisonnés sans pour autant être déchus de leurs mandats).

Les élus SYRIZA ont formellement quitté la salle au bout d’un temps de cacophonie et de ridicule. Aussitôt, Alexis Tsipras s’est adressé aux manifestants par un coup de théâtre... d’ombres (?), puisqu’aux yeux de nombreux Grecs, les formations politiques qui se disent opposées à ce ridicule qui tue depuis bientôt quatre ans et qui relève du coup d’État parlementaire permanent, ces partis donc auraient dû s’abstenir de toute activité parlementaire et ceci, jusqu’au rétablissement de l’esprit et de la lettre de notre Constitution. Or, ce n’est pas le cas.

Devant le Parlement, le 30 mars, (source quotidien “Avgi”)

Devant le Parlement, le 30 mars, (source quotidien “Avgi”)

Alexis Tsipras quittant le Parlement, le 30 mars, (source quotidien “Avgi”)

Alexis Tsipras s'adressant aux manifestants, le 30 mars, (source quotidien “Avgi”)

L’ancien maire d’Athènes et député de la Nouvelle Démocratie Nikitas Kaklamanis se refusant à voter le premier article de cette nouvelle loi-cadre mémorandaire, il a été aussitôt exclu de son parti historique. Antonis Samaras en personne, a transmis un message écrit au Président du perchoir pour signifier à l’Assemblée que son ancien bras... gauche, n’appartient plus à la Nouvelle Démocratie.

Pourtant, et déjà conformément à la Constitution (Article 60-1), les députés délibèrent des affaires publiques et expriment leurs convictions en leur âme et conscience, sauf que depuis l’instauration du régime de cette junte (pseudo) parlementaire mais désormais officiellement proclamé, “gouvernance” de la Troïka (et de l’UE), le moindre écartement de la ligne imposée par les véritables gouvernants, “provoque” automatiquement l’exclusion de l’élu en question. Tel est le règne de la lugubre marionnette d’Antonis Samaras... recevant les autres à l’occasion de l’ECOFIN d’avril à Athènes. Époque alors finale et les manifestations au soir du 1er avril, elles ont été réprimées pour ne pas dépasser certaines limites vers (et contre) l’inimitable !

Manifestation réprimée. Athènes, le 1 avril - Source “Avgi” et “Dromografos”

Politiciens marionnettes, hebdomadaire “To Pontiki” au 31 mars

Mesures de sécurité à Athènes, avril 2014 (“To Pontiki”)

Pour Nikitas Kaklamanis, son choix fut clair car imposé par la gravité de la situation: “Je ne cède pas à ce chantage politique et je ne participe pas à l'anéantissement d’une partie de la société, cela, rien qu'au bénéfice des grands intérêts grecs et étrangers. Moi, je ne légifère pas sous les ordres de la Troïka”, a-t-il déclaré dans la nuit du 30 mars.

Pour le “Quotidien des Rédacteurs” (daté du 31 mars) le dilemme est ainsi limpide, autant que notre nouveau régime politique infligé: “Autoritarisme et Resistance”. Ailleurs, comme sur les murs même certains panneaux publicitaires, des mains anonymes expriment l’écœurement (presque collectif ?) en termes bien plus aiguisés: “Pendaison pour les 300 députés”.

Autoritarisme et Résistance, “Quotidien des Rédacteurs” du 31 mars

Pendaison pour les 300 députés. Athènes, mars 2014

N’empêche, la municipalité d’Athènes, embellie aussi le petit parc de la rue du Stade, devant le bâtiment de l’ancien Parlement tandis que sur les poteaux, les affiches des syndicats appellent à manifester pour le soir du 1er avril, contre ECOFIN qui “démantèle nos droits au travail, à la santé, à l'éducation et à la sécurité sociale”, mais dans l’indifférence me semble-t-il des passants.

Cependant, la presse grecque, celle en tout cas qui ne fait pas (trop) office d’agence de promotion pour nos marionnettes et leurs marionnettistes, reconnaît unanimement ce que tout le monde sait: Ces 217 pages du 30 mars et de l’OCDE-Troïka portent le coup de grâce sur ce qui restait des droits précités après quatre ans de guerre d’anéantissement contre la société, faite par d’autres moyens que les armes disons classiques. Les marins en colère par exemple et aussi grévistes ces derniers jours, estiment que du point de vue de leurs droits justement, la profession retrouve sa position de l’avant 1944. C’est pour dire...

Affiche des syndicats - Manifester contre ECOFIN. Athènes, le 1er avril

Manifestation du 30 mars (source “Avgi”)

Au petit parc de la rue du Stade. Athènes, le 1er avril

Athènes et le soleil d’ici (et du seul ciel), reçoivent en ce moment les premiers touristes de la saison et ils sont déjà nombreux. Notre pays sera dons toujours beau et lumineux paraît-il, ECOFIN ou pas ! La vie continue, la mort dans l’âme. On s’y fait et on s’organise... de chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins. Des immigrés par exemple, récupèrent dans les poubelles de manière... plus systémique et organisée que jamais, tandis que parmi eux comme parmi nous, certains se nourrissent autant des vidoirs.

Une annonce de la dite “Union des Chômeurs”, propose du travail “toute spécialisation” en Grèce et à l’étranger “sans frais”, tandis qu’alors fleurissent les petits restaurants brochettes-souvlaki à bas pris autant que les “studios”, autrement-dit, les maisons closes, secteurs d’activités en plein essor par nos temps si bien présents. De la... nouvelle économie décidément.

Athènes recevant ses touristes, le 1er avril

Des immigrés récupèrent et recyclent. Athènes, mars 2014

Annonce de la dite “Union des Chômeurs”. Athènes, le 1er avril

Économie de crise: Brochètes (en bas), “Studio” en haut. Athènes, le 1 avril

Et sur un mur cet autre slogan également d’époque: “Le fanatisme a tué l'homme”... mais pas les longues voitures. Moment de l’ECOFIN, temps du théâtre d’ombres et des marionnettes je dirais.

Le fanatisme a tué l'homme. Athènes, le 1er avril

L'optimisme est une sottise, mais l'espérance une valeur”, tel fut en tout cas le message de Christopher Lasch (1932-1994), historien et sociologue américain, critique de la société thérapeutique et du narcissisme contemporains, pourfendeur des nouvelles élites du capitalisme... trop avancé (“Le Seul et Vrai Paradis - Une histoire de l'idéologie du progrès et de ses critiques”).

Au 1er avril, Athènes redevient une vaste zone dite “sécurisée” et les hélicoptères de la... Sécurité survolent nos quartiers. Splendeurs et misères des hommes, des fanatismes et de leurs “Parlements” sous certains regards immuables et... adespotes. Plus le soleil.

Animal adespote (sans maître). Place de la Constitution. Athènes, le 1er avril




* Photo de couverture: L'Acropole depuis la Voie Sacrée - chemin emprunté lors de la procession des Panathénées. Athènes, le 1 avril

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