Thursday, 18 December 2014

Épouvantails épouvantés/Terrified scarecrows



C’est décidément l’ère des épouvantails et des épouvantés. XXIe siècle. Style nouveau et totalitarisme collatéral. Et voilà que l’élection cosmétique du nouveau Président de la République dans la colonie grecque, redevient une affaire importante pour les affaires de notre monde inédit.

L'imaginaire de Noël court les rues. Athènes, décembre 2014

Vente libre... de sapins. Athènes, décembre 2014

Même le Commissaire Moscovici s’est rendu récemment à Athènes, nous expliquant combien il serait... dangereux d’en arriver à l’organisation de nouvelles élections législatives, si au bout de trois tours de scrutin à l’Assemblée, l’ex-Commissaire UE Dimas (ou sinon, un autre du même sérail autocrate), n’accède alors pas au poste cosmétique. Dangereux bien entendu, pour les intérêts des bureaucraties managériales et celles des spéculateurs, néanmoins gouvernants réels jamais élus, pour lesquelles Moscovici travaille d’arrache-pied, à l’instar de l’ensemble de la Commission européenne.

L'imaginaire de Noël chez nous étant déjà assez impotent, il court donc les rues d’Athènes en ce décembre 2014, tandis que les promoteurs de l’imaginaire de l’Euroland, courent alors... les capitales et ils feront sûrement tout, pour dissuader les Grecs, les Français, les Italiens, les Espagnols et les... autres sujets, d'abuser des dernières substances des libertés restées partielles, défensives. Une autonomie de survie minimale au sein de notre régime globalement (et... globalisant) hétéronome, celui d’oligarchie libérale (Cornelius Castoriadis, entre autres: “La montée de l'insignifiance”).

Au théâtre “Rent”, pièce de Jonathan Larson. Athènes, décembre 2014

Pour faire bref et autant... de saison, au théâtre athénien pratiquement sans interruption depuis 2010, année inaugurale de notre nouveau... calendrier Holocène de l’avènement de la Troïka, la pièce “Rent”, une comédie musicale américaine de Jonathan Larson basée sur l'opéra de Puccini La Bohème est représentée au succès assuré. Son histoire est celle d'un groupe de jeunes artistes paupérisés tentant de survivre dans l'Alphabet City de New York sous l'ombre du sida (remplaçant la tuberculose de l'opéra originel).

Pour faire autant court, au premier tour du scrutin parmi les parlementaires, le candidat (d’ailleurs unique) du directoire de l’UE présenté par le lugubre Samaras a obtenu 160 voix. Il va falloir donc “convaincre” une vingtaine de députés de plus pour arriver à faire élire le Commissaire lors du troisième vote, fixé pour le 29 décembre. Logiquement c’est fort improbable, sauf que la propagande y va énergiquement, accompagnée du chantage, des menaces et des... tarifs à la hauteur. Une députée du parti des Grecs Indépendants (droite anti-mémorandum), prétend que depuis... le comptoir du parti de Samarás, on lui aurait proposé deux millions d’euros pour ainsi changer d’avis. Invérifiable pour l’instant.

Appel à la “Resistance et à l'Auto-organisation” dans un quartier d'Athènes. Décembre 2014

Et pour parfaire ce nouveau Coup d’État, mais en réalité permanant, le spectre du chaos et son épouvantail sont... de toutes les déclarations à Berlin comme à Bruxelles, en passant par Athènes. La “gouvernance économique” n’a plus de temps à perdre, d’où l’abandon même, des derniers prétextes démocratiques.

Cette pratique des constitutions économiques est devenue désormais dominante à travers la crise de la dette qui sévit dans de nombreux pays. Elle constitue donc un objet politique en débat. On l’a vu tout récemment quand de nombreux Grecs se sont indignés des déclarations de M. Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission Européenne. Ce dernier avait, assez clairement, signifié sa préférence pour un gouvernement conservateur en Grèce, alors que se préparent d’importantes élections générales. L’incident est éclairant de la dérive que le droit a connue dans les institutions européennes depuis 15 ans.”, écrit alors à ce propos Jacques Sapir sur son blog. Hélas je crois, c’est bien plus grave et plus préoccupant.

