Monday, 26 May 2014

Les votants du Pirée/The voters of Piraeus



Les Grecs ont voté en assez massivement. SYRIZA a certes remporté la première place (26,5%) devant la Nouvelle démocratie d’Antonis Samaras (22,8), le parti de la Gauche radicale a incontestablement remporté la bataille de l’émotion et surtout, la présidence de la Région d’Athènes (Attique, 50,8%). Cependant, l’Aube dorée (9,41%) devient... indiscutablement la troisième force politique du pays.

Bureau de vote. Athènes, le 25 mai

Il a fait beau et chaud partout et particulièrement au Pirée, lorsque... le match de l’année et de la municipalité a été remporté par... ceux d’Olympiakos, c'est-à-dire, par l’équipe de Vangelis Marinakis, entrepreneur-président du club historique, face au maire sortant et cousin de Mihaliolakos (le chef de l’Aube dorée actuellement en détention). Près des traditions décidément, l’industriel Mihalis Manousos (1845-1952) en son temps, avait été premier président et cofondateur du grand club de Pirée et également exercé le mandat de maire.

Devant les bureaux de vote, les citoyens pour l’essentiel défaits... et heureux de l’être (?), se sont adonnés à l’observation participante, le plus souvent dans le silence. On devinait le courage chez certaines et certains, sans pour autant discerner leur penchant. Quelque part à Athènes, un homme âgé se sentant dépassé par la “coïncidence” du triple scrutin, il s’est adressé aux délégués habilités à contrôler les opérations de vote. “Je veux voter pour Samaras... mais je ne me retrouve pas...”.

Personne n’a ri, et l’époque est si grave. “Il n'y a pas de vote Samaras ici Monsieur, en tout cas, pas de cette manière. Vous trouverez les listes des formations politiques du pays, dont celle d'Antonis Samaras, pour les Européennes j'entends”.

Devant un bureau de vote. Athènes, le 25 mai

Le moment historique n’a pas été à la hauteur de notre chute en fin de compte, ainsi, les analystes habituels à la télévision, ont encore répété certains truismes décidément inépuisables comme par exemple, “le peuple Grec s’est montré bien sage dans la mesure où aucune formation politique ne peut se satisfaire entièrement des résultats de ce dimanche”. Bien sage... à l’euphémisme suffisamment doux.

Au Pirée, les... adeptes des candidats Olympiens aux municipales pavoisaient déjà dimanche après-midi. Tout le monde a remarqué que la façade du stade de l’Olympique du Pirée fut décorée de la photo du candidat élu Yannis Moralis, et que Vangelis Marinakis, homme d’affaires, armateur et président-financier de la grande équipe du port, devient... son plus haut Conseiller municipal.

Au Pirée.. le stade de Yannis Moralis, le 25 mai

Au Pirée... voiture-adepte de Yannis Moralis, le 25 mai

Je note que Theodoros Dritsas, le candidat SYRIZA, connu pour son calme olympien avait été éliminé du premier tour des municipales et que presque partout au Pirée, (trop) vieille ville ouvrière, le KKE (PC grec, 6% au niveau national) a été devancé par l’Aube dorée une fois de plus.

La suite est connue, les plages d’Attique ont fait le... plein des voix et que dans les cafés des bords de mer, on pouvait autant constater combien les “anciens” privilégiés du bipartisme, ainsi que nos jeunes, c'est-à-dire leurs enfants (gâtés), se montraient visiblement satisfaits d’avoir opté et de manière bien significative, pour enfin la nouveauté du parti de la “Rivière” (6,5%), le parti produit télévisuel... de l’eurobaromètre et du PASOK, ce dernier camouflé sous l’étiquette du parti de “l'Olivier” (8%).

Theodoros Dritsas et slogan du KKE “Fort partout”. Le Pirée, le 25 mai

Aspects du vote. “Eleftherotypia” du 23 mai

Les “citoyens” dont la faculté de compter ou de raisonner est suffisamment éteinte, n’ont certainement pas éteint leurs postes de télévision aussitôt après le premier mémorandum de 2010. Le monde virtuel l’aura pour l’instant emporté sur le monde réel à travers un processus d’une “damnatio memoriae” des luttes sociales. Le grand... reste, fut l’œuvre de la mécanique sociale et de la psychologie de la peur.

