Friday, 17 October 2014

Funeste futile/Futile baneful



Le funeste régit et le futile demeure. La bourse d’Athènes a dévissé de plus de 6%, tout comme certaines autres paraît-il cette semaine ; chez nous cependant, dans l’indifférence d’une insignifiance alors signifiée, pour ne pas dire dans une certaine hilarité à peine contenue. Et sur l’île de Rhodes et du Colosse manifestement de jadis, un chômeur âgé de 35 ans et père d’un enfant de 18 mois, s’est rendu au centre des impôts, afin de... déposer son enfant, suite à la saisie des ultimes 300 euros présents sur son compte.

Pâtisserie en faillite. Athènes, octobre 2014

D’après la presse locale et selon l’hebdomadaire satirique et politique “To Pontíki” du 16 octobre, le fisc a donc saisit le compte bancaire de ce chômeur, et c’est ainsi, qu’après la perte des derniers 300 euros dont il disposait et donc par désespoir, qu’il s’est rendu à l’hôtel des Impôts de la ville de Rhodes pour... y livrer son jeune enfant.

Cette dernière somme figurant sur son compte, souligne alors le reportage, avait été déposée par la mère de cet homme, habitant dans une autre région de la Grèce, une aide de dernier recours pour qu’il puisse enfin faire face malgré tout, aux seules dépenses quotidiennes. Ce compte, sur lequel autrefois était versé son salaire ne devrait pourtant pas être considéré comme “saisissable”, sauf que pour les services fiscaux aucune considération allant dans ce sens n’a été prise... en compte.

Avenue près d'Athènes, octobre 2014

Se confiant aux journalistes du quotidien local “Rodiakí”, ce père a déclaré: “J’essaye d’élever seul et dans la dignité mon enfant. Ma mère, qui vit dans une autre ville de Grèce, a versé sur mon compte la somme de 300 euros pour ainsi nous permettre tout juste de passer le mois. Ce fut le seul et unique compte dont je disposais jusqu’à hier, et à la banque on m’a expliqué que ce montant y figurait certes, sauf que je ne pouvais plus le retirer. Je leur ai demandé alors pourquoi, et ils m'ont dit que tout avait été saisi par le fis”. L’homme a aussi précisé qu'il avait déclaré ce compte comme “relevant de l'insaisissable” (jusqu’à mille euros selon une loi récente, suffisamment imprécise et prétendument protectrice des... paupérisés alarmants) sauf que cette disposition ne s’appliquerait que pour ceux qui ont encore un emploi: “Mais voilà que depuis Février dernier je trouve au chômage, cette protection a été abrogée disons automatiquement depuis”.

Touristes derniers près d'Athènes, octobre 2014

Manifestation devant le Parlement, le 10 octobre, source: “Eleftherotypía”

Nos derniers touristes de la saison comblée n’auront certainement rien remarqué, à Rhodes, dans les Cyclades, comme à Athènes. Ou sinon, ils auraient observé ces manifestants sur la place de la Constitution, plus symboliques que jamais en fin de semaine dernière et au moment du “vote de confiance au gouvernement” provoqué et finalement obtenu comme prévu (155 députés dur 300) par le para-État, Samarás - Venizélos.

Voilà tout. Des débats insignifiants, un Parlement parodique sauf que la farce est exécrable, et que Samarás a pour l’essentiel laissé son ministre Vorídis de l’extrême-droite comme on sait, le représenter. Le funeste régit et le futile demeure.

C’est donc pour fuir notre camp de concentration déréglé à ciel ouvert que comme l’écrit encore “To Pontíki”, “L'avenir du pays est en train d'émigrer”. Diplômés, étudiants et universitaires prennent ainsi le chemin qui mène à Rome, c’est à dire à Berlin. D’après cette chronique dont l’origine provient d’un reportage cité, récemment réalisé par la Deutsche Welle, le “brain drain” grec se poursuit.

Crise en Grèce comme en 1930. “Eleftherotypía” du 6 octobre

L'avenir du pays émigre. “To Pontíki” du 13 octobre

Le “brain drain” grec se poursuit, site de la Deutsche Welle, 11 octobre

Pendant le semestre d'été de l'année universitaire en cours, Skévos Papaïoánnou, universitaire et chercheur, avait été un moment professeur invité à l'Université de Kassel: “En Grèce, la recherche est exclusivement entre les mains des universités et dans ce domaine, tous les budgets ont été drastiquement réduis depuis le début de la crise. Nous ne pouvons même pas proposer la moindre recherche à nos étudiants, rien que parce qu'il nous manque une somme de mille ou deux mille euros. Cela provoque le désespoir”.

