Saturday, 14 June 2014

Femmes de grand ménage/Women sprucing



À Athènes l’arbitraire triomphe, au même titre que l’été. Nos très nombreux touristes redécouvrent ainsi les seuils météorologiques et toutefois culturels de la canicule. Certains d’entre eux cette dernière semaine, ils ont été “malgré eux” les témoins oculaires du “règlement” très policier de la question, c'est-à-dire de l’aporie, au sujet des femmes de ménage licenciées depuis plus d’un an du ministère des Finances. Journées... alors paisibles, d’une époque définitivement pesante.

Femmes de ménage et autres collectifs citoyens devant le ministère des Finances. Athènes, le 13 juin

Une juridiction plus élevée comme on dit... par habitude, avait déjà suspendu il y quelques jours, la décision de la Cour d’appel ordonnant la réembauche des 595 femmes ainsi concernées et consternées. Prochain jugement vers l’automne et entre-temps, certains policiers se sont déjà montrés très... méticuleux dans les suites de la politique de la Troïka et de Samaras, par d’autres moyens et par tous les moyens.

Un policier MAT (les CRS en Grèce) utilisant un gant de frappe, a ainsi agressé Fotini Nikitara, femme de ménage parmi les... nettoyées de la nouvelle Grèce, “idée” si chère au lugubre Samaras. La vidéo de cette agression a fait le tour de l’internet sur Youtube, une partie d’ailleurs de la presse internationale (non francophone) en a même fait ses gros titres, à la juste hauteur du symbole et du courage.

Devant le ministère des Finances. Athènes, le 13 juin

Le policier agresseur finalement suspendu. Athènes, le 10 juin

La lutte des femmes de ménage et la presse internationale. Juin 2014

Sur le site grec TVXS, juin 2014

La une du “Quotidien des Rédacteurs” du 13 juin, “Honte”.

La lutte des femmes de ménage. Quotidiens “Avgi” et “Eleftherotypia” du 13 juin

Finalement, le policier ainsi (trop bien) reconnu, a été suspendu de ses fonctions tandis que le cas de Fotini Nikitara a... enfin intéressé la presse mainstream. Interviewée aussitôt par les journalistes du quotidien “Ta Nea”, elle a donc illustré... cette face lunaire de l’été grec:

Mes enfants ne me voient plus tellement depuis bientôt 160 jours, depuis que nos manifestations dans la rue n’ont pas cessé. J'ai trois filles et un petit-enfant. Mon père touche sa pension de retraité et c’est ainsi qu’il ne devient pas un... fardeau pour nous. Cependant à la maison, nous sommes trois femmes sans emploi, ma fille de 25 ans, mon autre fille de 19 ans étudiante et moi-même. L'établissement privé où ma fille est scolarisée vient de nous avertir que si nous ne payons pas nos dettes précédentes, alors, elle ne pourra plus continuer”, (“Ta Nea” du 13 juin).

Affiche, “Resistance au totalitarisme contemporain. La société est une prison”. Athènes, juin 2014

Cars, MAT (CRS) et touristes. Athènes, le 13 juin

Dans un sens, l’Europe se termine là où elle avait justement quelque part commencé, il y a certes fort longtemps. Contre vents et marées, mon ami Th., de nouveau chômeur, s’est offert vendredi 13 juin un... ultime acte culturel (et qui n’est pas gratuit), en assistant à la représentation de l’opéra “Don Giovanni” de Wolfgang Amadeus Mozart par la Scène lyrique nationale au théâtre d’Hérode Atticus, construit comme on sait au pied de l’Acropole en 161 par Hérode de Marathon, fils d'Atticus, en mémoire de sa femme Régilla, morte en 160 de notre piètre chronologie.

De la part de mon ami, et ce n’est pas un cas à part, maintenir ainsi certains... “acquis civilisationnels” devient autant un acte courageux à l’instar (toute proportion gardée) de celui des femmes de ménage devant “leur” ministère.