Notre régime au penchant libéral-totalitaire (libéral-autoritaire du temps de Cornelius Castoriadis), est en pleine construction déjà, et cela urgemment. La méta-société de demain (matin !), et la mécanique de l’euro ne sont que le premier socle de l’expérimentation d’une monnaie arbitrairement économique et forcement politique et symbolique. L’euro est alors le fer de lance de la mondialisation parachevée, grand formateur des mentalités et des imaginaires aboutissant à l’Euroland et subséquemment, à la “gouvernance mondiale” en pleine gestation.

La Bundesbank... indique le chemin à ne pas suivre pour l’Espagne. Décembre 2014

Pour les... sophistes accompagnateurs des promoteurs de l’Euroland et de l’au-delà alors global, “la crise que nous traversons n'est pas juste une crise économique conjoncturelle ; c'est une crise que nous avons, depuis l'origine, identifiée comme historique. En février 2006, nous l'avons caractérisée comme remettant en cause le monde tel qu'il avait été conçu au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Mais assez vite, nous nous sommes aperçus que nous étions sur une remise en question du monde européen qui s'est inventé à la Renaissance avec les grandes découvertes, il y a plus de 500 ans”.

En réalité, nous sommes en train de sortir d'une ère de cinq siècles ‘européens’ (y compris dans ses avatars nord-américains ou soviétiques) pour passer à un monde multipolaire. Ce processus est en cours depuis une vingtaine d'années, mais nous vivons actuellement les dernières phases de réalisation de cette multipolarisation, avec sa cohorte de difficultés liées notamment à l'intégration de cette nouvelle réalité dans les institutions de la gouvernance mondiale”, (Marie-Hélène Caillol, “Un paysage politico-institutionnel européen et mondial possible - La crise systémique globale comme fabrique du monde de demain” in “Une journée en 2053 - Actes de l'Université d'été 2013 de GS1 à l'occasion des 40 ans du code à barres”, document téléchargeable) .

Cette évolution est déjà en cours: c'est la BCE et l'Eurogroupe qui prennent les décisions importantes concernant la zone Euro, zone Euro qui est le groupe d'États européens liés par le plus fort degré d'intégration, pour lesquels donc il est le plus impérieux de mettre en œuvre un cadre efficace de résolution des problèmes et d'orientation stratégique. L'Euro a de facto créé un nouveau ‘souverain’, l'Euroland, d'ores et déjà doté d'un embryon d'architecture institutionnelle (une banque centrale, un mécanisme exécutif, etc.) qu'il reste à compléter et à démocratiser.”, (“Quelle Europe en 2053 ?”, ibid.).

Le “Monde Nouveau”, presse grecque, décembre 2014

On comprendra alors mieux l’importance constitutive pour les oligarques promoteurs, qu’alors requiert “l'irréversibilité” de la zone euro, même si certains d’entre eux estiment qu’une sortie provisoire de la... brebis grecque, serait plutôt envisageable.

L’euro n’est pas une monnaie, et encore moins une monnaie commune, c’est une arme de destruction massive de l’espace public restant, et “d'individus périssables et substituables vivant sur tel territoire” (Cornelius Castoriadis) participant à sa manière, à la gestation inventée et intensionnelle du... “Monde nouveau”. Plus encore, l’euro participe au nouvel imaginaire appartenant au type anthropologique que le capitalisme méta-schumpétérien impose déjà.

Pour Jacques Sapir, “Le terme est inconnu du grand public, et pourtant la notion de constitution économique est aujourd’hui très présente. C’est elle qui est à l’œuvre dans les divers traités qui organisent désormais le fonctionnement de l’UE. Une constitution économique consiste en un cadre de lois et de règles que l’on prétend mettre hors d’atteinte du pouvoir légitime, qu’il s’agisse de celui du législateur ou de celui du gouvernement. On comprend bien où l’on veut en venir: n’ayant pu imposer un traité constitutionnel, en raison de son rejet par les peuples français et néerlandais, on a décidé de tourner la difficulté et d’imposer une constitution économique sous le couvert d’une nécessité technique. Telle est la nature des différents traités organisant désormais les pratiques budgétaires des États membres de l’UE. Ce faisant, néanmoins, on a opéré un pivotement fondamental de l’UE, et l’on est sorti des limites strictes de ce que l’on appelle la démocratie.”, op.cit.

