Friday, 15 August 2014

Cinéma d'été/Summer Cinema



À Athènes, c’est le plus grand calme de toute l’année qui règne. Enfin. La grande fête du 15 août, celle de la dite “Dormition de la très Sainte Mère de Dieu” d’après sa dénomination antique est de nos jours synonyme... surtout d’exode urbain. C’est le moment ou plus jamais, la chaleur est si accablante et cela même pour notre Joachim. Alors, Chrístos le chômeur, Lámbros le précaire, comme par ailleurs tous les nantis rescapés du quartier et du pays ont ainsi pris le chemin des plages. Dormitions.

Plage en Attique. Artémida, le 13 août

Nos églises sont décorées comme il se doit d’après la tradition supposée, le pays alors réel fera semblant... comme de coutume ou presque. C’est le moment de l’année où les tavernes dans nos quartiers sont fermées, au même titre que les boutiques ou les pharmacies. C’est par ce temps de crise et de dormition décidément démesurées, que ma cousine Voúla a fermé sa pharmacie jusqu’au vingt du mois, elle pratique de la sorte avec sa famille le camping libre près d’une plage dans le Péloponnèse proche.

Elle et les siens, espèrent en tout cas échapper aux fortes amendes infligées cette année aux libres campeurs au pays effectivement conquis. Depuis le nord de la mer Égée et jusqu’en Crète cet été, notre État “Samaritain”, c’est à dire “gouverné” par la figure d’Antónis Samaras, s’acharne sur les derniers usagers de l’espace resté libre, du moins dans les mentalités et dans les usages. L’amende pour “campement illégal” atteigne les 300 euros désormais.

Car depuis la deuxième année du mémorandum, le camping libre est expressément interdit sur tout le territoire de la Grèce, îles comprises, c’est ainsi que les maîtres fous et (maîtres) financiers qui dictent alors leurs lois (en langue anglaise) aux ministrions d’Athènes, entendent imposer, y compris et d’abord dans les mentalités, l’essence du nouveau régime: le pays n’appartient pas à ses habitants, surtout et d’abord lorsqu’ils sont paupérisés.

Athènes, le 14 août

Restaurant fermé. Athènes, le 14 août

Église en fête. Athènes, le 14 août

Une situation ainsi combinée à la réalité accablante pour le plus grand nombre, celle de la nouvelle taxe immobilière unifiée qui conduit un grand nombre de propriétaires à vendre leurs biens immobiliers. Par la même occasion, les plus truands d’entre nous et surtout d’entre eux, ainsi que les... investisseurs Européens, Américains, Russes, Arabes ou Chinois, achètent de l’immobilier et des terrains du côté des îles ou sur le littoral, avant que Samaras... le lugubre n’ouvre la grande ouverture de la ruée vers le... bétonnage.

L’Union des Propriétaires a même proposé presqu’ironiquement que de rendre les clefs des appartements à Antónis Samarás en personne, tant le désarroi est alors certain et surtout grand. À terme, les Grecs perdront la propriété de leurs biens immobiliers, dont la valeur symbolique est en plus, traditionnellement immense.

La Grèce à vendre entre les Funds et les banques. “Quotidien des Rédacteurs”, le 8 août

Et pour parachever la plus grande spoliation des biens d’une population (prétendument) en temps de paix, la Troïka représentant les seuls intérêts des fraudeurs et des escrocs internationaux (et accessoirement bien de chez nous), a fait adopter récemment par le “Parlement Grec”, une disposition autorisant les agents du fisc à violer le domicile de tout un chacun en y faisant irruption, dans le but de fouiller et de saisir biens, bijoux ou argent liquide, surtout, sans le préalable de la décision et du mandat d’un juge. L’affaire est actuellement examinée par la Cour Suprême, suite surtout aux nombreuses réactions.

Messages obscurs. Athènes, le 13 août

Athènes, août 2014

Décor, Athènes, août 2014

Tandis que certains messages parfois assez obscurs remplissent alors nos murs ainsi que nos surfaces, du côté de SYRIZA on fait savoir que “cet été sera le dernier du gouvernement et que l'automne sera décisif pour ce qui suivra du changement prochain car prévisible”.

C’est fort possible mais ce n’est guère certain. Dans les cafés on n’entend pas trop (pour ne pas dire pas du tout) évoquer le parti de la Gauche radicale, sauf peut-être pour commenter la récente visite d’Aléxis Tsípras au Mont Athos. Chaleureusement accueilli il faut le dire, par les moines de la République Athonite, Aléxis voudrait désormais se présenter comme un potentiel Premier ministre sérieux et de surcroît... béni. Les symboles ont la peau très dure, le pays célèbre ainsi sa dormition et l’avenir donnera peut-être raison à SYRIZA.

