Monday, 2 March 2015

Printemps ambigu/Ambiguous spring



Le printemps est presque arrivé. Ses signes tangibles ne trompent pas, comme d’ailleurs ceux de la Troïka, nommée... “les institutions”. Pourtant, tout le monde s’accorde à dire en Grèce, que depuis le nouveau gouvernement “ce n'est tout de même pas comme avant”. Le dernier weekend était encore suffisamment clément pour permettre aux nantis comme à de nombreux autres, de remplir les cafés des bords de mer, au sud d’Athènes par exemple.

Au sud d'Athènes, le 1er mars

En compagnie de mon cousin Cóstas et de son ami Arístos nous avons bu de la sorte, notre premier café glacé de la saison et comme de coutume, l’événement a été suffisamment... fêté. Le changement de cap... serait évident ! “Je vais enfin cesser de tirer sur ma dernière épargne pour chauffer l'appartement. Car à ce rythme là, et si rien ne change côté travail ou pour ce qui est des actions promises par le nouveau gouvernement, à ce rythme... alors, l'hiver prochain toute mon épargne sera épuisés... et notre patiente avec” ; explique alors Cóstas.

Comme ses revenus ont connu une diminution de l’ordre de 45% depuis la crise, Cóstas s’interroge constamment sur les suites logiques ou... irrationnelles. Certes, il ne supporte pas l’idée du froid, d’autant plus que lui et son épouse (au chômage), ont leur premier enfant depuis un peu plus d’un an. Heureusement que mon cousin est le propriétaire de leur appartement, hérité des parents, ces derniers, grands-parents et autre parentèle comprise ; participent parfois... volontairement, à certains dépenses du ménage.

Tel est le sens du... dernier miracle grecs, plus précaire que jamais, faisant ainsi tenir quelques millions de gens et... autant dans un sens, les funestes aveuglements des gouvernements du mémorandum depuis 2010 et cela, jusqu’aux élections du 25 janvier dernier. Pour mon cousin, comme pour son ami Arístos, il n’y a pas de doute: Le début de la fin du gouvernement Samarás - Venizélos a été concrétisé par l’application de la nouvelle taxe immobilière, ENFIA, appliquée en dehors de toute considération quant aux capacités réelles... du plus grand nombre.

Près d'Athènes, début mars 2015

Près d'Athènes, début mars 2015

Café glacé près d'Athènes, début mars 2015

Participant au climat supposé transitoire, Cóstas, sa famille, leurs amis, participent à cette bienveillance un peu triste et cependant pour l’instant inébranlable vis-à-vis du gouvernement SYRIZA, pour lequel ils ont d’ailleurs voté. Les sondeurs prétendent qu’en ce moment, un hypothétique nouveau scrutin offrirait à SYRIZA un pourcentage dépassant un rare... 42% d’influence chez des électeurs.

Tel est le plus grand avantage du parti de la Gauche radicale et de son allié ANEL (parti souverainiste de droite, des Grecs indépendants) en ce moment, et peut-être le seul. Car ce gouvernement est très combattu de l’extérieur, ainsi que de l’intérieur du pays, comme aucun autre parti depuis bien de décennies.

Sans exagération aucune, Aléxis Tsípras a souligné lors de la réunion extraordinaire du Comité central de SYRIZA qui s’est tenue le weekend dernier, que “depuis l'intérieur comme, depuis de l'extérieur, tout était déjà préparé pour faire tomber notre gouvernement, et autant le pays; tel fut le sens du piège organisé durant les pourparlers à Bruxelles. Et dans cette affaire, le parti de la Droite européenne, celui de la Nouvelle démocratie d’Antonis Samaras a activement pris sa part. Ces puissances ne souhaitaient pas que l'exemple grec ait une influence sur d'autres pays, surtout dans la perspective des élections en Espagne, prévues pour la fin de l'année, comme au Portugal ”.

Déclaration qui a provoqué les contre-déclarations des intéressés: “Inigo Mendez de Vigo, secrétaire d'État espagnol pour l'Union européenne, a affirmé de son côté que l'Espagne n'est l'ennemie de personne, bien au contraire, elle est solidaire avec le peuple grec (...). Nous demandons au nouveau gouvernement grec d'être responsable, car nous estimons que les problèmes de la Grèce ne se résoudront pas avec des déclarations mais avec des réformes”.

Près d'Athènes, début mars 2015

Sur le plan intérieur (et comme d’ailleurs le remarque avec justesse... et même tristesse une certaine presse mainstream), le gouvernement SYRIZA/ANEL a déjà ouvert les hostilités devant les oligarques d’Athènes, à un moment d’ailleurs où le chantage ouvertement exprimé par les “partenaires” au sein de l’Eurogroupe et notamment par Wolfgang Schäuble (ministre des Finances de l’Allemagne), voudrait que les reformes austéritaires reprennent tout leur sens, au risque sinon, d’asphyxier un peu plus, le fonctionnement de l’État grec et cela, jusqu’à la faillite (officielle) pense-t-on à Bruxelles, comme à Athènes.

Ouvrir ainsi les hostilités contre les oligarques locaux et autant autres gros... espadons de la fraude fiscale, n’est pas une tâche facile. En outre, cette bataille interne doit être suffisamment... gagnée, si possible avant la fin de la prolongation de quatre mois, de l’accord entre la Grèce et l’Eurogroupe du vendredi... (suffisamment) noir du 20 février dernier.

