Thursday, 15 January 2015

Grippe espagnole/Spanish flu



L’effondrement de l’effronté Antónis Samarás serait alors une affaire en cours. Une chute dont l’ampleur demeure certes pour l’instant insondable ; seulement, nous l’attendons avec grande impatience. Et à en croire les langues trop bavardes au sein de son parti, l’antique... Nouvelle démocratie, l’avenir politique du Premier ministre serait sujet même à caution. C’est ainsi que son ami politique à la confrérie des... “Aristaustaires” Mariano Rajoy, président du gouvernement d’Espagne, est venu le soutenir à Athènes mercredi 14 janvier. Une ultime visite, devant une mort politique programmée.

Antónis Samarás et Mariano Rajoy. Athènes, le 14 janvier

Peine perdue et à la Nouvelle démocratie c’est alors le vertige. Son avant-dernier spot télévisé montrant Samarás entouré de jeunes, en vieux paternaliste, connaisseur supposé de foot et alors surtout, porteur du message adressé aux jeunes, mais à transmette à leurs parents, n’a pas su convaincre. D'ailleurs, sa caricature sur internet en a fait rire plus d'un !

Il y a de quoi. “Nous avons tout mis en œuvre pour que 100.000 jeunes ne puissent pas exercer leur droit de vote. La Nouvelle démocratie ne fait jeu commun avec les jeunes que dans les spots télévisés”, telle est la paraphrase parmi les plus cruelles pour le camp du Samaritisme qui circulent en ce moment. Car la toute dernière vérité est autant cruelle: plus de 100.000 jeunes ne pourront pas exercer leur droit de vote lors des législatives du 25 janvier, pourtant, ils ont déjà 18 ans.

Ainsi, l’administration du Ministère de l’intérieur, et cela en dépit de nombreuses questions posées au “Parlement” depuis septembre 2014, n’a pas voulu résoudre ce problème, qualifié de “technique”, abandonnant ces nouveaux citoyens... au futur citoyen. Leurs inscriptions sur les listes électorales se feront donc seulement ensuite, entre février et mars. Par calcul politique certainement, étant donné que les très jeunes électeurs votent le plus souvent, SYRIZA... ou Aube dorée.

Plus de 100.000 jeunes ne voteront pas. Internet grec, janvier 2015

Cette campagne électorale est bien la plus courte et la plus dense, de (presque) toute l’histoire parlementaire grecque de l’après Guerre civile (1949). Elle est également la plus décisive. On sait, et on flaire déjà la lame de fond SYRIZA à Athènes, phénomène observé d’une manière moins patente du côté des terroirs. Et quant aux sondages, donnant tous SYRIZA gagnant mais de manière fort différente pour ce qui est du score, ils incarnent au mieux les tendances, et autant parfois les besoins en communication de ceux qui les commandent. Donc attentisme et aussi prudence.

Une autre affiche... toujours humoristique, suggère aux électeurs d’éviter le choix Samarás et Venizélos. “Si vous votez pour l'un, vous recevrez certainement l'autre en cadeau”, le message est clair. Sauf que la profusion des similitudes et des parentés de ce genre sont bien plus considérables. C’est pour cette raison que le chef du parti de la Gauche radicale, a tenu clarifier cette semaine sa position quant aux coalitions possibles et particulièrement impossibles: “Si le cas se présente par la force des choses, SYRIZA se refusera de former un gouvernement s’alliant aux formations politiques constituées à partir d’un matériel obsolète, c’est à dire: la Nouvelle démocratie, le PASOK, ainsi que les deux nouveaux partis, la ‘Rivière’ (To Potami) de Stávros Theodorákis et le récent mouvement séparatiste du PASOK de Yórgos Papandréou. Et en ce qui concerne le parti de la Gauche démocratique, nous verrons après les élections ce qui pourrait être fait de concert”.

Aléxis Tsípras a essentiellement dit aux électeurs ceci: si l’on aspire vraiment au changement, alors on devra voter massivement pour SYRIZA et ainsi, lui permettre de gouverner seul. En réalité, c’est précisent cette forte probabilité qu’en ce moment, progresse (incontestablement ou pas suffisamment) dans l’opinion, laquelle se cristallise à marche forcée à dix jours du vote.