Mais on entend aussi cette analyse plus profondément politique. Mon ami journaliste est de l’avis de ceux (et ils sont nombreux), affirmant que désormais, “à part SYRIZA, il n’y a plus rien de possible et que toutes les autres composantes de la gauche grecque ne peuvent que constater leur désunion, donc leur faillite. Ainsi tôt ou tard, les Grecs, d’abord s’abstiendront, ensuite ils voteront massivement en faveur de SYRIZA pour chasser la bande actuelle qui gouverne, ou sinon, ils voteront dans une moindre mesure en faveur... de l’Aube dorée. Après, SYRIZA tout seul ou pas, gouvernera, il réussira ou à défaut il échouera rapidement, en quelques mois seulement. Dans pareil cas, la voie sera ouverte aux épigones probables de l’Aube dorée laquelle subira aussi un certain... rééquilibrage nécessaire”. Qui sait ?

Près d'une plage en Attique. Épicerie nouvelle. Août 2014

Faillites. En Attique, août 2014

Carrosse pour mariages. En Attique, août 2014

En attendant l’avènement à la suite possible au temps de la... grande Dormition, toute une nouvelle “économie” est en train de naître au forceps. Près d’une plage en Attique, une certaine Caterína a repris l’épicerie du coin (perdu), juste devant un certain “new modern home” à vendre ou à louer comme tout le grand reste.

Caterína vend également des cigarettes, des tickets pour les transports, propose les services de photocopie et de fax... et la vie continuera. Nous lui achetons trois litres d’eau fraîche sous une chaleur accablante. Été grec, été crucial. Ces mêmes derniers jours, Joachim, l’animal supposé “desposé” (ayant des maîtres) de Greek Crisis attend désespérément la fraicheur et surtout la nuit. Heureusement, certaines certitudes ne subiront pas notre crise.

Joachim de Greek Crisis. Athènes, le 15 août

En attendant la fraîcheur de la nuit et des vents prochains, la Grèce... assistée des médias semble se passionner par la découverte dans le site antique d'Amphipolis, dans la région grecque de Macédoine, d’une tombe “importante” datée de l'époque hellénistique, entre 325 et 300 de notre chronologie. Antónis Samaras s’est aussitôt rendu sur place: “Nous sommes devant une très importante trouvaille en Macédoine, une région qui continue à nous surprendre avec ses trésors uniques” a ainsi indiqué aux médias.

Entamés il y a deux ans, les travaux sur ce site, connu surtout pour ‘le lion d'Amphipolis’, statue en marbre de 5,2 mètres de hauteur, avaient été interrompus cet hiver avant de reprendre en juin grâce à une somme de 100.000 euros octroyée par le ministère grec de la Culture, selon l'Agence de presse grecque ANA. Les archéologues estiment que la tombe mesurerait trois mètres de hauteur et appartiendrait à une personnalité éminente du royaume macédonien antique C’est bien connu, et cela pas qu’en Grèce, la poussière des notoriétés d’antan servira... aux résidus de l’insignifiant présent.

Voilà déjà trente siècles” - écrivait notre poète Odysséas Elýtis - “que l'homme peine à agencer les mots, l'une après l'autre de manière à obliger la pensée à revêtir des tournures alors inédites et inéprouvées. Voilà que pour la première fois ce processus a cessé de fonctionner. Nous sommes bien prêts pour la bêtise”, (Εν Λευκώ) - “Blanc-seing”, 1992.

Vue ironique du voyage Samaras à Amphipolis. “To Pontíki”, le 13 août 2014

Nous y sommes, immanquablement. Dans les aéroports comme ailleurs, nos visiteurs comme autant nos compatriotes se mettront à la première occasion visée... à la hauteur des branchements obligatoires au monde virtuel, c’est à dire à même le sol... avant le prochain vol.

Aéroport d'Athènes, août 2014

Élevés aux plus sublimes hauteurs, loin de nous, loin du virtuel et néanmoins à même le sol, certains êtres adespotes ou desposés, c’est selon, nous contemplent alors sans arrière-pensées.

15 août. La Grèce, sa dormition, son cinéma d’été. La fête pourtant, malgré tout.

Certains êtres adespotes. Archipel grec, août 2014




* Photo de couverture: Cinéma d'été. Athènes, août 2014

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