Friday, 11 July 2014

Larmes et crocodile/Tears and Crocodile



Nos évidences préjugent un peu vite des torts et des raisons au nom du sens de l’histoire, et d’un seul présent néanmoins érigé en norme. Et cela... fonctionne ! Au cœur bientôt de l’été grec, notre territoire ainsi que son pays médiatique et sûrement “réel”, se passionnent alors du sort d’un crocodile aperçu dans un lac de l’île de Crète. Comme si on ne s'apercevait qu'incidemment des effets durablement pervers concernant la dernière violation de la Constitution datant du vendredi 11 juillet.

Le crocodile Crétois nommé Sífis. “To Pontiki”, le 9 juillet

Les autorités locales au pays capturé par sa crise déjà, tenteront à partir de ce vendredi 11 juillet de “capturer vivant” le reptile, tandis que les rumeurs, évidemment sur internet, augurent dès lors de la présence d’un deuxième reptile “car notre Sífis doit bien vivre en couple.

L'apparition inattendue de la bête sauvage au beau milieu du terroir paisible de la préfecture de Réthymnon, pourrait alors être considéré comme relevant du transfert symbolique de la Grèce vers l'arrière-pays africain où vivent ces reptiles sanguinaires. Une apparition en apparence symbolique et dont, hélas, les pires soupçons traversent pourtant l’esprit de tout commentateur parmi les plus bienveillants”, notait Tákis Theodorópoulos non sans humour, écrivain et éditorialiste au quotidien conservateur “Kathimerini”.

La page Facebook du... crocodile

Dessin de presse, “Kathimerini” du 10 juillet

Surmédiatisation d'événements... allogènes à l'échelle d’un monde aux consciences perturbées, et cependant, besoin inapaisable de trouver ou de se fabriquer une issue, même virtuelle, de la monoculture médiatique et fondamentalement tangible de la crise.

J’ai alors l’impression que cette légende du crocodile, autant produite d’en haut (médias) comme d’en bas, passionne ainsi davantage les foules, mieux en tout cas que le fiasco de la dernière proposition (en séparé certes) des partis de l’opposition, SYRIZA en tête, visant la tenue d’un referendum qui permettrait aux habitants de notre nouvelle... zone tropicale habilités à voter, de décider du projet de morcellement... fouillé et de la braderie de la Régie d’électricité, projet initié par le gouvernement et par la Troïka.

Certains en Grèce alors s’alarment du fait de cette “vente forcée du package” incluant aussi les gisements de lignite du nord de la Grèce, huitième pays producteur au niveau mondial, notons-le, (cinquième producteur mondial d’après d’autres sources). D’une valeur estimée à 100 milliards d’euro, (50 milliards d’après la direction de la Régie), ces gisements seraient alors “offerts aux investisseurs” pour à peine deux milliards d’euros selon les syndicats et la presse de l’opposition.

Manifestation place de la Constitution contre la vente de la Régie d'électricité, Athènes, le 9 juillet

La manifestation organisée devant le “Parlement” par les syndicats et les partis de gauche n’ont toutefois pas rassemblé les foules, ainsi, l’ex-ministre de la Santé au gouvernement Samaras, Àdonis Georgiádis (initialement issu des rangs du parti d’extrême-droite LAOS) a diffusé sur internet sa... photo, réalisée avec tant d’amusement depuis les fenêtres de l’hémicycle, ironisant ainsi à souhait sur cette “grande mobilisation”. La Grèce s’enfoncerait sûrement... dans son temps de... crocodile.

En tout cas, un article... précurseur publié par le quotidien “Le Figaro” il y a deux ans, et en aucun cas innocent... prévenait déjà que “la Grèce veut puiser dans son sous-sol pour sortir de la crise”. Et dans ce contexte de 2014 bien... avancé, les propositions... cumulées des partis de l’opposition ayant obtenu les signatures de plus de 120 députés sur la question de la tenue d'un référendum a été débattue par la session d'été du “Parlement”, au lieu de la tenue d’une session plénière exceptionnelle.

Cela, contre l’avis du Président du Parlement issu des rangs de la Nouvelle démocratie, et en violation de la Constitution, décision qui vient d’être prise jeudi 10 juillet lors de la Réunion des Présidents du Parlement. Les partis de l’opposition n’ont finalement pas participé à cette réunion du vendredi 11, accusant la majorité gouvernementale d'appliquer des procédés et des pratiques antiparlementaires.

