Monday, 9 June 2014

De vita beata



La Grèce vit sur ses morceaux. Mille morceaux et segments, mais en réalité des millions de gens “reconditionnés” qui s’ignorent entre eux. Un bien curieux phénomène à l’ère de la métasociologie... et qui exige tout un ensemble de conditions psychologiques, dont les plus évidentes sont l’aveuglement et la crédulité générale. Au moment où les maîtres politiques annoncent par exemple, la mise à mort officielle et alors patente du système des retraites.

Retraité mendiant et affiche appelant à manifester. Athènes, mai 2014

À partir du 1er janvier 2015, seule la retraite dite “de base” s’élevant à 360 euros par mois sera garantie par l’État, au-delà, tout dépendra de la situation financière des organismes concernés. Cela signifie tout simplement la fin brutale du système actuel avec... l’évaporation des cotisations, conséquentes ou pas, alors peu importe.

Depuis 2010, le montant des retraites avait été déjà d’abord été diminué de 30% à 60% selon les cas, et voilà que le moment arrive... enfin où ces “diminutions d'urgence” auront servi à institutionnaliser la suppression du système par répartition. Seul un minimum vieillesse (et encore), sera désormais versé aux mourants potentiels et seuls les... patriciens aisés pourront alors prétendre à une fin de vie dans la dignité, étant donné que le système de santé est déjà à son tour suffisamment détruit.

Heureux votants en faveur du Samaro-Pasokisme, du parti de “l'Olivier”, de celui de la “Rivière” polluée (parti de Stavros Theodorakis fabriqué par les barons de l’économie locale et autant par les colonisateurs depuis Berlin et Bruxelles), heureux votants représentant toutefois 36% des suffrages exprimés, vous pouvez alors mourir à petit ou grand feu.

Athènes, juin 2014

Telle est la phrase assez souvent prononcée par ces autres Grecs dont les résistances douloureuses et leur anti-mémorandisme confus, se dispersent entre SYRIZA de la... grande gauche impuissante, les petites gauches inexistantes, voire, les néonazis de l’Aube dorée. “Dans ce pays, même l'extrême droite n'est pas à la hauteur” ironisait alors Markos l’autre jour, enseignant et Syriziste historique.

La grande transformation du pays ainsi conquis par les colonisateurs “mondialisants” et autant, submergé par le crétinisme béat des plébéiens et patriciens locaux (et d’ailleurs) de tout rang, pénètre donc dans sa phase de consolidation. Chez Syriza, la colère est immense (en réalité et peut-être parfois en apparence), cependant à la mesure de son impuissance.

Le “gouvernement” vient en plus de décréter la semaine dernière, l’ajournement de la session plénière du “Parlement” (par effet surprise, prétextant le début de la période estivale), tandis que de nombreux projets de loi très importants, et entre autres, celui détruisant le littoral restant par sa privatisation “orientée” au profit des rapaces financiers internationaux et grecs, seront prochainement “débattus”. Par la même occasion, les politiques déjà épinglés ou mêlés dans des affaires de corruption et dont les procédures d’enquête étaient (supposons) en cours, ceux de la liste dite “Lagarde” par exemple, eh bien, ils échapperaient aux poursuites très probables.

Athènes, juin 2014

Plus exactement, il s’agit de toute une législation future ainsi présentée au “Parlement” rien que pour la forme, car essentiellement imposée et souvent rédigée par la Troïka, par Bruxelles et par Berlin. C’est ainsi que la démission de Haris Théoharis du poste de secrétaire général des recettes publiques a été certes acceptée par le ministre des Finances Yannis Stournaras, ce dernier, étant d’ailleurs sur le point de quitter “ses” fonctions cette semaine (du 9 juin) suite au remaniement du cabinet Samaras, pour probablement accéder au poste du gouverneur de la Banque de Grèce (en réalité une banque privée), non sans remous.

Cette démission partiellement “imprévue” a ainsi provoqué la réaction... légitime de Bruxelles, puisque Théoharis (ou plus exactement ses compétences) relèvent directement de l’administration... impériale. C’est ainsi que dans son communiqué (semaine du 2 juin), la Commission européenne a exprimé sa préoccupation suite au départ de Théoharis. Ensuite, il y a eu cet incident resté inconnu dans un premier temps, et qui montre... dans une plus grande mesure la réalité des relations entre les deux parties, c'est-à-dire entre le pseudo-gouvernement grec et la Troïka.

“Quotidien des Rédacteurs”, juin 2014

“Quotidien des Rédacteurs”, juin 2014

Il s’agit d’un épisode datant de quelques mois déjà, durant un moment de crise entre Théoharis et certains membres du cabinet Samaras, crise alors tenue secrète. D’après le reportage du journaliste Dinos Siomopoulos (“To Vima” version électronique du 7 juin), “Théoharis aurait alors contacté le chef de la Troïka et surtout représentant du FMI, Poul Mathias Thomsen pour ainsi se plaindre. Le représentant du FMI lui répondit que s'il le souhaitait, il pouvait alors demander à la chancelière allemande, Angela Merkel, de prendre ainsi contact avec le Premier ministre grec pour régler le problème”.

