Wednesday, 31 December 2014

Bonne année, liberté/Happy New Year, freedom



L’année 2014 s’achève. Son bilan est lourd, seulement, c’est bientôt l’heure des comptes. Élections législatives à la date du 25 janvier. Tournure prévisible. Comme le souligne autant Jacques Sapir dans son blog: “Elle vient aussi solder une politique inhumaine imposé par ce même Samaras aux ordres de la ‘Troïka’, soit, rappelons le la Banque Centrale européenne, la Commission Européenne et le FMI. Elle solde de plus une politique des faux-semblants de ce gouvernement aux ordres, qui n’a ni rétabli les finances publiques (une partie des ressources fiscales sont ‘fictives’ car la population n’a plus les moyens de les payer) ni provoqué un retour de la croissance”. En ce sens enfin, oui... “Bonne année 2015”.

Place de la Constitution. Athènes, le 30 décembre

Sur la place de la Constitution, les dernières cameras ont été alors rangées sous la pluie neigeuse. Fin de la législature d’opérette, celle aux Mémoranda rédigés en anglais que les “élus” adoptent sans les lire, aux projets de lois et autres ordonnances... ordonnés par emails depuis l’électronique Troïkanne ou sinon, imposés par la clique des magnats locaux (médias, BTP entre autres), lesquels d’ailleurs financent et font élire Samaras, Venizélos et tant d’autres... “parasites” biopolitiques.

Soir du réveillon. Dans nos appartements il fait toujours froid et dans les supermarchés l’affluence n’a rien de commun avec la situation de l’avant-crise. “L’effondrement du PIB est réellement spectaculaire et implique un appauvrissement d’une grande part de la population. Mais il y a pire. Si l’on regarde l’investissement, que ce soit calculé en pourcentage du PIB ou calculé en euros constants, on constate un effondrement spectaculaire. En valeur, nous sommes en 2014 à 64% de la valeur des investissements de 1999. Cet effondrement, qui va bien au-delà d’une correction par rapport aux années 2000, marquée par les dépenses liées aux Jeux Olympiques, a plusieurs implications. Tout d’abord une destruction du capital par non-renouvellement, qui va poser un problème redoutable à la Grèce dans les années à venir”, note encore, l’économiste Jacques Sapir.

La jeunesse vivra de manière libre. Athènes, décembre 2014

Place de la Constitution. Athènes, le 30 décembre

Vue d’en bas, et au-delà de macroéconomie, la représentation hiérarchisée de l'économie, articulée entre les agents via des flux ne s’y trompe plus. Le bilan est lourd, à titre d’exemple seulement, mon cousin Kóstas s’est suicidé en janvier 2014 tandis que mon autre cousin Sotíris, est décédé à l’hôpital en mai 2014, suite à la pénurie de personnel sciemment organisée et imposée par la Troïka (elle oblige la Grèce à ne pas consacrer plus que 6% de son budget à la Santé, tandis que 25% de la population se trouve... hors Sécurité Sociale déjà), et par les politiques dites d’austérité.

En ce sens, Samaras, Venizélos, Moscovici (entre autres, parmi les piètres politiciens du continent mourant et autant... excellents eurocrates), devront un jour être jugés pour ainsi établir avec exactitude l’implication qui est la leur dans ces crimes.

Car la dite “austérité”, consiste à pratiquer une politique délibérée de génocide économiquement appliqué, la fin des droits démocratiques, plus une rhétorique réactionnaire... alors très tangible.

