Monday, 6 October 2014

Austérité pratique/Practical austerity



Nos touristes de l’avant-dernière heure scrutent en ce moment l’horizon des nos tempêtes. L’été grec se situe bien derrière nous, et la troïka est... enfin de retour. Octobre 2014 et son milieu déjà délétère, celui de l’acclimatation aux désillusions de toute sorte. L’avenir européen se disloque ici ou ailleurs, et cela au quotidien.

Touriste. Plage d'Attique, octobre 2014

Dans la pratique des gestuelles supposées techniques, on entrepose déjà du bois de chauffage pour l’hiver selon les besoins et les revenus encore disponibles. Ainsi, les premières cheminées, déjà allumées dans l’agglomération d’Athènes durant les nuits humides du week-end du 4 octobre, ont déjà signifié nos réalités... si fumeuses du temps présent. L’irrespirable prometteur c’est alors pour bientôt. Crise cyclique. L’avenir ira à peine plus loin.

Au même moment, les amis du club des pêcheurs du coin, prennent toujours la mer tôt à l’aube, surtout par mer calme, à peu près deux à trois fois par semaine en ce moment.

Automne en Attique. Octobre 2014

Ces pêcheurs du petit large sont essentiellement des retraités, ou alors petits commerçants et souvent chômeurs, aux revenus familiaux encore... réellement existants. Leurs prises sont consommées et partagées entre amis ou en famille, et quant au surplus, il sera vendu aux promeneurs du dimanche, loin comme il se le doit, des rentrées officielles. La mer c’est encore ainsi qu’elle se pratique.

La grande nouveauté par contre, tient au fait que parmi les pêcheurs, certains se déclarent désormais prêts à voter SYRIZA. Traditionnellement de droite, ou proches du PASOK (social-démocratie... également de droite), partis politiques alors pylônes des népotismes et du désastre néanmoins assez largement consenti, ces gens lorgnent autant du côté de l’Aube dorée, cependant, avec moins d’enchantement qu’en 2012. “Je voterai SYRIZA et cela pour la première fois. Non, la catastrophe prétendument évidente que brandit Samaras dans l’éventualité d’une victoire de la Gauche n'arrivera pas. Je n'ai pas peur de Tsípras. Je suis suffisamment appauvri désormais pour ne plus craindre le pire”, estime donc Nikos.

Pêcheur amateur, Attique, octobre 2014

Fin de saison. Attique, octobre 2014

Alors penses-tu que SYRIZA redonnera du travail à tes fils ou qu'il rétablira le montant de la retraite, tu est bien naïf mon vieux !”, apostrophe alors son ami Evángelos. “Non, tu te trompes. Je sais que Tsípras n'arrivera pas à accomplir le miracle, en tout cas, pas facilement. Je veux tout simplement que l'on arrête à me traiter comme un esclave et que la surimposition puisse enfin prendre fin, c'est tout. Un bol d'air frais, voilà ce que je désire, espérons-le en tout cas, comme en mer. Je veux enfin pouvoir conserver mon petit patrimoine immobilier, l’appartement ainsi que la maison familiale au village. Samarás est allé trop loin dans cette spoliation des biens, c’est de ce fait qu’il a déjà perdu son jeu, ce dernier imposé comme on sait, par les étrangers de la Troïka. C’est tout !”. La Grèce alors et ses mentalités d’automne.

Près du petit port d’attache des pêcheurs, attachement durablement informel et suffisamment improvisé depuis les années 1970, les “producteurs solidaires” tiennent leur marché du samedi alors “sans intermédiaires”. Les organisateurs offrent des dégustations et de l’ouzo, insistant sur le côté “politique et solidaire de la démarche, s'adressant à tous les citoyens, inquiets et soucieux de leur avenir et déjà de leur présent, indépendamment des appartenances politiques”. Les flâneurs et autres badauds trouvent tout cela bien intéressant, à condition bien entendu de disposer d’un certain pouvoir d’achat, même si les prix pratiqués sont très corrects la qualité en plus.

Produits dits “solidaires”. Athènes, 2014

Le bateau de Greenpeace. Attique, octobre 2014

Hasard du calendrier (?), non loin du marché des solidaires et de l’amarrage improvisé des pêcheurs, c’est dans la marina la plus huppée du pays, que nous avons découvert le beau navire de Greenpeace, portant une banderole suffisamment visible d’assez loin: “Pas d'autres milliards pour le pétrole”, dans l’indifférence il faut dire, des flâneurs des lieux, plus “lifestyle” et certainement plus aisés que ceux du marché entre solidaires.

