Thursday, 22 January 2015

Die Linke/(The Left)



L’histoire finit par couler parfois dans nos veines. Pour une fois, la rue y participe, drôle d’atmosphère, Athènes se lève, le sourire en plus, on revit. Jeudi matin (22 janvier), Bernd Riexinger, Coprésident de “Die Linke” était l’invité de la radio “105,5 Sto Kokkino”. J’ai participé à l’instantané historique, grave et émouvant à, la fois. SYRIZA n’est pas que le moment exclusivement grec de la Gauche.

Kóstas Arvanítis, directeur de la radio 105,5. Athènes, le 22 janvier

Bernd Riexinger de Die Linke, Pablo Manuel Iglesias du Podemos et Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français et président du Parti de la gauche européenne, seront présents lors du grand meeting de SYRIZA jeudi soir (22 janvier), aux côtés d’Aléxis Tsípras. Moments enfin entiers... au pays si violement amputé de ses espoirs.

Justement, ce qui est déjà de retour en Grèce et en Europe, c’est bien l’espoir. Loin des discours mainstream. Bernd Riexinger nous disait qu’en Allemagne également, nombreux sont ces citoyens qui se détournent des medias... grands et forts. Et en Grèce, la tragédie dégage alors enfin les yeux et les cœurs. Nous pensons et nous œuvrons pour que l’Europe Merkelochrome perde sa partie. Définitivement.

Pari difficile et pourtant plus urgent que jamais. Les Grecs qui s’apprêtent à accorder ce choix si ardu au parti de la Gauche radicale, ne réalisent certainement pas toute la portée... méta-hellénique de leur vote. Étrange moment, vraiment. “C'est comme du temps où nous basculions vers la vie, après sept ans de dictature en 1974”, estime Stamátis Kraounákis, compositeur et collaborateur de la radio 105,5. L’air humide athénien de cet hiver indien est à ce point prêt au changement.

Sans autre abri. Athènes, le 22 janvier

Grèce des paupérisés, des grèves brisées, des chômeurs. Athènes, janvier 2015

Le moment est d’autant plus grave que nous votants, représentons autant nos exclus “définitifs”, nos 100.000 jeunes qui ont tout juste 18 ans et qui ne voteront pas car ils sont absents des listes électorales et cela, par le dernier coup d’État de l’escroc politique Samarás, tous ceux aussi qui ont émigré par centaines de milliers depuis le temps de la Troïka (les Grecs de l’étranger ne peuvent pas exercer leur droit de vote), et enfin tous nos morts, suicidés et autres victimes “malades” non soignés du temps du crime si politiquement organisé par la gouvernance méta-démocratique.

Nous ignorons effectivement l’exacte portée de la victoire SYRIZA et surtout, la probabilité heureuse (et peut-être pas tut à fait acquise) d’un prochain gouvernement SYRIZA disposant de la majorité des élus au Parlement. C’est tout de même d’une importance énorme.

En cette journée du 22 janvier (où GreekCrisis est... hébergé par la radio 105,5), nos amis de la gauche radiophonique sont alors très souriants. Certains, avancent même les chiffres de la victoire, bien au-delà des sondages, 40% ! Intuition, allégresse ou alors euphorie ? Je n’en sais rien, puis, un anthropologue demeure singulièrement le sondeur du qualitatif variable au sein des sociétés et des mentalités, de surcroît, à saisir au vol.

Nous sommes si près de la majorité parlementaire. Quotidien “Avgí” (SYRIZA), le 22 janvier

La Gauche grecque s’interroge devant l’énorme tâche qui semble être désormais la sienne, tandis que la Droite de Samarás s’effondre. Ce pauvre et lugubre Samarás à été même à ce point aveuglé, pour exiger de son parti, la tenue d’un grand meeting vendredi 23 janvier sur la Place de la Constitution. Ceux de la Nouvelle démocratie qui depuis le terrain peuvent encore faire prévaloir la vérité bien courte et le sens commun, ont obligé le Premier ministre finissant, à changer d’avis. L’ultime meeting de la Nouvelle démocratie se tiendra donc dans un stade... définitivement clos.