La photo de la manifestation du 9 juillet publiée par Ádonis Georgiádis

Aléxis Tsípras à son tour, évoquant la position du gouvernement sur la question de la privatisation de la Régie et suite au rejet de la proposition de référendum, a vivement critiqué le gouvernement en estimant que “celui-ci contourne des lois et la Démocratie même. Si le Parlement vous dérange tant, fermez-le définitivement”, a-t-il souligné. Mais alors c’est encore et toujours trop tard. SYRIZA, et autant l’ensemble de l’opposition tombe dans la... bouche du crocodile parlementaire, autrement dit, de la “gouvernance” constante et approfondie au-delà de la Constitution. La démocratie ainsi parodiée au “Parlement” et par 41 élus présents, vient de statuer vendredi 11 juillet “sur l'inutilité d'un tel referendum”. Fin.

À bas la dictature du parlementarisme”, camion... politisé. Athènes, juillet 2014

Électeurs, Gouvernement, Opposition”, “Quotidien des Rédacteurs” du 11 juillet

C’est alors ainsi que toute action (évidemment inefficace), entreprise au sein du “Parlement” par SYRIZA notamment, est désormais et d’ailleurs depuis 2012 je dirais, considérée comme de la “gesticulation payante”, phrase prononcée récemment dans un café athénien, “puisque ces gens sont si bien payés pour ainsi demeurer députés”. Comment alors éviter le finalisme historique de l’anti-démocratie instaurée sous couvert de reformes initiées par la Troïka, et de refuser le récit téléologique des “experts” ?

Les Grecs savourent alors comme ils le peuvent pour l’instant leur été, estimant que “leurs” gauches verseront bientôt des larmes de crocodile suite à l’échec bien... acceptable du plan de résistance, comme après celui élaboré suite à la mort subite de la radiotélévision publique ERT et son remplacement progressif par la structure NERIT, entre autres.

Contre la privatisation du littoral. “Grec, réveille-toi et résiste”. Athènes sud, juillet 2014

En ce moment de l’année enfin si solaire, certains bistrots et cafés restent vides tandis que d’autres ne désemplissent pas. Les jeunes sortent et nos retraités deviennent vendeurs de billets de loterie ou sinon, ils iront fouiller dans les bennes à ordures ce supplément de revenu alors... garanti, si possible loin des regards et plus près de l’indifférence devenue à présent autant structurelle que notre crise.

Par ce temps du football et des baignades, nombreux ont été d’ailleurs ceux qui ont remarqué l’analyse du match Brésil-Allemagne ainsi développée par l’ancienne secrétaire générale du KKE au “Parlement” et depuis reproduite par l’hebdomadaire satyrique et politique “To Pontiki”, d’ailleurs non sans une certaine bienveillance, “car elle s'y connait”. Sans doute.

Plage près d'Athènes, juillet 2014

Symboles d'époque et de saison. Athènes, juillet 2014

Retraité en... quête d'un complément de revenu. Athènes, juillet 2014

Pourtant notre pays féerique éprouve aussi ses vraies larmes. Celles par exemple des femmes de ménage licenciées du ministère des Finances. Elles ont une fois de plus affronté les forces de l’ordre lors de la visite dite “de routine”, des représentants de la Troïka à leur... ministère jeudi 10 juillet. Une femme a été placée en garde à vue depuis. Loin de la grande actualité, loin donc du sympathique crocodile... laissé au milieu de ses autres larmes.

Devant le ministère des Finances. Athènes, le 10 juillet

Les larmes des femmes de ménage. Athènes, le 10 juillet

Notons enfin que la grande presse internationale, “Le Monde” par exemple, n’aura retenu de l’actualité grecque de la semaine que le placement en détention provisoire de l’élu de l’Aube dorée Ilías Kassidiáris, rien de très original d’ailleurs en ce qui concerne le parti néonazi grec, une nouvelle surtout extraite et isolée de son contexte et des autres événements grecs du moment. Pauvres lecteurs du Monde et du (petit) soir européen !

Nos évidences préjugent un peu vite des torts et des raisons au nom du sens de l’histoire sauf qu’à Athènes Socrate n’est pas oublié. Un spectacle ou plutôt un débat consacré à son Apologie ainsi qu’à la Démocratie est organisé ce juillet 2014, en marge sans doute de la canicule, du crocodile et des baignades en mer.

Socrate, Athènes, juillet 2014

Notre exigence de compréhension immanente demeure encore intacte, en tout cas chez certains d’entre-nous, crocodile ou pas... (et même si l’affichage correct des photos du blog n’est pour l’instant accessible me semble-t-il, que des utilisateurs d’une version récente du navigateur “Firefox”).

Au cœur de l’été grec, alors modèle du cabinet de curiosités politiques en ce XXIe siècle européen.

Animal adespote, Athènes, juillet 2014


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