Kiosque athénien au 30 décembre

Nous le savons fort bien, et Cornelius Castoriadis ne cessaient que de le répéter: “Ces droits et ces libertés n’ont pas surgi avec le capitalisme, ni n’ont été octroyés par celui-ci. Revendiqués au départ par la proto-bourgeoisie des communes dès le Xe siècle, ils ont été arrachés, conquis, imposés par des luttes séculaires du peuple (dans lesquelles un rôle important a été joué non seulement par les couches défavorisées, mais très souvent aussi par la petite bourgeoisie). Ensuite, ce ne sont pas ces droits et ces libertés qui correspondent à l’esprit du capitalisme: celui-ci exige plutôt la ‘one best way’ de Taylor ou la ‘cage de fer’ de Max Weber. L’idée qu’ils seraient le pendant et la présupposition politique de la concurrence sur le marché économique est également fausse ; celui-ci n’est qu’un moment, ni spontané (voir Polanyi) ni permanent, du capitalisme”. (“La démocratie comme procédure et comme régime”, in “La montée de l'insignifiance” 1996).

La Troïka est donc là et le grand hôtel (et casino) Porto Carras (région de Chalkidiki au Nord de la Grèce) vient de licencier 46 employés de son hôtel, 78 licenciements au total depuis le 28 novembre. D’après le reportage disponible, au la date du 15 décembre, le patron de l’entreprise Stégkos, a licencié aussi dix employés du casino, à cause de leur refus de signer de contrats individuels pour 3 mois de travail et en plus par rotation. Sur les dix travailleurs ainsi mis à pied, cinq sont membres du syndicat. L’homme d'affaires Stégkos s’appuie sur les lois du mémorandum pour ce qui est de la “possibilité offerte” de licencier en masse, et cela, pour une deuxième fois dans une action arbitraire, jetant les travailleurs ayant servi durant des années dans la rue, qui plus est, pendant les fêtes de fin d’année.

Le lugubre Samarás. Quotidien des Rédacteurs, le 30 décembre

La presse non inféodé, qualifie à juste titre ces agissement ainsi que les conditions de travail qui prévalent dans Porto Carras l'hôtel de médiévaux, les mêmes sources rapportent que depuis l'administration de l’hôtel, des employés syndiqués ont été joints par téléphone, les sommant ainsi par chantage de signer jusqu'à 15 heures (de la même journée) une attestation sur honneur, mentionnant expressément leur démission du syndicat, autrement, ils seraient mis à pied. Le syndicat de son côté, dénonce ces agissements et annonce qu’il utilisera tous les moyens légaux (restants) pour protéger les droits des travailleurs, (reportages du 31 décembre 2014). Nos touristes si possible responsables, devraient alors se renseigner, autant que faire se peut, avant d’opter pour certaines... offres hôtelières.

La leçon... grecque. Athènes, décembre 2014

Tel est alors le sens de la leçon... grecque du moment et du futur, car le programme de SYRIZA prévoit l’abrogation des lois mémorandaires, ces dites “réformes structurelles à poursuivre” si chères aux journalistes mainstream (90% du métier, devenu cosmétique), et aux politiciens-marionnettes et j’en passe. Le... programme grec (et européiste) vise alors la suppression de ces droits et de ces libertés qui n’ont pas surgi avec le capitalisme, ni n’ont été octroyés par celui-ci.

Or, il est clair, comme le souligne encore Jacques Sapir de son côté: “ce programme est contradictoire avec les règles européennes. Il ne faut pas s’en étonner. Aujourd’hui, 52% des grecs interrogés considèrent qu’ils se sentent plutôt étrangers aux idéaux européens. Dans ce sondage, réalisé par l’institut Gallup International, 52% des personnes interrogées considèrent qu’il serait préférable de retourner à la monnaie nationale (la Drachme) et seulement 32% considèrent qu’il faudrait conserver l’Euro. C’est un point important, et il est clair que les résultats de ce sondage sont intégrés par les diverses forces politiques grecques. Il entrainera une dynamique tant économique que politique mettant à mal les structures européennes qui imposent aux peuples cette politique d’austérité, et en premier lieu, l’Euro.” C’est en ce sens alors qu’enfin, 2015 peut-être une bonne année, bonne et évidemment très laborieuse. Déjà, et au 31 décembre, les dernières (en date) déclarations du lugubre Samarás insistent sur la “banqueroute de la Grèce programmée par SYRIZA”.

