Monday, 3 November 2014

Automne



La Grèce refait ses cartons d’hiver. Les touristes se raréfient peu à peu tandis que les... sans autre domicile évident, retrouvent enfin “leur” place de la Constitution. Samedi 1er novembre et sur cette même place (Sýntagma), un rassemblement organisé par les syndicats du parti communiste (KKE) avait certes réuni pas mal de monde, toutefois, dans un univers plus morcelé et “exclusif” que jamais.

Place de la Constitution au 1er novembre, rassemblement des syndicats du PC grec.

L’ironie du... Grand lendemain, aura vite fait oublier les slogans anti-austérité, lorsque les magasins ont été... enfin autorisés à ouvrir le dimanche. Le travail du dimanche ainsi que la “libéralisation totale” des licenciements, en passant par “l'encadrement” du droit de grève font partie des exigences de la Troïka, autrement-dit, de l’Union Européenne, des... autres structures du monde moderne, ainsi que des “nôtres” au “gouvernement” Samarás.

Affichage appelant à manifester, Place de la Constitution, le 31 octobre

Manifestation et rassemblement du 1er novembre.

Déjà vendredi 31 octobre près de Sýntagma, des petits porteurs en titres de l’État grec, ruinés, suite la “tonte” sélective de 2012 de leurs avoirs incertains, avaient manifesté devant le ministère des Finances dressant vers le ciel leur colère ainsi qu’un porc entier embroché... venu tout droit des abattoirs centraux. Signalétique de saison ?

Devant le ministère des Finances le 31 octobre

La Grèce donc, ses cartons, ses cochons et ses emplettes. J’ai ainsi remarqué une certaine affluence devant les magasins de l’ouverture dominicale et cela, en dépit des manifestations sporadiques des syndicats des employés.

Et dans la ville de Patras la semaine dernière, des centaines de “citoyens”... si impatients des temps nouveaux ou sinon anciens, se sont rassemblés devant un nouveau commerce appartenant à une firme internationale lors de son inauguration. Une société mourante... ainsi hypnotisée en ce siècle inaugural ? Drôle de temps.

L'inauguration marchante à Patras. Octobre 2014

Par cette période dite “de crise”, le commerce restant passe alors aux mains des grands distributeurs tandis que 90% des nouvelles ouvertures en Grèce, sont des cafés, des boulangeries, des sandwicheries et d’autres repères... névralgiques quant aux brochettes à la grecque et cela parfois, jusqu’au ridicule.

C’est autant bien connu, certaines ouvertures de ce type sont liées au blanchiment d’argent suffisant et suffoquant pour tout dire. Le pays grillé et ses grillades, entre ouvertures et fermetures superposées, car certains cafés ou sandwicheries ferment alors après quelques mois seulement d’activité, laissant le champ libre aux prochains aventuriers du... Far West.

Prochainement ouverture “Mykonos Grill”. Athènes, novembre 2014

Entreprise “Academy Coffee” à vendre. Athènes, novembre 2014

Les moments d’ici (et d’ailleurs) sont graves, et toutefois furtifs, voire futiles. Les isolationnismes croisés et ignorants sociaux et sociétaux, dégageraient alors fidèlement ces odeurs de la crise, la fascisation de la société en plus. Et pourtant, l’espoir et la détermination quant à notre ré-anthropisation ne manquent pas. Heureusement.

Samedi soir (1er novembre), Katerína Thanopoúlou, vice-présidente de la Région d’Attique (Athènes et ses environs) chargée de la politique sociale, avait organisé une réunion publique ayant comme thème l’handicap en ce temps de crise.

Il a été question d’altérité, du regard et des pratiques en cours, au sein d’une société fragmentée, atomisée et donc fascisée. “Depuis la crise, le comportement je dirais raciste des concitoyens valides envers nous s’accentue. On dénombre même certaines attaques souvent verbales de la part des adeptes d’un eugénisme bien ordinaire car à peine voilé, celui des fidèles de l’Aube dorée pour ne pas les nommer. La situation est d’autant plus grave qu’en ce moment même, la politique d’austérité réduit considérablement, à la fois nos allocations et finalement, nos chances de survie”, avait souligné un représentant du mouvement des handicapés.