La Grèce sociétale s’entredéchire et se superpose à travers son millefeuille avarié... qui fait suite au grand écrémage social. Heureusement qu’à Trikala, ville thessalienne située au centre du pays, la mobilisation solidaire durant toute la semaine dernière devant le tribunal, a conduit à l’annulation des audiences inscrites au grand cadre... de la politique concrètement événementielle, celle des saisies des biens immobiliers pour dettes envers l’État et envers les banques, ce qui par les temps qui courent revient pratiquement au même car d’une certaine manière les banques sont aux manettes.

Petites victoires et peut-être éphémères, cependant fort éloquentes quant à la situation qui se dégrade pour le plus grand nombre. Une part ainsi croissante du parc immobilier des Grecs est “cédée”, le plus souvent aux investisseurs étrangers, isolés ou sinon... institutionnalisés, amis et spoliateurs (funds) de la Troïka compris. Dans les Cyclades par exemple, de nombreux ressortissants des autres pays de la triste U.E., achètent massivement en ce moment de biens immobiliers, lesquels sont aussitôt proposés en location, en dehors de tout circuit économique formel en Grèce déjà, mais souvent autant dans leur pays.

Heureusement que le vrai côté du bon plaisir, nous a été rappelé fin septembre sur l’île de Naxos par une chorale composée de Suédois, lesquels ont admirablement interprété certaines chansons de Míkis Theodorákis et récité des poèmes d’Odysséas Elýtis. Preuve sans doute, que l’Europe au-delà des européismes reste à construire.

Contre les saisies immobilières. Trikala, octobre 2014. Source: site du “Plan-B”

Chorale suédoise à Naxos. Octobre 2014. Source “Naxos-news”

On peut alors comprendre les angoisses du système Samarás et de sa gouvernance. Depuis septembre, il donne l’impression de courir derrière le timide calendrier politique imposé par Alexis Tsípras. Certains prétendent que les faiseurs de la pluie mémorandaire nous prépareraient ainsi le “parapluie SYRIZA”, étant donné que la casquette Samaras a déjà fait son temps.

Tout cela semble-t-il, à défaut d’un retour au beau temps progressif, douloureux mais certain, dans un pays enfin... déTroïkanisé. D’où sans doute toute, cette agitation manifeste, au sein et autour de SYRIZA dans l’éventualité de son accession au pouvoir.

Le gouvernement Samaras. “Quotidien des Rédacteurs”, octobre 2014

L'époque de l'après-Mémorandum. “Quotidien des Rédacteurs”, octobre 2014

C’est dans ce contexte que mercredi 1er octobre, l’économiste Kóstas Lapavítsas, a présenté à Athènes son nouveau livre, intitulé justement: “Un programme radical pour la Grèce et pour la périphérie de la zone euro”. J’avais déjà longuement discuté avec Kóstas des tristes affaires grecques ainsi que des accablantes affaires européistes lors de notre dernière rencontre, c’était dans le cadre d’un colloque tenu à Rome en avril dernier, précisément, sur le thème de la sortie éventuelle de certains pays de la zone euro.

Kóstas Lapavítsas, dont les thèses sont proches de celles de Jacques Sapir en France, estime que désormais, l’essentiel de la catastrophe sciemment organisée par les élites de l’euro (y copris en Grèce) est accompli, donc il y a urgence certes, cependant, via un très long terme à construire et à remettre en place. Pour lui, toute politique économique dans l’avenir comme dans l’immédiat, doit tenir compte de l’explosion du chômage (officiellement 30% de la population active) et de la destruction à hauteur de presque 40%, du tissu productif, autrement-dit de l’industrie du pays et cela en moins de cinq ans.

Conférence de Kóstas Lapavítsas (à droite sur la photo). Athènes, le 1er octobre

Ainsi, gouverner par la dette, c’est à dire, assujettir l’ensemble de la politique économique, sociale, éducative, de santé publique voire, de défense nationale à la priorité absolue accordée aux créanciers, plus rapaces que jamais, devient déjà un crime et ensuite, une voie suicidaire à tout niveau. D’abord, la dette doit être supprimée purement et simplement, ensuite, une véritable politique de renouveau économique et productif doit être mise en œuvre, suffisamment inscrite dans un plus long terme.

Ce qui tôt ou tard, conduira à l’affrontement entre les gouvernements qui aspireront à une telle politique, et les tenants centraux de la zone euro et de son fiasco, élites européistes et allemandes en premier lieu. Pour l’économiste proche de la mouvance gauche au sein de SYRIZA, c’est bien la France qui se trouve en ce moment face à un dilemme crucial et autant tragique, s’agissant ni plus ni moins, de son future existence économique, notamment face à l’Allemagne.