Cinq membres d’une commission d’évaluation, “élira” le remplaçant de Théoharis... toutefois à un détail près. Ce collège (de quatre membres) institué récemment, est composé de deux universitaires et d’un magistrat grecs, mais aussi de Pierre Lepetit (quotidien “Naftemporiki” du 8 juin), Inspecteur général des finances, Vice-président et trésorier de “Notre Europe”, le think tank de Jacques Delors.

Pour la petite information, Pierre Lepetit, a fait partie de l'équipe de négociation du Traité de Maastricht (en France), il fut Secrétaire général adjoint aux affaires européennes auprès du Premier Ministre entre 1992 et 1995, il a été conseiller spécial du Ministre des Affaires étrangères pour les négociations institutionnelles européennes (Traité d'Amsterdam), avant de rejoindre l'Inspection des Finances en 1987 (www.notre-europe.eu). Il dirige actuellement la dite “mission d'assistance d'appui à la Grèce pour la réforme des administrations publiques”.

Quoi que tu votes “contre”, le résultat des urnes sera le modèle chinois. Athènes, mai 2014

Évidemment, l’hybris ne résulte pas (forcement) des personnes impliquées quant à leurs compétences alors “brutes” et dans la mesure où elles ne deviennent pas... brutales, mais plutôt, du contexte géopolitique, antisocial, antidémocratique, voire, moral, des faits ainsi trop souvent accomplis.

Alexis Tsipras exprime déjà une bonne partie de notre vérité bien sombre. “L'objectif de l'austérité n'était pas de sortir la Grèce de la crise mais de créer une dévaluation interne censée relancer sa compétitivité. Mme Merkel et M. Schäuble ont un plan stratégique, appelé la germanisation de l'Europe, et la colonisation du sud de l'Europe. Ils veulent créer une zone économique spéciale à la périphérie du continent, sans les contraintes du droit du travail, avec des bas salaires, un chômage structurel élevé. Ils croient que, de cette façon, l'économie européenne sera compétitive.”, (quotidien “Le Monde” du 5 juin).

Non sans une certaine vulgarité, néanmoins répondant à la vulgarité avérée des maîtres de la nouvelle Europe, certaines caricaturistes grecs renforcent les traits des propos du chef de SYRIZA à leur manière. Sauf que rien de bien concret n’arrête pour l’instant cette descente aux enfers. Tout devient caricature et les “decuriones” des États-membres, ces membres des Assemblés... locales, sont de fait dépossédés de presque tout leur pouvoir au profit de l’Empire européiste, d’ailleurs plus nébuleux, obscurantiste et antidémocratique que jamais. Le propos exact en tout cas du dessin représentant Wolfgang Schäuble est le suivant: “Alles Kaputt PIGS - Deutschland über alles - Ein Nation ein Führer - Dachau Belsen”.

Alles Kaputt PIGS... “Quotidien des Rédacteurs” du 4 juin

“Quotidien des Rédacteurs” du 5 juin

J’en déduis tristement que les élites européistes après avoir institué... une certaine paraphrase méta-moderne des années 1930, elles ont immanquablement fait renaître en Europe une nouvelle forme de culture de guerre, et cela, à force déjà de bafouer les souverainetés des peuples et des nations. C’est ainsi que... nos amis (restants) du camp européiste, devraient revoir leur copie et cela dans l’urgence. Et quant à nous autres habitants du nouveau siècle, les enjeux sont clairs, l’Union européenne devrait être dissoute de manière organisée et concertée, quitte à recomposer ensuite.

Voilà comment tout un continent presque, retrouve ainsi le point zéro de son histoire. Nous en sommes bien là, sauf que la plupart des gens ; y compris en Grèce, ne peuvent guère distinguer la portée du basculement historique.

Art thématique. Athènes, juin 2014

Et cela, tout simplement parce que dans l’hémisphère social des préoccupations, c’est bien d’un tout autre temps, celui de la survie qu’il est alors question (et l’explication est certainement partielle car il faut aussi considérer l’ampleur de l’acculturation politique, voire de l’acculturation tout court plus ou moins à des degrés divers). Comme pour ce retraité-mendiant, “habitué” des quartiers des hôpitaux ; il interpelle les passants par son silence et finalement en vain, à proximité d’une affiche décidément oubliée. Cette dernière, appelle à manifester (à la date du 31 mai) pour ainsi dénoncer la fermeture des hôpitaux psychiatriques. Devant l’entrée de l’hôpital bien proche une banderole aussi de saison: “Nous ne sommes plus payés, nous mourons”.

Ou encore cette une femme très âgée rencontré récemment, elle mendiait et elle mendie certainement toujours aux abords d’un square, une “néo-retraité” de plus et bientôt de moins. Sa tactique: elle aborde les passants ainsi que les automobilistes qui stationnent dans cette bourgade d’Attique en bord de mer. Perdante d’office, elle ne s’intéressera plus jamais aux quelconques élections et encore moins au... remaniement des outils politiques.

Nous ne sommes plus payés, nous mourons. Athènes, juin 2014

Papa, t'as de quoi payer l'école ? Athènes, juin 2014

Devant le ministère des Finances, les femmes de ménage licenciées ainsi que certains autres licenciés du secteur public étendu, campent déjà depuis un mois, derrière aussi, l’indifférence des touristes et des passants. La Grèce se meurt... en mille morceaux et segments. Été grec et hiver européen.

Devant un grand hôtel. Athènes, juin 2014




* Photo de couverture: Devant le ministère des Finances. Athènes, juin 2014

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