Mouvement des handicapés et Katerína Thanopoúlou. Athènes, le 1er novembre

Mouvement des handicapés et Katerína Thanopoúlou. Athènes, le 1er novembre

En guise d’apostrophe, un autre membre du mouvement a dénoncé ce qui à ses yeux, relève alors du grotesque: “Il ne faut plus rechercher ou viser comme on dit le comportement solidaire ou alors pire, philanthrope, c’est alors d’une erreur tragique. Tout citoyen, valide ou pas devrait être plutôt coresponsable de ce qui se passe ou pour le dire autrement, tout simplement responsable”. Sauf que le moment tardera peut-être encore un moment.

Aux dires de tous, ce nouveau long (?) XXIe siècle aura dès lors... rehaussé nos perceptives handicapantes et cela d’ailleurs pour le plus grand nombre, en dépit des apparences liés à un certain consumérisme déjà assez consumé. Nouveau temps.

Affiche des syndiqués du bistro Saladin. Athènes, octobre 2014

Les employés du bistro “branché” Saladin (à Athènes, et non pas à Damas du temps de Ṣalāḥ ad-Dīn Yūsuf initiateur de la dynastie ayyoubide, qui a régné en Égypte vers 1200 de notre chronologie), avaient ainsi exigé le versement de leurs salaires ainsi que le droit... dévalorisé comme on sait, que de travailler normalement, c’est à dire, moyennant les cotisations encore théoriquement prévues, le tout en plus, sans accepter la diminution des rémunérations.

Un comble alors pour l’ultra capitalisme de la Troïka (dont de l’UE si imposante et sournoisement totalitaire) et autant pour la direction de Saladin, l’affaire (qui perdure depuis janvier 2014) des employés menacés et finalement licenciés chez Saladin a même été débattue au “Parlement” d’après la presse. Et pour... l’anecdote, ces employés “récalcitrants” avaient déjà travaillé durant 18 mois sans être déclarés et donc les heures... méta-supplémentaires n’ont alors pas été payées tout simplement d’après les reportages de la presse. Signes encore d’époque, autant que cette autre histoire parallèle du travail de dimanche à “démocratiser” d’urgence.

Saladin bistrot d'Athènes, page de promotion. 2014

Nos mendiants et parfois lecteurs occasionnels ou assidus de littérature sont donc de retour pas loin des ambiances parfois... retoquées chez Saladin ou d’ailleurs. Mais nos yeux sont ailleurs. De nombreux Grecs se sont passionnés cette semaine pour la loterie nationale (d’ailleurs privatisée), car le... Jackpot comme on dit en grec était de taille, autant que le désespoir.

Même le voisin Chrístos, chômeur et accablé, a misé deux euros pour ce rêve alors coûteux et pourtant si cher. Il n’a rien gagné. “Mauvais sort” pense-t-il sérieusement !

L'argent aux gens. Athènes, novembre 2014

Mendiant et lecteur. Athènes, novembre 2014

La vie continue, la mort, et autant le régime de la Troïka. Ce lundi 3 novembre, loin, très loin du nouveau magasin récemment inauguré, c’est toujours à Patras qu’ont eu lieu les obsèques du gardien d’école licencié comme tous les autres (“mis sous le régime de disponibilité”) il y a un an par la gouvernance d’Antónis Samarás et des siens.

Ce père de deux enfants avait 62 ans et il vivait avec sa mère handicapée dans une maison sans électricité d’après le reportage de la presse. C’est... ainsi qu’il s’est suicidé vendredi 31 octobre. Pour les syndicats des fonctionnaires territoriaux, “il s'agit d'un crime ordonné avec la complicité de l'Union Européenne, du FMI et de leurs partis politiques en Grèce. Il faut donc lutter contre eux, et cela sans relâche” (quotidien “Avgí” du 3 novembre).

Apories grecques, pays des cartons et de saison. Automne.

Apories. Athènes, novembre 2014




* Photo de couverture: Cartons habités d'Athènes. Novembre 2014

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