Temple d'Ártemis inondé. Vravróna en Attique, décembre 2014

En ce décembre 2014, le temple d'Ártemis à Vravróna en Attique a été inondé, tandis que dans une interview accordée à Reuters (18/12), Alexis Tsípras déclare que “SYRIZA annulera les politiques d'austérité décidées par le gouvernement actuel, et il va négocier avec les créanciers, la possibilité d’un allégement de la dette, sans prendre de mesures unilatérales. Son engagement sera de maintenir la Grèce dans la zone euro, mais l'Europe devrait réduire ou supprimer une part de la dette grecque”. Sans autre commentaire, hormis ce simple rappel: Les politiques d’austérité sont consubstantielles à l’euro !

Pourtant, en lisant les articles publiés sur le site internet iskra.gr, celui de la “Mouvance gauche” au sein de SYRIZA, il est question d’Eurototalitarisme, entre autres. On en déduira deux choses: Premièrement, c’est ainsi que SYRIZA ne perdra pas son électorat situé le plus à gauche et qui est le plus lucide, s’agissant des réalités concrètes de l’Euroland, et ensuite, que certaines dynamiques potentiellement “hors prévisions météo Troïka” pourraient alors survenir.

Colloque: “Le littoral aux Municipalités” - à gauche Kóstas Merkourákis. Voúla, le 13 décembre

Les élections sont désormais très probables, et dans pareil cas de figure la percée de SYRIZA semble acquise. Samedi et dimanche, 13 et 14 décembre, la Région d’Attique, conjointement avec la Municipalité de Voúla - Várkiza - Vouliagméni, ont organisé un colloque sur le thème: le sort du littoral Sud d’Attique (Athènes métropolitaine). Depuis quelques mois en effet, la “gouvernance” Samarás a mis en place une société anonyme à l’appellation de: “Front littoral d'Attique” dont l’État est (pour l’instant) le seul actionnaire.

Toute la bande littorale allant du Pirée au Cap Sounion, passent alors sous la “gérance” de cette nouvelle structure laquelle d’après ses représentants “n'a pas le droit de vendre, seulement de louer, aux investisseurs potentiels et pour une durée maximale de 99 ans”. L’ambiance lors du colloque était très tendue, entre ceux du gouvernement, représentants du “Front littoral d'Attique” compris, et les élus locaux, régionaux et nationaux appartenant à SYRIZA. “Nous allons voir ce que vous ferez en... nouveaux rapaces” criaient ceux de la vielle droite. “La fin pour vous, c'est dans deux mois” ont alors répliqué ceux de SYRIZA. Atmosphère.

Plus sérieusement, Kóstas Merkourákis, Conseiller municipal (SYRIZA) à Paleó Fáliro, s’est insurgé contre la société “Front littoral d'Attique” déplorant de fait l’absence des medias internationaux, “ils ne s'intéressent pas à cette affaire, si importante”. De son côté, Dionissis Hatzidakis, maire très populaire de Paleó Fáliro et aux dires de tous très actif, issu de la Nouvelle démocratie, siège au Conseil d’Administration de cette même société, et ainsi, il se déclare “garant du caractère ouvert du littoral et de la promesse, qu'aucune vente n'aura lieu”. Avenir alors laborieux.

Réna Doúrou (SYRIZA), Présidente de la Région Attique. Colloque: “Le littoral aux Municipalités”, le 13 décembre

Yórgos Vláchos, député Nouvelle démocratie. Colloque: “Le littoral aux Municipalités”, le 13 décembre

Du côté du littoral Sud et comme ailleurs en Attique, on se... préoccupe en ce décembre des animaux adespotes (sans maître), organisant le traditionnel marché... improvisé en leur faveur. Êtres certainement périssables et substituables vivant sur tel territoire... à adopter. La politique autrement !

Les kiwis... solidaires. Athènes, le 18 décembre

Le voisin Chrístos... chômeur perpétuel, de son côté politique... vient d’apporter de kiwis solidaires: “C'est la mairie qui en assure la distribution, une quantité provenant des invendus depuis l'embargo russe, cela tombe bien par les temps qui courent en Grèce... car tout le monde est constipé”.

La Grèce, son type anthropologique... serré, et le capitalisme méta-schumpétérien, plus les kiwis. Temps certainement nouveaux.

Êtres certainement périssables vivant sur tel territoire... à adopter. Athènes, décembre 2014




* Photo de couverture: Presse grecque, décembre 2012.

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