Et donc pour la petite histoire complémentaire et nullement essentielle de l’insignifiant par ces temps qui... galopent, notons que le “gouvernement grec” a été remanié la semaine dernière, et que les medias en ont fait un grand plat pour certainement rien. C’est ainsi que le banquier Gikas Hardouvelis, alors conseiller économique du Premier ministre en 2011, remplace le banquier Yannis Stournaras au “ministère”, celui-ci (le nouveau ministre) avait préféré servir en son temps (et qui décidément s’éternise), les intérêts de son employeur, Eurobank, plutôt que le bien public.

Athènes, juin 2014

Athènes, juin 2014

Hardouvelis avait été autant le conseillé de Costas Simitis, premier ministre... ayant falsifié (entre autres) les “chiffres” de la Grèce au moment de son rattachement mortel à la zone euro.

C’est aussi ainsi que Voridis, homme politique issu de l’extrême-droite, remplace au ministère de la “Santé” Georgiadis, homme politique pareillement issu de l’extrême-droite.

Au dispensaire solidaire d'Ellinikon. Athènes, juin 2014

Le (presque) hasard a fait que récemment, j’ai visité les locaux du dispensaire solidaire d’Ellinikon dans les quartiers Sud d’Athènes. Cette structure polyvalente de la médecine combattante née du mouvement des places en 2011, reçoit plusieurs milliers de personnes non assurées (pratiquement un tiers de la population de la Grèce “se trouve” dans cette situation). Les malades sont admis sans aucune condition, par exemple liée à quelconque appartenance.

Yorgos Vikhas cardiologue, ainsi que ses collaborateurs (tous bénévoles) sont conscients des enjeux: “Nous ne sommes pas en mission... de philanthropie, l’exercice de notre médecine ici est d’emblée un acte de résistance dans cette guerre qui est faite contre le peuple grec, autrement-dit, cette forme de génocide lent perpétué par d’autres moyens que par le passé historique. Car en Grèce, nous comptons finalement nos morts”.

Au dispensaire solidaire d'Ellinikon, juin 2014

Au dispensaire solidaire d'Ellinikon, juin, 2014

Au dispensaire solidaire d'Ellinikon, juin 2014

C’est encore grâce aux dons de médicaments adaptés, essentiellement en médicaments, que le centre arrive à remplir (certes difficilement) sa mission. “Nous assurons par exemple le suivi thérapeutique de nombreux patients souffrant du cancer, et dans pareils cas, une boite de médicaments peut alors coûter plusieurs centaines d'euros. Nous nous battons pour que certains d’entre eux puissent être admis aux hôpitaux publics. C’est un rapport de forces qui s’y installe dans pareilles situations et nous ne sommes pas toujours les gagnants ; nous comptons ainsi... nos propres morts. Heureusement, les pharmaciens, les particuliers, ainsi que l’industrie pharmaceutique, nous aident. Évidement, nous ne mentionnerons jamais les noms des donateurs, et il faut dire en plus, que nous recevons aussi des médicaments en provenance d’autres pays, nos amis solidaires depuis l’Allemagne par exemple, accomplissent un excellent travail”, me disait un collaborateur de Yorgos Vikhas (propos recueillis en juin 2014).

La Grèce mourante serait donc encore ce pays lumineux aux visages brisés et quelquefois même entiers dans la dignité. Nous savourons ainsi nos moments restants par un présentéisme sans précédant depuis les années 1940. Tout ce... miracle grec justement que nos touristes ne verront pas: médecins résistants, femmes “ménagées”, gouvernement des guichetiers et jusqu’à la Gauche (parfois hélas) de la zone aphotique, car comprise entre la profondeur à partir de laquelle la photosynthèse politique ne serait plus possible.

À Athènes l’arbitraire aurait triomphé autant que l’été, ou presque. Journées... à peu près paisibles, d’une époque manifestement pesante.

Animal adespote (sans maître), Athènes, juin 2014




* Photo de couverture: Athènes, juin 2014

No comments

Post a Comment

The team of "Greek Crisis" respect all opinions, but
reserves the right not to publish offensive comments.