Saturday, 24 January 2015

Poésie électorale/Electoral poetry



Moments rares d’une poésie éphémère. L'étymologie même du mot “poésie” signifie “création”, et cette création pour une fois “d'en bas”, n’est que l’accomplissement d’une réalisation en cours et alors sous nos yeux, comme sous la pluie athénienne. Petits gestes, sourires, discussions, tout comme le silence de certains, converge pour façonner le résultat de demain.


Dans une permanence électorale SYRIZA. Athènes, le 24 janvier

Dans les permanences électorales SYRIZA l’ambiance est déjà rassurante. Toute discussion désormais finit par évoquer la probabilité de la victoire SYRIZA, certes acquise, mais au-delà, il est surtout question de la majorité au Parlement. Il va falloir attendre la fin de l’éphémère populaire, autrement-dit, dimanche soir.

Et en dehors de la permanence électorale, les discussions se poursuivent dans les cafés. Fait nouveau, les non-Syrizistes ne s’expriment pratiquement plus. Tel un homme âgé ; il suivait nos discussions la tête baissée. Élections donc en Grèce et en 2015. Sans animosité aucune. Telle est aussi la grande dimension de la cuisante défaite que subissent les extrémistes de Samarás. Vouloir ainsi jouer avec le spectre de la peur, celui de la Guerre civile et autant des atrocités du passé, tout cela a un prix. Surtout lorsque les atrocités de l’économisme financier et du temps présent n’en finissent plus. 2015, n’est pas 1949 (fin de la Guerre civile).

Les références ouvertement revendiquées par le camp Samaras s’agissant de certains... idéaux de la Grèce des Colonels ont finalement accéléré la défaite de la Nouvelle démocratie. À travers cet argumentaire de la droite, les dernières munitions et d’ailleurs les plus fortuites ont été gaspillées, et c’est déjà la fin. Nous avons lu de la sorte certaines (presque) diatribes... dénonçant le code vestimentaire négligé et... alors subalterne des Syrizistes, comme nous avons pu suivre avec dégout le chemin emprunté par une certaine presse dite... de référence, entre jeux de mots et autres calembours douteux, sur l’orthographe des noms et des prénoms de certains candidats proposés par le parti d’Alexis Tsípras.

Le café et la pluie. Athènes, le 24 janvier

La Nouvelle démocratie porte déjà le deuil de sa débâcle et ses candidats ont ainsi très peu mobilisé les... ressources papier habituelles, peine sans doute perdue et particulièrement prévisible. Nous avons vu très peu de ces dépliants posés devant les portes ou sur les pare-brises mouillés, que plus personne ne voudra lire de toute manière. Au parti de Samarás, on prépare surtout par mots à peine couverts la suite, autrement-dit, son éjection.

Tout ne serait pourtant pas (encore) perdu par le camp de la Troïka, surtout si SYRIZA n’obtient pas la majorité au Parlement. Dans une boulangerie athénienne ce matin, tout le monde se disait certes prêt à sanctionner les Samaras - Venizélos, cependant, le “nouveau” choix de certains pourrait porter sur le parti dit de la Rivière (To Potami). Pour une fois, la discussion a été bien animée. “Eh Maria, tu ne vas pas voter pour ce valet du système Theodorakis ; pour changer, il n'y a que le choix de SYRIZA”.

Stávros Theodorákis chef du parti dit de “la Rivière”, dont la photo est à découvrir aujourd’hui dans “Le Monde”, n’est autre qu’un journaliste affairiste et lifestyle, bénéficiant du meilleur soutien des magnats de la presse et des medias et cela, depuis un long moment. Ce que Maria, elle-même hélas hébétée par un lifestyle déjà plus que trentenaire, ne comprend pas... à l’instar des lecteurs du Monde, laissés de leur côté dans l’ignorance, tient des circonstances exactes dans lesquelles est née cette rivière, à l’eau (politiquement) bien saumâtre.

Rare dépliant d'une candidate Nouvelle démocratie. Athènes, janvier 2015

Les oligarchies d’Athènes, et d’abord les maîtres-fous depuis Berlin par exemple, ont tout fait depuis le temps de notre nouvelle ère de la Troïka, pour contrôler et ainsi biaiser les résultats électoraux en canalisant si possible le mécontentement populaire. Il y a eu d’abord (2011-2012) le petit parti LAOS de l’extrême-droite, incorporé au gouvernement soutenu par la droite de la Nouvelle démocratie et par la “gauche socialiste”, du PASOK sous le Premier ministre et banquier Papadémos, installé dans ce poste par Berlin et Paris de l’époque (Merkel et Sarkozy).

Ensuite, c’est le parti dit de la “Gauche démocratique” de Kouvélis, qui a pris la place du défunt LAOS dans la coalition du mémorandum, suite aux élections de 2012. Comme par hasard, les... Kouvelistes avaient déjà quitté SYRIZA en 2010, quelques semaines seulement après l’arrivée de la Troïka en Grèce. C’est ce même rôle qui est (quasi-ouvertement) revendiqué par la marionnette Stávros Theodorákis, car son parti a été directement façonné, quelque part entre Berlin, Bruxelles et les salons athéniens. Ni plus, ni moins.

Et pour enfin informer jusqu’au bout les lecteurs de greekcrsis, je dirais que tous les efforts de la Nouvelle démocratie (et de la Troïka), pressions de l’ultime moment, entre cette nuit et la journée de demain (25 janvier), viseraient plutôt à renforcer au mieux le parti de la Rivière pour ainsi empêcher SYRIZA d’aller jusqu’au bout de sa victoire, que de faire gagner quelques voix désormais impossibles au parti de Samarás.

Athènes du moment, janvier 2015

Patience donc encore quelques heures. Samaras vit dès maintenant son crépuscule politique. Ce samedi soir, un ami témoin oculaire des faits, m’informe que devant et autour la permanence électorale centrale de la Nouvelle démocratie, place de la Constitution, il n’y a plus personne, contrairement à celle de SYRIZA située près de l’Académie.

Tout alors converge pour ainsi façonner le résultat de demain. Moment du vote, beau et éphémère. Poésie électorale. Venceremos.

Athènes, janvier 2015




* Photo de couverture: Café athénien... acquis à la cause SYRIZA. Le 24 janvier

No comments

Post a Comment

The team of "Greek Crisis" respect all opinions, but
reserves the right not to publish offensive comments.