Wednesday, 25 June 2014

Encre de Chine/Chinese Ink



L’été grec s’affirme et même se confirme. Mondialement réputé pour ses lumières, il attire bien les foules, au même titre que nos visiteurs prestigieux. Jeudi dernier (19 juin), Li Keqiang, Premier ministre du Conseil des affaires de l'État de la République populaire de Chine se trouvait ainsi en Grèce.


Le Premier ministre chinois arrive au Palais Maximos. Athènes, le 19 juin

Et enfin, nous avons découvert un Antonis Samaras... souriant, le protocole très officiel de cette visite “si prometteuse” aux dires des analystes, et... ces journalistes blasés et nonchalants devant la résidence du Premier ministre (Palais Maximos). En somme, la Grèce sous la Troïka serait encore un État et surtout un... paysage bien audiovisuel.

Nous ignorons d’ailleurs presque tout du vrai regard chinois porté sur nos affaires... de la Troïka, en dehors évidemment du contexte officiel. Nous savons seulement combien nos visiteurs depuis le grand pays, estiment et comprennent nos monuments, le Premier ministre chinois a certainement apprécié certaines visites guidées entre Athènes et l’île de Crète entre autres.

Au Palais Maximos lors de la visite du Premier ministre chinois. Athènes, le 19 juin

Monument du Soldat inconnu. Athènes, le 19 juin

Ce même jour, des touristes venus de Chine, photographiaient la tombe du Soldat inconnu devant le “Parlement”, et nécessairement, la couronne déposée par Li Keqiang. D’après les reportages (internationaux) documentés, “il n’y a pas encore si longtemps, ils se contentaient de se rendre dans des parcs à thèmes locaux comme Shejie zhi chuang (Fenêtre sur le monde), à Shenzhen dans le sud du pays, pour y découvrir les répliques des plus beaux monuments - dont une Tour Eiffel de 108 mètres. L’avènement d’une classe moyenne aisée dans les grands centres urbains a changé la donne. Les Chinois veulent désormais voir les sites du patrimoine mondial en vrai”. Dont la Grèce sans doute, des présocratiques ou des... méta-Troïkans !

Mais à Athènes en 2014, loin, très loin des atomistes et des sophistes... ce sont alors nos vieux et nos jeunes, tous primo-mendiants qui devraient autant attirer les regards, sauf qu’ils deviennent de plus en plus invisibles (et) de tous. Existences de ce fait furtives, car je remarque de plus en plus souvent, ces retraités... à la petite semaine et qui... complètent leurs maigres revenus en mendiant, voire, en... exerçant comme les immigrés et plus uniquement, la récupération... des données dans les bennes à ordures. Tout un programme social.

Retraitée et mendiante. Athènes, le 19 juin

Jeune et mendiant. Athènes, le 19 juin

Nouveaux... métiers. Athènes, juin 2014

Donc que la vie continue... comme après. Les semi-exclus se cantonnent chez-eux ou alors se taisent derrière les résonances d’une vie quotidienne (dé)placée cependant et irrémédiablement sous le signe du bruit. Car même nos kiosques à bonbons, à cigarettes et à journaux, se transforment assez souvent dernièrement en... discothèques, visiblement sans raison, autre que le zeitgeist de “notre” époque. Et personne n’en contestera, ni la forme et encore moins l’esprit.

À proximité des vitrines aux marchandises et aux autres objets généralement inabordables, ce même jeudi chinois du 19 juin avait été choisi par les fédérations des retraités PAME (syndicat proche du KKE, le parti communiste), pour manifester leur colère face au mémorandum déjà... bien passé, actuel puis même futur, car pressenti pour l’automne prochain dans son énième version, car aux dires des manifestants “on s'achemine vers la généralisation des retraites de misère, 360 euros par mois”.