La Gauche grecque s’interroge de son côté, mesurant ainsi combien elle est portée par un large électorat... plus centriste que jamais. Les paupérisés du XXIe siècle ne signent certainement pas un chèque en blanc à la Gauche, et ne sont certainement pas les prolétaires des siècles précédents.

Dans une taverne du centre-ville, des amis de SYRIZA, ainsi qu’un certain nombre de candidats à la députation, étions réunis pour échanger nos pensées et si possible prévoir les suites. Probablement, ce sont les derniers échanges avant que la grandeur (probable) de l’inconnu ne tourne la première page du temps d’après et du lire à écrire.

Le discours d’un candidat, ancien gradé des forces de l’ordre a presque monopolisé les regards ainsi que les questions posées. Nous avons donc appris que lors d’une récente réunion (SYRIZA) organisée pour un public composé de policiers, l’affluence a dépassé tout espoir. Hors forces spéciales et de même prétoriennes (MAT) bien entendu. Le temps serait donc au déclic.

Réunion SYRIZA. Taverne à Athènes, janvier 2015

C’est aussi le temps où la droite prépare alors son (autre) roman de l’après. Les partis du mémorandum (Nouvelle démocratie, PASOK, To Potami, DIMAR), travaillent énormément sur l’hypothèse d’une brève parenthèse politique de gauche, pour aussitôt, en l’espace de quelques mois seulement, reprendre tout leur rôle. Chez SYRIZA, on ne prend pas du tout ce cauchemar à la légère. Rien n’est jamais acquis.

Et pour ce qui est du splendide séparatisme du PC grec (KKE), lequel d’ailleurs a hélas choisi exactement le même moment que SYRIZA, pour organiser son grand meeting public (jeudi 22 janvier), il a été rappelé lors de la réunion de la taverne, que tout échec de SYRIZA sera alors... comptabilisé quant à l’ensemble de la Gauche grecque et de ce fait, elle ne profitera ni au KKE, ni aux autres formations de la “petite Gauche” et cela, au-delà de l’argumentaire des uns ou des autres.

Athènes, janvier 2015

On sait que la méta-politisation technologiquement assistée des sociétés occidentales (et parfois des autres) a alors méthodiquement façonné depuis un court demi-siècle, ce piètre monde alors... apte à la pire “gouvernance” du (et par le) vide. Telle est notre situation au-delà de toute fausse embellie.

Ce sont pourtant ces citoyens méta-politisés qui s’apprêtent à porter SYRIZA au pouvoir. Les Syrizistes réfléchis le savent bien. Cette (très probable) victoire n’est pas celle de la Gauche, mais déjà, celle de l’indignation et de la (dernière) justice sociale, assommée mais pas encore morte. En ce sens aussi, la rude tâche qu’attend SYRIZA... se situerait entre la vie et la mort.

Moments donc graves où la propagande de la peur orchestrée par la Nouvelle démocratie ne passe plus. Certains journalistes et analystes de la radio 105,5 croient savoir que l’administration Samarás aurait même projeté d’organiser la pénurie des guichets automatiques dans la capitale, pour ainsi faire trembler la... Raison qui revient enfin et en force. L’avenir le confiremera... dans trois jours.

Marché aux puces. Athènes, janvier 2015

Nous n'avons que faire de tout ce bric-à-brac de ce nouveau siècle qui nous est cependant nécessaire pour aller plus loin, si possible même rapidement. Un cadre SYRIZA rencontré ce jeudi (22 janvier) me disait que le parti de la Gauche radicale a alors mûri trop vite, en moins de trois ans seulement. Il n’avait guère le choix. “Nous avons la volonté de nous battre et de ne pas reculer devant les difficultés énormes qui se dressent devant nous. Si nous trahissons, la fin viendra alors très rapidement.

Bernd Riexinger ne nous a pas dit autre chose ce matin. Un énorme travail reste à accomplir aussi en Allemagne par Die Linke (La Gauche). L’histoire finit par couler ainsi dans nos veines lorsque les moments sont graves et pour tout dire, bien rares. Temps fort athénien et temps européen à suivre. Été indien ?

Nous croyons en un avenir meilleur. Surface d'Athènes, janvier 2015




* Photo de couverture: Bernd Riexinger de “Die Linke”, radio “105,5 Sto Kokkino”, Athènes, le 22 janvier

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