Si vous votez pour l'un... Affiche en 2015

Au même moment les dernières déclarations d’Antonis Samaras sur l’immigration et sur SYRIZA, en exploitation trop rapide (et ratée) du terrible assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, ainsi que de sa participation à la marche des officiels hypocrites à Paris, ont inévitablement inspiré les caricaturistes de la presse grecque, surtout de gauche, à l’instar du “Quotidien des Rédacteurs” avec son... dessin de “Caméléon-Samarás”. Et dans un autre dessin inspiré du célèbre instantané européen de mars 1945 à Berlin, le très jeune “combattant Samarás” s’adresse alors à... son chef: “Chef, nous manquons de peu pour reprendre nos villes des immigrés clandestins”. La réponse du chef demeure alors... historiquement éprouvée: “Bravo mon fils ! Tu es sur la bonne voie!”.

Chef, nous manquons de peu, pour reprendre nos villes. “Quotidien des Rédacteurs” du 12 janvier

La célèbre photo de mars 1945 à Berlin

Antónis Samarás et son... caméléon. “Quotidien des Rédacteurs” du 14 janvier

De son côté, l’ultime Samarisme du moment, use et abuse des derniers pétards mouillés en stéréotypes et autres lieux trop communs au pays réel... mais de jadis. Samarás et les siens poursuivent alors une campagne électorale dans la lignée ainsi que dans la sémantique du vieux triptyque idéologique: “Patrie - Religion - Famille”, cristallisé entre la fin du XIXe siècle et les années 1930, avant d’être... normalisé par l’État de la droite triomphante (et accablante) de l’après Guerre civile (1949) et surtout, par les Colonels dictateurs (1967-1974).

Comme la peur du Grexit n’a pas fonctionné, voilà que Samaras met désormais en garde les “bons pères de famille quant au péril SYRIZA, lequel aussitôt accédant au pouvoir, il va destituer les icones des murs de notre administration publique et combattre notre orthodoxie”, voilà pour l’essentiel de la “menace” lorsqu’on sait déjà que l’État grec n’est pas... tout à fait laïque. Un candidat à la députation Nouvelle démocratie a même confondu le symbole du Saint-Esprit... avec l’oiseau stylisé de Twitter, reproduit par SYRIZA pour les besoins de l’échange organisé mercredi 14 janvier entre Aléxis Tsípras et la large... poly-ethnie des twiteurs. Le candidat... trop inspiré, insiste sur ce “blasphème” par allusion au Saint-Esprit, la presse en rit et en plus, l’échange Twitter d’Aléxis Tsípras a été un succès.

Aléxis Tsípras sur Twitter. Le 14 janvier

Le ridicule ne tue pas, hormis celui de la politique d’Antónis Samarás et de Mariano Rajoy. La grippe saisonnière tue déjà davantage cette année que par le passé, conséquence de la dégradation volontaire et pour tout dire criminelle du système de Santé. Et quant à la “grippe espagnole” du XXIe siècle, elle se dénomme austérité, ce qui reste encore un euphémisme manipulateur appartenant au vocabulaire de la novlangue imposée par les élites financieristes, et par leurs valets politiciens, devenus comme on sait tout d’un coup “Charlie”, pour ainsi faire mieux passer la pilule en cours, ainsi que toutes celles qui vont suivre.

Les circonstances particulières de l'époque (1917-1918): mauvaises conditions sanitaires, populations affaiblies, ont évidemment favorisé la circulation du virus de la grippe espagnole d’alors, comme aujourd’hui d’ailleurs, sauf que dans notre cas, il s’agit d’un crime caractériel et caractéristique de la politique appliquée, c’est à dire de la guerre faite contre les sociétés.