Demeure... d'un sans-abri. Athènes, le 30 décembre

La peur devient la (presque dernière et ultime arme) de la gouvernance Samarás - UE, avant éventuellement (?) le trucage des résultats électoraux. Mardi 30 décembre, Aléxis Tsípras a mis en garde la bande de Samaras, justement quant à un éventuel “remodelage” des résultats électoraux et pour ce qui serait alors probable, à savoir, la “disparition” de certaines pièces et archives administratives - notamment relatives aux échanges entre le “gouvernement grec” et les maîtres troïkans.

C’est pourtant par le Journal officiel daté du 29 décembre 2014, que nous apprenons certaines “modifications” s’agissant des nouvelles prérogatives accordées par le vice-ministre des Finances Mavragánis, à Stélios Stassinópoulos, Secrétaire spécial de l’office administrant la Brigade financière grecque (SDOE), alors, le droit est explicitement accordé à ce dernier “de conserver ou détruire les documents” (sic) de son office.

D’après le reportage du quotidien Avgí, “ce proche et confident du Premier ministre et ancien percepteur des Impôts au département de Messénie (celui de Samaras), sera donc en mesure de détruire tous les documents et décisions, pouvant causer des problèmes au gouvernement sortant et à Samarás lui-même”. Comme par exemple, les documents liés à la dite “liste Lagarde”, ou ceux, relatifs aux escroqueries avérées des amis et piliers du système, entre magnats de la presse et rois du BTP.

D’après certains médias (radio 105,5 FM, décembre 2014), ces entrepreneurs auraient transféré sur leurs comptes privés à l’étranger, de sommes à peu près égales à 10 milliards d’euros, tandis qu’au même moment, des prêts octroyés par les banques à ces mêmes entrepreneurs (en milliards d’euros) sont alors paradoxalement “oubliés” (autant que les impôts ou cotisations non versés), lorsque les... petits Grecs se font saisir leurs biens immobiliers pour un... rien.

Vitrine... passéiste. Athènes, décembre 2014

Or, en 2015, un lent et douloureux renversement devient enfin possible. C’est tout le sens que je donne à mes vœux pour la nouvelle année. Pour la Grèce et autant pour le reste de l’Europe. Et je suis d’accord avec Jacques Sapir lorsqu’il estime que “ce qui se joue en Grèce aura des répercussions dans toute l’Europe, et en France en particulier. Elles peuvent être positives, si la lutte s’engage entre les peuples et les institutions européennes. Elles peuvent être aussi négatives dans le cas d’une nouvelle trahison. Car, ce qui se profile derrière la Grèce, c’est le problème de l’Italie et de l’Espagne. Oui, l’avenir de l’Europe et de la démocratie se jouera à Athènes, ce qui sera hautement symbolique.

J’avais déjà écrit cela en juin 2012, lors des dernières élections législatives grecques. Ce qui est certain, tient somme toute des consciences car elles évoluent. Pour preuve, cette photo que je viens de recevoir par un ami et ami du blog, de passage par Lisbonne. Pour preuve aussi, cette autre photo, faisant état de la lutte des employés du secteur libraire s’opposant à l’ouverture des enseignes le dimanche, sujet à la mode mémorandaire et pas qu’en Grèce.

Lisbonne, décembre 2014

Athènes, décembre 2014

2015 sera aussi la quatrième année de ce blog greekcrisis que j’ai initié en 2011, dans l’adversité je dois dire. C’est alors essentiellement grâce à son lectorat et grâce aux donations que cette aventure se poursuit. Grâce à vous. Jusqu’ à quand je ne sais pas...

L'année au bilan si lourd s'achève sur fond d'incertitudes mais voilà que l’espoir, travaillé et actif est en train de revivre. “Il faut choisir: se reposer ou être libre”, affirmait souvent Cornelius Castoriadis, citant Thucydide et Périclès.

2015, alors bonne année et liberté.

En Attique, 2014




* Photo de couverture: Nouvelle année !

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