Conférence de Kóstas Lapavítsas. Athènes, le 1er Octobre

La France applique certes une politique d'austérité, sans pour autant oser initier l'étape suivante, à savoir, réduire drastiquement les salaires et les retraites. Les élites de Paris s’accrochent à l’Allemagne sachant pourtant que c’est le contraire qu’elles devraient faire. Dans ce contexte, seule l’extrême-droite semble avoir pris conscience des enjeux du futur alors si proche, je vous dis cela avec tristesse et douleur, tandis que les gauches européennes et européistes ont très volontairement confondu l’internationalisme et les projets asservissants d’une certaine mondialisation comme la financiarisation du monde et de l’Europe, dont, le projet... accompli de l’euro. Et comme désormais les élites européistes ont tellement insisté pour faire de la zone euro un synonyme inséparable de la dite construction européenne, eh bien, on peut penser que tout éclatement de la zone euro survenu accidentellement ou même de manière concertée, aboutira à terme à la dislocation de l’Union européenne”, a précisé Kóstas Lapavítsas.

On comprendra cependant l’ironie finalement manquée de Panos Skourlétis cadre dirigent SYRIZA et proche du cercle dominant au sein du parti, ironie largement reprise par la presse de la semaine dernière: “Je ne vois aucun rapport entre SYRIZA... et Monsieur Lapavítsas”, voilà pour l’essentiel de la plaisanterie.

Pourtant j’ai bien observé mercredi soir que d’abord, toute la mouvance gauche de SYRIZA était présente lors de la présentation du livre, cadres, économistes, députés ou eurodéputés, et évidemment, Panagiótis Lafazánis, porte-parole du Parti de la Gauche radicale et chef de fil de sa mouvance située à gauche du parti. J’en déduis, que quoi qu’on puisse encore dire, SYRIZA ne serait pas la somme de cette... ambiance entièrement contrôlée par les... grands tenants et les énormes aboutissants, et c’est plutôt une bonne nouvelle, néanmoins à confirmer si possible rapidement sous l’emprise des événements futurs, probables ou sinon incertains.

Luttes des années 1960. Locaux de SYRIZA, Athènes, 2014

L’échec européiste est si patent, que Sarah Luzia Hassel-Reusing, citoyenne Allemande et indignée de la situation, a saisi la Cour internationale de justice (CIJ), siégeant à La Haye, déposant ainsi plainte “contre X”, pour crime contre l’humanité, s’agissant de la dégradation généralisée de l’état de santé de population de la Grèce, dégradation alors sciemment organisée avec préméditation d’après les termes de la plainte.

Le centre médical solidaire d’Ellinikón près d’Athènes, organise donc à sa bonne manière, la collecte des informations et essentiellement des témoignages issus du terrain dans le but de soutenir de manière concrète la procédure de Sarah Luzia Hassel-Reusing, ce qu’évidemment, laisse les “autorités grecques” totalement indifférentes.

Cours privés, apprentissage de la langue chinoise. Grèce, 2014

Dans les plus grands journaux d’annonces en Grèce, des encadrés publicitaires ventent les mérites indéniables de l’apprentissage de la langue chinoise. En attendant, Anna, médecin biologiste installée à Trikala, déplore le départ définitif de sa deuxième fille, un an jour pour jour après celui de non ainée... vers l’Allemagne. Suite à une formation de niveau BTS dans les métiers paramédicaux, les deux filles ont déjà connu le chômage... après le chômage et ensuite l’émigration.

De leur côté, les (rares) recruteurs des boites privées d’Athènes, déplorent désormais le manque de jeunes formés et en plus, réellement compétents. Dans la génération de la trentaine suffisamment entamée, les plus chevronnés ont déjà quitté la Grèce. Pays où bientôt et sous la pression de la Troïka, la retraite nationale et généralisée sera celle des 360 euros par mois (radio 105,5 le 6 octobre), en somme un RMI, s’agissant... de l’insertion programmée dans l’au-delà, d’où d’ailleurs l’actualité tragique de la démarche de Sarah Luzia Hassel-Reusing.

Sauf que nos pêcheurs du dimanche, plus amateurs que jamais, ignorent pour l’instant tout cela, à la fois de la démarche de cette citoyenne courageuse venue d’Allemagne, et autant, de la conférence de Kóstas Lapavítsas. Octobre 2014, et son milieu déjà délétère, hormis pour nos autres animaux adespotes et pêcheurs de toujours.

Animaux adespotes et pêcheurs de toujours. Près d'Athènes, octobre 2014




* Photo de couverture: Marché solidaire. Athènes, octobre 2014

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