D’après Skévos Papaïoánnou - remarque le reporteur, sans le retour revenir des investissements en Grèce et avec eux des emplois, alors beaucoup de jeunes Grecs continueront à tenter leur chance à l'étranger. Bonne blague ! En France cela ne fait que commencer me semble-t-il.

Allégorie sur la situation de la Grèce, “Quotidien des Rédacteurs”, octobre 2014

Allégorie sur la situation grecque. “Eleftherotypía”, octobre 2014

Devant les kiosques à journaux, les passants contemplent les titres gros, tellement gros à travers les signifiants de notre insignifiance. Une majorité de la population écrasée par une imposition de l’anéantissement, loin, très loin de la moindre équité et au même moment, on découvre tantôt l’effacement des dettes des partis de Samaras et de Venizélos, tantôt et autant... la contribution fiscale des armateurs, déjà symbolique, devenue volontaire plutôt qu’obligatoire, et cela suite à une récente injonction du “gouvernement”.

Il y a de quoi s’en lasser des titres et de leur grossièreté. Autrement-dit, une bonne partie de la population a déjà décroché. Comme Chrístos, le voisin chômeur, lequel préfère partir pêcher pour ramener du poisson chez lui et passer le temps, puis, suivant les prises, partager et ensuite en vendre si possible. En tout cas, nos récentes prises ont pu satisfaire notre petit... groupe primaire combattant.

Navire près du Pirée. Octobre 2014

Première prise de la journée pour Chrístos. Octobre 2014

Enfin, les medias grecs et surtout internationaux, ont largement évoqué la semaine dernière l’événement du décès de Loukánikos, notre chien manifestant des années 2010-2012. Le sujet est devenu porteur comme on dit, sauf lorsqu’il s’agit de faire comprendre aux gens l’essentiel de l’hybris ainsi que le vrai visage des bancocrates qui nous gouvernent et des politiciens marionnettes.

Comme on le répète souvent en Grèce et pas que dans la rue, “en d'autres circonstances ces gens seraient jugés, puis pendus ou exécutés”, et j’y ajouterais certainement mieux que cela, ils seraient frappés d’un ostracisme moral, économique et politique définitif. Cependant, les fameuses circonstances... tardent à venir.

Nouveau barbier. Athènes, octobre 2014

Clés retrouvées. Athènes, octobre 2014

En attendant, on peut se consoler et rendre visite au nouveau barbier du coin... aux tarifs enfin démocratiques, il vient d’ouvrir sa boutique entre deux anciennes échoppes en faillite, ou encore imaginer l’impossible, c’est à dire, quelle sera la vie dans vingt ans de ce bébé dont la photo figure sur un porte-clés retrouvé (avec les clés) par certains passants de bonne constitution.

Et pendant que SYRIZA organise en ce moment de nombreuses réunions de quartier pour développer ses “positions de futur gouvernement”, lors des retrouvailles entre amis dans une taverne populaire d’Athènes où le repas s’accomplit sans assiettes, j’ai constaté combien chez eux - dont trois vice-présidents de Région SYRIZA, fraîchement en poste - l’ambiance fait dans l’interrogation, mais encore heureusement aussi dans l’humour.

La Gauche devra gouverner... aux destinées de notre prison... europhilisée au risque d'échouer et donc de rejoindre les déchets de l'histoire” ont remarqué alors certains. “C'est... déjà fait”, a soudainement rétorqué une convive et la discussion marqua une pause... philosophique entre deux verres de tout petit vin.

Appel pour une réunion SYRIZA, Athènes octobre 2014

Soirée entre amis et... esprit de Gauche ! Athènes, octobre 2014

Le funeste régit et le futile alors demeure, du côté de la Gauche radicale on le sait aussi. Et par ces temps qui courent, deux députés SYRIZA qui en premier avaient fait état publiquement de ce nouveau scandale, ainsi que et d’autres témoins ; ils viennent d’achever cette semaine, leurs premières dépositions devant un juge, dans une affaire présumée de constitution entre riches entrepreneures d’une caisse noire.

Elle serait destinée à “acheter” un nombre suffisant de députés pour que l’Assemblée actuelle puisse de la sorte élire en février 2015 le prochain Président de la République, puisque le nombre de... Samaro-Venizélistes compatibles ne suffit pas.

Affaire à suivre... à défaut de préférer aller à la pêche ! Grèce en octobre, été Indien.

Animal adespote (sans maître). Athènes, octobre 2014




* Photo de couverture: Devant un kiosque. Athènes, octobre 2014

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