Wednesday, 10 December 2014

Dignité/Dignity



Athènes temps gris et temps fort. Les camarades de Nikos Romanos, jeunes comme lui étaient encore là, devant les grilles de l’hôpital. La nouvelle venait tout juste de tomber. Le “gouvernement” du lugubre Samaras a reculé face à la mobilisation, la leur et la nôtre, et face à sa propre absurdité politique peut-être. Un amendement de la dernière minute faisant suite à la proposition des partis de l’opposition et donc il accorde le droit... bafoué à Níkos Romanós. Lui, tout comme les autres détenus pourront alors étudier. Depuis ce matin, il avait aussi refusé de boire. Il interrompt alors sa grève de la faim. Soulagement et alors dignité. Il était grand temps.

L'établissement où Níkos Romanós est hospitalisé. Athènes, le 10 décembre

L’hôpital est toujours bien... gardé par les unités de “notre” police prétorienne, l’ambiance semble calme mais dans l’âme, elle ne l’est pas. Des employés de l’hôpital, des malades et des visiteurs se penchent depuis leurs fenêtres pour mieux apercevoir le groupe que composent les camarades de Níkos Romanós.

On sent que quelque chose se passera de toute manière et que le décret du “Parlement” déciderait de la vie et de la mort de Níkos et autant, de l’ultime résidu de dignité chez les élus de la “gouvernance” de Samaras et des extrémistes de la Troïka. Il ne faut pas oublier un seul moment tout de même, que ces extrémistes usurpateurs des souverainetés et des libertés populaires sont toujours en train de prendre des vies, par leur politique intentionnellement appliquée, et cela même, au sens propre.

L'Hôpital gardé de... Níkos Romanós. Athènes, le 10 décembre

Ainsi, c’est en apprenant que la vie de Níkos avait été épargnée grâce à la mobilisation des démocrates en Grèce comme ailleurs, et bien au-delà même du cercle de sa propre famille idéologique, voilà qu’au même moment, par un communiqué du dispensaire solidaire et citoyen d’Ellinikón (près d’Athènes) initié par mon ami, le cardiologue Yórgos Víkhas, une autre nouvelle est tombée: “Un enfant âgé de 5 ans est décédé, et c’est alors avec beaucoup de tristesse et de colère que nous avons appris l’événement de cette mort... gratuite. D’après les reportages ainsi que selon les plaintes des médecins, ce qui a manqué... était une Unité de Soins Intensifs (USI) pour enfants dans un hôpital entre Athènes et Thessalonique.

Le jeune enfant a été transféré d'abord à l'Hôpital général d’Amfissa (Grèce centrale), puis à l'Hôpital général de Lamia (chef-lieu de département). Mais comme cet hôpital manque totalement de praticiens spécialistes en neurologie infantile, et comme l’état de santé de l’enfant s’est aggravé, il a été l'évacué vers la clinique pédiatrique de l'Université de Larissa (chef-lieu de la Région Thessalie). Les médecins ont depuis tenté désespérément de trouver une USI pour enfants à Thessalonique. En vain, l’enfant n’est plus. En plus, le drame pour la famille se poursuit après le décès, car le corps de l'enfant doit être transféré à Thessalonique - à cause du manque en praticiens de l'autopsie à Larissa - afin de procéder à l’enquête médico-légale.”La Grèce, une fois de plus entre la mort et la vie.

De la force à Níkos Romanós. Athènes, le 10 décembre

Mais à l’hôpital où se trouve Níkos on ignore encore tout de cette histoire, laquelle serait pourtant si proche. On peut même volontairement ignorer l’histoire de Romanos, voire même, la... vomir. J’ai entendu à l’intérieur de l’hôpital un proche de Samaras et visiblement aussi proche de l’Aube dorée, s’exprimant ainsi au téléphone: “Chérie, ce que tu entends, ce bruit de m..., provient des supporteurs de Romanós. J'aurais bien voulu saisir la kalachnikov et les descendre tous un par un”.

Chérie aura compris... et autour, aucune réaction. Sous la pluie, le froid et derrière nos émotions croisées... de si loin. Telle est la Grèce après bientôt cinq ans du Troïkanisme appliqué.

Solidarité à Romanós, les locaux de l'Office du Tourisme de la Grèce à Paris occupés

Nous avons alors quitté l’hôpital au goût indéfinissable d’une grande victoire de la dignité, contre les camelots de l’hybris. Alexis Tsípras était intervenu ce matin auprès du Président de la République ce mercredi matin, pour une fois la... marionnette présidentielle aura bougé, intervenant à son tour auprès de Samarás. In extremis.

Entre-temps et pour ce qui est de la “grande politique”, le “gouvernement” vient de proposer son candidat pour le poste justement du Président de la République. Il s’agit de Stávros Dímas, un politicien du parti de Samarás et ancien membre de la Commission. La porte-parole de cette même Commission européenne a aussitôt fait savoir que cette candidature “peut aider à éliminer les incertitudes qui pèsent sur les marchés, c’est un signal fort adressé à l'Europe”, déclaration émanant des... maîtres-fous depuis Bruxelles, déjà très commentée à travers la presse grecque. Le choix reste... original, à l’instar du choix de Mario Draghi à la tête de la BCI, un ancien de la Goldman Sachs. La situation est effectivement très... mouvante on dirait dans cette Europe.

