Thursday, 10 April 2014

Expressions fatales/Fatal expressions



Jeudi matin 10 avril, et la Grèce... tente sa sortie des marchés comme on dit ici. Le pays emprunte auprès du grand et si libre marché des capitaux en émettant des titres et des vœux pieux, d’un taux d’environ 5%. Une prouesse ! Sauf que cette liturgie copieusement préparée par le “gouvernement”, éclate sous l’effet de la déflagration, car une voiture piégée a explosé ce même matin rue du Stade, près du siège de la Banque Centrale, dite “de Grèce”. Le tout d’ailleurs, dans une presque indifférence.

L'attentat du jeudi 10 avril. Quotidien “Le Monde”

Et voilà que le centre-ville a été interdit à la circulation, d’autant plus qu’à la veille de la visite d’Angela Merkel vendredi, l’ambiance est déjà chargée. Mercredi 9 avril, c’était une journée (passée) d’action et de grève dite “générale”. À Athènes on manifestait sous ordre dispersé et dans une ambiance mitigée sous le regard des touristes, car “la saison s'ouvre enfin”. Visages graves et figures souriantes parmi les manifestants et à très peu de choses près, une journée... égale pour tous les autres.

J’ai remarqué que contrairement à d’autres journées d’action syndicale, le bureau de la poste situé sur la place de la Constitution restait ouvert. Au pays de la fermeture (provisoire ?) de la Constitution, tout relèverait de l’accidentel.

Place Omonoia en plein centre-ville, c’est à l’appel du syndicat PAME, proche du Parti communiste (KKE), que quelques milliers de personnes se sont rassemblées. Les habitués ont répété les slogans habituels, tandis que Dimitris Koutsoumbas, le (presque) nouveau Secrétaire parut très souriant. Ensuite, le cortège a vite atteint (et d’ailleurs très symboliquement) l’Assemblée (de même que les autres cortèges des syndicats et de SYRIZA), puis... la fin. Les symboles ont également la vie dure en Grèce et en ce moment.

Dimitris Koutsoumbas (à droite), Secrétaire général du KKE. Athènes, le 9 avril

Rassemblement PAME. Athènes, le 9 avril

Comme de toutes les manifestations, et il y a eu plus de 8.000 cortèges depuis trois ans en Grèce, les visages les plus graves (contrairement aux sourires des autres), les plus crispés et essentiellement les plus interrogateurs, ont été ceux des handicapés. Personnes ainsi à mobilité réduite ou malvoyants du pays réduit et de l’Europe aveugle. Vent mauvais et toutefois dignité.

Handicapé, rassemblement PAME. Athènes, le 9 avril

Handicapés, rassemblement PAME. Athènes, le 9 avril

Seulement parmi les syndicalistes PAME, les photographes avaient surtout remarqué ces anciens de Coca-Cola, tous licenciés, et appelant à boycotter les... fluides de la marque: “Pas une seule gorgée de Coca-Cola avant la réouverture de l'usine de Thessalonique”. La multinationale (et sa branche “grecque”) ont décidé de... diversifier en délocalisant. Alors chômage, colère et diversion. Et pour l’instant la décision demeure... irrévocable.

Licenciés de Coca-Cola au rassemblement PAME. Athènes, le 9 avril

Les artères de la ville “concernées” par les cortèges avaient été en quelque sorte isolées par la police, tout juste durant un court moment avant que la circulation ne revienne en force. Par la force des choses ou sinon, à cause des “faiblesses du Mouvement”, c’est selon.

Près du marché central, une collectivité citoyenne nommée “L'autre homme” distribuait de la nourriture pour tous: “Free food for all - Cuisine sociale”, le tout... moyennant une certaine tristesse avérée et singulièrement visible. Sous un regard presque amusant et amusé d’un groupe de touristes. Climat toujours doux sous l’Acropole... ou sur ses cimetières.

Rassemblement et cordon de la Police. Athènes, le 9 avril

Rassemblement PAME. Athènes, le 10 avril

Les touristes. Athènes, le 9 avril

Notre époque finirait peut-être dans un bouquet final et sous l’hétéroclite régnant. C'est-à-dire, à travers tant d’annulations entassées. Nos murs en disent déjà suffisamment long, sauf que leur polysémie n’ira guère jusqu’à la synthèse. D’ailleurs, voire enfin, les Grecs du plus grand nombre et surtout ces générations de l’après dictature, découvrent en ce moment seulement, certaines expressions disons fatales, relevant de cette polysémie propre au capitalisme... réellement existant. à leurs risques et périls bien évidement.

C’est ainsi un temps où nos embarcations de toute taille sont bradées, et que de l’admirable bâti est souvent à vendre ou à louer. Sous les effets de la crise et des... réorientations économiques, la prostitution connait autant son heure de triste gloire, les “studios” (maisons closes) ne cessent d’ouvrir leurs portes, “en deux ans, plus d’une dizaine se sont ouvertes dans le secteur” assure Akis, un mécano du quartier de Metaxourgeio.

Sur la radio Real-FM (le 9 avril), une jeune femme représentant... l’artisanat des mannequins déplora cette... tendance qui s’alourdie au sein de la profession. “Avec les inégalités qui s'accentuent entre les revenus, la prostitution de luxe est alors... en plein essor. Les jeunes femmes, désormais de nationalité grecque, ou plutôt ‘leurs’ réseaux, facturent aux clients deux mille euros la ‘présence’, qui dure environ douze bonnes heures”, rajouta un policier aussitôt joint par téléphone par le même journaliste.

Rue Athéna. Athènes, le 9 avril

Hétéroclite... invité. Athènes, le 9 avril

Demeure à louer. Athènes, le 9 avril

Regard sur le capitalisme. Athènes, le 9 avril

Regard de femme. Athènes, le 9 avril

Les regards, réels et figuratifs des femmes grecques apparaissent souvent éplorés par les temps qui courent. L’éphémère pluie est de retour sur Athènes pendant que les medias insistent sur l’explosion de ce matin. Mercredi le soleil régnait, et nos animaux adespotes (sans maître) tirèrent alors si bien profit.

À l’image de Solon (!),maître incontestable des lieux et des lois (?), devant la maison de Madame Pagona, femme déjà... socialement âgée, licenciée, puis réembauchée par le ministère de la Culture pour garder l’Acropole le temps juste d’une saison finalement si sèche.

Solon l’adespote. Athènes, le 9 avril




* Photo de couverture: Cuisine sociale. Athènes, le 9 avril

No comments

Post a Comment

The team of "Greek Crisis" respect all opinions, but
reserves the right not to publish offensive comments.