Politiciens et grands médias à l'œuvre. “Quotidien des Rédacteurs” du 13 janvier

Hôpital à Athènes, 2014

Aucun domaine n’est épargné. Éducation, Travail, Retraites, Santé. Un médecin racontait de ce fait récemment (radio 105,5, le 14 janvier), combien la suppression de la couverture Santé pour plus du quart de la population du pays (3.068.000 citoyens, 12ème Congrès “Health World” en septembre 2013), prive par exemple les malades souffrant de leucémie de leur traitement. Ce sont alors d’autres citoyens souffrant du même cancer, qui ont décidé d’offrir une portion de leurs médicaments afin de constituer une réserve destinée aux exclus du système.

D’après les données disponibles (entre autres rendues publiques par les médecins résistants et solidaires du Centre médical gratuit à Ellinikón, près d’Athènes, suite à une idée du cardiologue Yórgos Vichas), le budget de la Santé publique en Grèce a subi une amputation de 48% depuis 2009, près de 3.000 médecins ont été obligés de quitter le système de Santé tandis que 6.000 médecins exercent ces dernières années... en Métropole (Allemagne), loin des catastrophes que frappent alors l’indigénat européen.

Au Centre médical solidaire à Ellinikón, 2014

Allégorie saisissante. Soins pour (nos) animaux adespotes. Municipalité d'Athènes, janvier 2015

Andreas Lovérdos, Ministre (PASOK) de la Santé, 2010 - 2012

Ainsi, à titre d’exemple, l’Hôpital public de la ville d’Heráklion en Crète, faisant face aux besoins d’une population de 200.000 habitants, manque entièrement de certains praticiens spécialistes: gynécologues, dermatologues, chirurgiens généralistes et neurologues, tandis que l’Hôpital toujours public de la ville d’Edessa (Nord de la Grèce), fonctionne (?) avec dix médecins seulement, au lieu de quarante avant la “réforme” introduite depuis 2010 par nos ministres intégristes du financierisme, parmi eux, le “socialiste” Lovérdos, il avait même déclaré aux medias (2011) que “les gens vieux en plus... (ils) ne meurent pas, ils vivent longtemps après leur retraite”. Bonne blague... et de bonne guerre.

Et quant aux promesses faites par les ministres de la Santé successifs du gouvernement Samarás, Georgiádis et Vorídis, pour ce qui serait de la prétendue future prise en charge des soins au bénéfice des non-assurés, rien n’a été concrètement mis en place. Notons que ces deux ministres sont directement issus des rangs de l’extrême-droite historique. Ainsi, Vorídis avait été Secrétaire générale de la jeunesse E.P.EN., parti, qui a été fondé par le chef des anciens Colonels-dictateurs Yórgos Papadópoulos depuis sa prison, Vorídis est resté à ce poste jusqu'en 1990... et, il avait remplacé son prédécesseur après démission, qui n’est autre, que l’actuel chef de l’Aube dorée Nikos Michaloliákos, aujourd'hui incarcéré.

Sépulture de mon cousin Kóstas, suicidé en janvier 2014

Pour ainsi dire, et pour faire un peu dans ma propre microhistoire, si durement éclairante des caractéristiques du monde qui m’entoure, je dois rappeler le sort de mon cousin Sotíris, décédé à l’hôpital public de l’île de Rhodes par manque de personnel, c’était le 8 mai 2014. Puis, dans un univers... alors fort parallèle de celui de Sotíris (Sotère) qui n’a pas été sauvé, Kóstas mon autre cousin, s’est suicidé à Athènes, suite à la faillite de son commerce, il y a tout juste un an. Cette politique est donc la continuation de la guerre par d'autres moyens pour paraphraser le célèbre général prussien des guerres napoléoniennes.

Ainsi va la vie, et des journalistes du très vaste monde arrivent par milliers cette semaine à Athènes, motivés par le caractère crucial des élections grecques. L’aventure y est, le crime en cours en plus. Car nous sommes très nombreux en Grèce (et ailleurs) à vouloir conduire ces responsables politiques devant les tribunaux pour ainsi déterminer, et le cas échéant punir, leurs crimes. Certains responsables SYRIZA, prédisent à ce propos qu’en cas de victoire aux élections de leur parti dans dix jours, ceux qui ont occupé le poste de Premier ministre, et certains ministres et autres responsables de la période... inaugurée par l’avènement de la Troïka occupante, ils seraient alors jugés.