Retraités manifestants PAME. Athènes, le 19 juin

Sauf que... l’atmosphère athénienne avait autant causé des malaises chez certains manifestants, étant donné que ces... pèlerins de la manifestation, avaient voyagé en autocar depuis leurs contrées du Nord de la Grèce. Une si longue journée d’une époque interminable. Ainsi... acheminés finalement aux urgences des hôpitaux de la capitale, ils ont pu constater en... première loge, combien notre système de santé est encore quelque part vivant, même si, leurs proches ont dû signer un document administratif “acceptant ainsi... d’assumer la charge financière de l'admission à l’Hôpital ainsi que de l'ensemble des actes et examens pratiqués, au cas où leurs malades ne seraient pas couverts par la sécurité sociale”.

À l’occasion, l’image ainsi “offerte” des hôpitaux grecs s’avère être, autant bruyante que finalement brouillée. Et aux urgences, à part la chance, c’est aussi le hasard de... tomber sur un compatriote comme on dit, c'est-à-dire un employé, infirmier ou mieux médecin, originaire de la même contrée du pays qui peut s’avérer fort utile en pareilles circonstances. Un autre... automne grec s’affirme et se confirme ainsi (et surtout) pour cette Grèce... à la retraite et en plein été. Le pays réel recule, non sans dignité pourtant le plus souvent, il faut le dire.

Hôpital athénien, le 19 juin

Vitrine à Athènes, le 19 juin

Autre vitrine. Athènes, le 23 juin

Ce pays se réalise alors et se déréalise alors à souhait en ce moment et pas qu’en vitrine. Heureusement, nos librairies ne se laissent pas toujours mourir, parfois-même, de nouvelles librairies tentent leur chance au moment où un certain regain pour la lecture serait déjà palpable dans l’air du temps, surtout et si possible loin du grand bruit. “Il y aurait donc de l'espoir”, estime mon ami Manos lequel n’a plus les moyens de financer les vacances de sa famille comme près de deux tiers des Grecs ; cependant, il peut toujours... s’offrir Héraclite.

Alors... le monde demeure-t-il éternel, mais créé et détruit selon un retour éternel. Cette partie de la cosmogonie d’Héraclite se retrouvera chez les stoïciens... et peut-être suffisamment retravaillée chez les Troïkans. Du moins, et pour bien changer de registre, notre presse révèle des études mettant enfin en lumière, certaines couleurs des ornements du Parthénon, tandis que près du “Parlement”, le caldarium romain datant de notre Antiquité bien tardive s’offre à notre regard ainsi qu’à celui des visiteurs Chinois par exemple.

Ornements reconstitués. Presse du 19 juin

Caldarium romain, Athènes, juin 2014

Athènes, plan offert. Juin 2014

Notre crise ainsi accoutrée... se stabiliserait sous le soleil. Hormis pour les navires qui ne navigueront plus jamais et pour nos nombreux suicidés... dont mon cousin Costas.

Je remarque d’ailleurs que les suicides sont désormais à peine évoqués par la presse et encore. Cette dernière, préfère alors évoquer les derniers chiffres du “programme de la dette grecque”, voire, la dernière grogne bien interne chez SYRIZA, puisque l’effondrement du “gouvernement” si souvent “pressenti” n’a pas eu lieu.

La tombe de mon cousin Costas, juin 2014

Hôpital athénien, juin 2014

Le Premier ministre du Conseil des affaires de l'État de la République populaire de Chine a déjà quitté la Grèce, visiblement satisfait d’après les commentaires de la presse grecque.

Athènes n’aura guère changé et les reporteurs qui l’avaient tant attendu devant le Palais Maximos n’ont cessé que d’évoquer leur nouvelle précarité... au-delà et en dépit même des protocoles: “Sans changement significatif dans ma situation je vais certainement émigrer avant Noël”.

Noël c’est toutefois loin, trop loin et (presque) plus personne en Grèce, n’a une idée bien précise de l’avenir disons immédiat, animaux adespotes (sans maître) compris.

Animal adespote, juin 2014




* Photo de couverture: Cimetière de bateaux, Grèce 2014

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