Cóstas mon cousin, comprend aussi tout cela et il demeure patient. “Quoi qu'il arrive, je ne veux plus retourner à la situation que nous connaissions sous Samaras. C'est clair.” Tel est donc l’état des mentalités en Grèce et en ce moment.

Athènes, février 2015

Athènes, février 2015

Athènes, février 2015

Le pays prépare cependant sa saison touristique dont les prémices ne manquent pas déjà. Les commerçants, les ouvriers restants et les retraités, discutent ainsi passionnément. De politique bien évidemment: “Faisons alors faillite, il y en a assez de toutes ces menaces. Tsípras devrait nous préparer pour retrouver notre monnaie nationale après l'euro, il devrait aussi avancer son idée sur l'audit de la dette grecque, enfin nous réaliserons précisément quelle en serait la part à rejeter”, paroles, non pas d’un politologue, mais d’un marchand de légumes sur un marché d’Athènes.

Autour de moi, je remarque ce travail incessant que les événements s’obligent... à imposer à nos consciences évolutives. Et cela, jusqu’au récent Comité central de SYRIZA. Certes, la proposition de la majorité interne (et d’Aléxis Tsípras) a pu passer, néanmoins, un texte présenté par l’aile gauche du parti (30% au sein du Comité central), rejetant l’accord conclu lors du dernier Eurogroupe, à obtenu 40% des voix, et même 45%, si l’ont tient compte des abstentions et des blancs. Ce qui veut dire qu’en interne, les... conclusions (ou contorsions, c’est selon) de l’Eurogroupe du 20 février, n’obtiennent que l’aval du 55% des cadres SYRIZA.

L'Eurogroupe du 20 février. “Quotidien des Rédacteurs”, février 2015

L'Eurogroupe du 20 février. “Quotidien des Rédacteurs”, février 2015

Cependant, personne ne niera la gravité des moments. Nous voilà ainsi dans cette situation très inédite, où le presque... mémorandum de la dernière malchance, peut alors être interprété comme un début à la libération (version de l’histoire incarnée par Aléxis Tsípras et par ses proches), où sinon (comme le souligne la mouvance gauche chez SYRIZA même), un précédant certes fatal par la force des choses et du chantage, un précédant qu’il va donc falloir annuler dans les quatre mois qui suivront.

C’est ainsi que le gouvernement présentera dès cette semaine au Parlement, ses premières mesures anti-austérité. Aléxis Tsípras vient d’annoncé la couleur... rose des quatre projets de loi de la semaine, et dans l’ordre: Une loi cadre pour faire face à la crise humanitaire, une autre, pour résoudre le problème des dettes impayées, puis viendront, le rétablissement de l'ERT (la radiotélévision publique ayant connue la... mort subite sous le gouvernement Samaras), la lutte contre l'évasion fiscale, la protection de la résidence principale devant les saisies effectuées déjà, et enfin, cette proposition visant à créer un Comité d’examen dans le but de déterminer les circonstances et surtout les responsabilités du personnel politique qui a fait plonger le pays dans le régime du mémorandum en 2010 et en 2012.

En outre, le premier ministre grec, a déclaré que le retrait de l'autorisation de l'usine d'extraction de l'or à Skouriés au Nord de la Grèce, a été nécessaire afin de vérifier si certaines dispositions sont respectées. Les oligarques... apprécieront !

Contre les Oligarques. Le choc frontal”. “Quotidien des Rédacteurs” du 28 février

Athènes, mars 2015

Il reste toutefois un détail important. Le gouvernement ne souhaite pas faire adopter par le Parlement, le texte signé à l’Eurogroupe. Les partis de l’opposition s’en indignent avec la plus grande hypocrisie certes ; toutefois, cette intention affichée du gouvernement est certainement plus (ou mieux), qu’une simple opération visant à éviter les déchirements au sein même de la majorité SYRIZA/ANEL.

Cela rassemble davantage à une prise de précaution qu’à autre chose. Les juristes de la majorité, dont Zoé Konstantopoúlou Présidente du Parlement, estiment qu’il est préférable de ne pas engager juridiquement la responsabilité de l’Assemblée sur cette affaire, la laissant ainsi mûrir... ou pourrir. Toute l’ambigüité d’ailleurs de notre moment historique tient aussi à cela. Et elle ne durera certainement pas.

Ventes immobilières destinées aux acheteurs germanophones. Autre ambigüité. Méthana, février 2015

Sans aucune ambigüité par contre, les citadins de la ville de Halkída (île d’Eubée), ont été choqués du double suicide du 25 février. Les suicidés, une mère âgée de 63 ans et son fils 27 ans, se sont jetés du cinquième étage de leur immeuble. D’après le reportage, ce sont leurs graves difficultés financières auxquels les deux malheureux étaient confrontés durant les trois dernières années, qui les ont conduits à mettre fin à leur vie.

Selon les témoignages, la mère s’est suicidé la première, et ensuite, son fils a immédiatement répété le geste fatal, il a été blessé grièvement et transporté à l'hôpital, où il succomba peu après.

C’est d’ailleurs le premier suicide connu depuis notre... nouveau temps.

D’autres statistiques et estimations voient le jour en ce moment, elles font état de l’émigration de plus d’une centaine de diplômés très qualifiés, par jour. Ainsi, la Grèce aura perdu plus de 300.000 âmes qualifiées et... formées depuis 2010.

Disons que le printemps est presque arrivé, et que la pause café prend fin. Sans ambigüité !

Printemps. Athènes, mars 2015




* Photo de couverture: Premier printemps. Près d'Athènes, mars 2015

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