Athènes, janvier 2015

Cette semaine, nous avons encore avons subi trois tempêtes, et de la neige jusque dans les Cyclades, en plus des déclarations navrantes d’Antónis Samarás. Les navires n’ont pas quitté le port du Pirée et ce n’est qu’en fin de la semaine que le pays a retrouvé enfin, un peu de son soleil décidément hivernal.

Cependant, il y aurait déjà du nouveau à l’Ouest. La justice européenne a fait un grand pas mercredi vers la validation du programme de rachats d’actifs annoncé en 2012 par la Banque centrale européenne (BCE), dégageant la voie à un nouvel assouplissement monétaire de plus en plus probable. L’avocat général de la Cour de justice de l’UE a récemment estimé que le programme OMT (Outright Monetary Transactions) annoncé durant l’été 2012, mais jamais mis en œuvre, était compatible avec le droit européen sous conditions.

Comme le souligne François Leclerc sur le blog de Paul Jorion, “la déclaration très attendue de l’avocat général de la Cour de justice de l’Union européenne à propos du précédent programme OMT ouvre grande la porte à des achats effectifs de titres de la dette, entend-on partout dire, mais ne serait-il pas plus judicieux de considérer qu’elle ne la ferme pas, car la configuration détaillée de ce nouveau programme ne semble pas encore arrêtée, rencontrant d’autres obstacles. (...)

Au Pirée, 2014

Il règne la plus grande confusion à propos de la Grèce, faisant craindre un défaut par inadvertance que personne pourtant ne recherche... Un nouveau plan de sauvetage est inévitable, mais il a tout du train fantôme. Comme s’il était espéré un miracle qui n’interviendra pas, même si SYRIZA ne l’emporte pas. Car il n’y a pas d’autre solution que de financer la dette pour la faire rouler, si l’on ne veut pas de défaut ou de restructuration, la rembourser étant hors de portée avec un excédent primaire au mieux très fragile, et au pire le résultat de douteuses écritures comptables.

Mais quelles en seront les inévitables contreparties, alors que celles qui étaient réclamées par la Troïka pour conclure le plan précédent restent en suspens, et que le pays continue de s’effondrer ? La reprise tant vantée est en trompe l’œil selon SYRIZA, qui énumère le taux de 35% de créances douteuses des quatre principales banques du pays, les 70 milliards d’euros d’impayés des particuliers et des entreprises envers l’État, et les 13,5 milliards d’euros dus aux caisses d’assurance sociale. La Grèce est au bord de la banqueroute et l’on voudrait lui imposer de nouveaux sacrifices pour qu’elle rembourse sa dette ? Ce n’est plus de l’aveuglement, c’est de l’acharnement.

On comprendra que les urgences, d’abord humanitaires et ensuite économiques (comme on dit sans trop se soucier de l’exactitude de cette dernière sémantique), sont alors ailleurs, que du côté des symboles et de la piété ostentatoire et répétée d’Antónis Samarás. Les temps changent. Même Alexis Tsípras ne fuit plus trop systématiquement les représentants de l’église.

Antónis Samarás, 2014. Source: presse grecque

Aléxis Tsípras, 2015. Source: presse grecque

Les temps changent et il y aurait... même certains signes avant-coureurs. Un chat sauvage européen, parmi les espèces les plus rares et menacées de mammifères, s’est montré il y a quelques jours près d’un lac au Nord de la Grèce. D’après le reportage, l’animal en question, aux sens d’ailleurs très développés, est d’une grande intelligence, ce qui le conduit à saisir en temps très opportun les risques et les dangers.

Ce chat sauvage européen, quoi que protégé par les réglementations de l’UE, ne s’apprivoise pas, n’aime pas trop la présence humaine et enfin, il ne répond pas aux appels. Parousies politiques ?

Le chat sauvage de la semaine au Nord de la Grèce




* Photo de couverture: Représentations collectives du moment en Europe du Sud. 2010-2015

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