Politiciens. “Quotidien des Rédacteurs”, le 6 décembre

Samaras, Venizélos et leur politique. “Quotidien des Rédacteurs” du 9 décembre

Les députés n’arriveront peut-être pas à faire élire un Président de la République. D’après la Constitution grecque, si, après trois tours de scrutin le candidat de la majorité ne réuni pas en sa faveur le nombre de 180 voix, le Parlement est alors dissout, et des élections législatives ont lieu rapidement. Cette événementialité politique peut très probablement aboutir à la tenue d’un nouveau scrutin législatif vers le début février 2015.

Et pour l’instant, tout le monde le sait en Grèce, comme à travers les capitales européennes, que c’est SYRIZA qui arriverait en tête, sans effectivement pouvoir déterminer la portée exacte d’une telle victoire, et encore moins, pronostiquer clairement sur les circonstances d’après lesquelles SYRIZA gouvernerait alors seul, ou sinon, en formant une coalition (et avec qui ?).

Le calcul... de Samarás et de la Troïka tiendrait vraisemblablement du jeu d’échecs: sans doute qu’un probable gouvernement SYRIZA formé en février 2015, se retrouverait et cela en quelques jours seulement sans soutien financier, surtout à défaut d'un accord conclu entre lui et les “créanciers” dits “institutionnels”.

En cas d'urgence brisez la vitre. Quotidien des Rédacteurs, 29 décembre

Le... manque immédiat s’élèverait alors d’après la presse grecque du moment à environ 13 milliards d'euros, tandis qu’en parallèle, les... marchés des capitaux resteraient toujours fermés pour Grèce. La décision de l'Eurogroupe (de ce décembre) marque singulièrement le report de la négociation, concernant la dite cinquième et supposée dernière évaluation de la Grèce, à un moment ultérieur (mais provoqué), où le paysage politique à Athènes deviendrait plus clair. En d'autres termes, les maîtres du jeu “souhaiteraient” se retrouver face à un gouvernement de gauche certes, mais alors, embourbé dans une situation de faiblesse économique et donc politique sans précédant. D’après l’analyse présumée de la Troïka, cette dernière s’y retrouverait finalement, car elle serait en position de force. Calcul risqué ou alors risque bien calculé ?

Campement... habité près de l'hôpital. Athènes, le 10 décembre

La période de la campagne électorale a été lancée officieusement, marquée déjà par une première victoire de SYRIZA, mais une victoire essentiellement portée par Níkos Romanós et par la mobilisation résistante. Cette campagne sera de toute manière ardue, et personne ne peut prédire les évolutions de la situation durant les prochaines semaines.

Ce qui est avéré, tient déjà de la polarisation et de l’usage instrumentalisée de la peur de la part des... coalisés d’Antonis Samaras. L'argument central de Samarás trouve son assise déjà dans la (supposée ?) difficulté de parvenir à un bon accord avec les créanciers, en raison de l'incertitude politique, synonyme à leurs yeux d’une victoire électorale potentielle de SYRIZA.

La vie vient cependant de remporter une victoire bien fragile sur la mort ce mercredi. Rien de définitif évidemment. Et à Athènes c’est toujours la pluie qui domine à la destinée du temps... et du campement... habité près de l'hôpital où Níkos Romanós entreprend son retour à la vie. La nôtre.

Gâteaux des fêtes, 200 grammes. Le 10 décembre

Un pope (prêtre), Chrístos Zarkadoúlas a publié une lettre émouvante ce même mercredi: “Aujourd'hui Nikos Romanos ne demande pas à être un privilégié, mais tout simplement l’équité. Il lutte pour qu’on lui accorde les droits que d'autres prisonniers ayant pu commettre des crimes terribles ont obtenu, et qu’ils ne doivent pas les perdre. En réponse, les serviteurs de l'État bourgeois (sic) montrent leurs canines à Nikos, pour que nous puissions les discerner nous aussi. Ils l’assassinent pour nous terroriser. Ce crime nous pouvons et nous devons l’arrêter. La solidarité envers Níkos Romanós et envers sa lutte n’est pas un droit, c’est le devoir de tous ceux qui veulent encore appartenir à l’humanité”. On dirait que ce prêtre de Karavómylos (en Grèce centrale) a été entendu, déjà par les hommes.

Regard d'ailleurs. Athènes, le 10 décembre

De retour de l’hôpital nous avons acheté quelques gâteaux de Noël, 200 grammes car à 16 euros le kilo... le greekcrisis ne supportera pas trop de sucre ! Ainsi, et sous un certain regard bien d'ailleurs notre seule fête de fin d’année a déjà eu lieu.

Sur les murs d’Athènes les consciences brillent plus que jamais, sous la pluie. Athènes temps gris, mais temps résistant.

Athènes, le 10 décembre




* Photo de couverture: Camarades de Níkos Romanós devant l'hôpital. Athènes, le 10 décembre

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