Les marionnettes... séculaires du système politique grec, ont ainsi côtoyé sur les plateaux de télévision dimanche soir, la toute dernière... ichtyofaune des rivières politiques et des autres affluents du pire. Au sourire sincère affiché, ils ont affronté de concert, les invités SYRIZA, déterminés certes mais de fait isolés. Nikos Bistis, politicard passé de KKE à Synaspismos (ancêtre de SYRIZA), puis au PASOK et ensuite au parti de la Gauche démocratique pour finir (?) en 2014, au nouveau PASOK du parti de “l'Olivier”, a toutefois fait remarquer sur le plateau de STAR-TV, que “certes SYRIZA arrive en tête, sauf qu'il n'a pas les alliés nécessaires pour gouverner”, ce n’est pas faux.

Kiosque et drapeau SYRIZA au Pirée, le 25 mai

Vision de l'actualité grecque et européenne. “Eleftherotypia”, mai 2014

Visiblement, l’heure de SYRIZA n’a pas sonné et encore moins celle de la Gauche, dans la mesure où le KKE, d’ailleurs isolationniste ne se renforce guère, et que les autres mouvements de Gauche (ANTARSYA et le Plan B notamment), s’avèrent au vu des résultats, électoralement insignifiants.

Les plus attentifs d’entre-nous, auront aussi remarqué que de son côté, le parti de l’Aube dorée serait sur le point de se “normaliser”, par exemple, un universitaire de la ville de Patras estampillé aubedorien a participé aux élections locales, tandis que l’héritage nettement néonazi du mouvement est... banni de sa façade. “Nous avons des arguments, nous avons de quoi encadrer la nouvelle administration du pays, nous avons un vrai programme, nos géopoliticiens, nos cardiologues, nos avocats, nos universitaires et nos économistes. Et quant à ces histoires... sur Hitler, c’est terminé, c’est de la propagande des ennemis de l’Aube dorée et de toute manière, c’est insignifiant. Nous gouvernerons” a précisé Ilias Kasidiaris sur STAR-TV dimanche 25 mai.

La nuit électorale a été close à la manière d’un match. Au Pirée, les supporteurs de l’équipe de Marinakis et d’Olympiakos ont fêté... leur victoire comme de coutume aux cris de “Il est fou, il est fou notre président”. Vangelis Marinakis visiblement ému, a brièvement salué ses supporteurs: “Nous ferons donc en sorte que les enfants du Pirée soient enfin heureux”.

Au Pirée, mai 2014

À Athènes, le jeune Sakellaridis du... vieux SYRIZA n’a pas remporté la mairie, tandis que Rena Dourou (SYRIZA) est élue vraiment de justesse présidente de la Région d’Attique. Une victoire enfin significative. Le chemin, le sien déjà sera long. Celui de SYRIZA également, dans la mesure où la Gauche radicale a fait le plein des voix à gauche (effondrement des partis ANTARSYA et Plan B, stagnation du KKE) et qu’une partie du très jeune électorat a voté en faveur de SYRIZA et qu’une partie de ce même électorat a opté pour l’Aube dorée ainsi que pour le parti de la “Rivière”.

Rena Dourou a remporté la région d'Attique. Athènes, le 25 mai

Dans un bureau de vote du Pirée installé comme de coutume au sein d’une école, sur certains murs de l’établissement on pouvait distinguer ces photos de poètes et d’écrivains que plus personne ne remarque, particulièrement un jour d’élections.

Photo du poète Elytis dans une école, le 25 mai

Ailleurs, au Pirée comme à Athènes, nos animaux adespotes, plus indifférents que jamais à nos manigances politiques, profitent du soleil ou sinon de l’ombre comme toute l’Europe dans un sens. À l’exception de Mastic, animal desposé (ayant un maître), perdu et depuis, désespérément recherché.

Animal adespote, Athènes, mai 2014

Mastic perdu. Athènes, mai 2014

L’été... se poursuivra. Nos tableaux alors vraiment quelconques seront toujours vendus sur le marché aux puces d’Athènes dimanche prochain et ainsi dimanche d’après. Les élections auront “circulé” et le mémorandum IV tombera avec les prochaines pluies dans quatre mois, visiblement loin, très loin des convives des plateaux de télévision, mais certainement plus près des stades comme jadis... des hippodromes de l’autre Empire.

Symmaque (Quintus Aurelius Memmius Symmachus), préfet de Rome en vers 384 de notre chronologie, confronté en son temps aux questions temporelles de la vie politique, n’est plus. Il a été très éloquent dans ses “Relationes” (notamment “Relatio III”), textes rédigés à l’attention de l'empereur. Symmaque avait ainsi usé de toute son influence pour tenter de freiner l’expansion du christianisme mais alors en vain.

L’histoire ne se répète pas... sauf pour les enfants du Pirée.

Marché aux puces. Athènes, mai 2014




* Photo de couverture: Bureau de vote. Le Pirée, le 25 mai

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