Wednesday, 18 March 2015

Avril invisible/Invisible April



À Athènes c’est le moment de l’ablution. Les monuments de l’histoire contemporaine sont nettoyés avant la saison touristique. Ouverture prochaine. Nos beautés du 19ème siècle... brilleront alors entourées comme elles sont, d’incertitudes si criantes. Car sinon, c’est décidément une ère de chantage géopolitique qui s’ouvre et dont l’opinion grecque découvre alors toutes les dimensions depuis que le gouvernement SYRIZA/ANEL a été formé.

Le chantage européiste à la Une de la presse. Athènes, Mars 2015.

Pour Declan Costello, représentant de la Commission européenne au sein de la Troïka, faire voter la loi humanitaire qui prévoie la fourniture d'électricité aux foyers les plus pauvres ou la distribution de bons d'alimentation, est une action unilatérale et qui ne serait pas cohérente avec les engagements pris, notamment à l'Eurogroupe du 20 février, d’après la presse grecque et étrangère.

Mercredi 18 mars, Alexis Tsípras a présenté lui-même ce premier projet de loi évidemment déposé, comme étant le premier texte de loi depuis le mémorandum (2010), “lequel n'a pas été rédigé en anglais avant d'être adressé aux ministres grecs par courrier électronique. Et c'est autant la première loi enfin bénéfique à la société et non pas destructrice” a-t-il déclaré.

Place de la Constitution. Mars 2015

Les monuments de l’histoire contemporaine sont nettoyés. Mars 2015

Place de la Constitution, les passants scrutent l’horizon des journaux. Titres alarmistes, d’une tonalité très grave, mais pour une fois (de plus) justifiée. Le chantage européiste est largement commenté et aussitôt rejeté par la population, cela est perceptible partout. D’ailleurs, et cela pour une première fois depuis 2012, un article du quotidien (SYRIZA) “Avgí”, a pour titre: “Le Grexit est préférable à un troisième mémorandum”.

Dans une émission radio (Real-FM, 18 mars), notre triste anniversaire du décès du grand poète Odysséas Elýtis (en 1996), a été commémoré par la rediffusion d’un document audio dans lequel le poète de la mer Égée et Prix Nobel de littérature, rappelait combien il était très réservé devant l’appartenance formelle de la Grèce à la CEE de l’époque. Moments marquants et manquants à jamais.

Spectacle de saison. Athènes, mars 2015

Une certaine presse... de saison. Athènes, mars 2015

Animal à donner. Athènes, mars 2015

C’est alors peut-être le moment choisi où la Grèce incarnera... le rôle du papillon du chaos, et cela, pas exclusivement au sein de l’Eurogroupe. Durant ces moments aux objets et aux objectifs si bien mélangés, les Grecs attendent les yeux ouverts, mais surmenés.

Place de la Constitution encore, une campagne de sensibilisation devant... le phénomène du dérapage des automobiles a été accueilli plutôt avec dérision par les passantes et par les passants du jour. “Le pays a dérapé depuis le mémorandum, puis il dérapera pour de bon bientôt, et voilà que ces gens nous montrent des voitures” a-t-elle ajouté une femme. D’autres passants ont même applaudi.

Cette même semaine dans le centre-ville, un passant solidaire a offert une paire de chaussures à un... demeurant sans-abri. La scène a été même immortalisée par un photographe de passage, ce qui a donné lieu par la suite à un reportage dans une partie de la presse sur la crise humanitaire en Grèce.

Chaussures offertes. Athènes, mars 2015

Ambiance... tendance et tendue, de micro-événement en micro-événement, d’où d’ailleurs toute la colère de la rue grecque lorsqu’elle découvre les déclarations austéritaires et déjà humainement insultantes de la part des responsables... lobbyistes, depuis Barlin ou depuis Bruxelles. Sans évidemment oublier ceux d’ici, ces ultras de l’hyperbole néolibérale d’Athènes, l’ancienne classe politique d’abord, et autant ceux du fameux parti collaborationniste (avec la Troïka), dit de la Rivière (“Potami” en grec).

Et la dernière blague circulant à Athènes à son propos, a été reproduite mercredi matin (18 mars) par les journalistes de la radio SYRIZA (105,5 Sto Kókkino): “Dans la langue de Goethe, l'ambassade allemande à Athènes se nomme... Potamen” !

Plus sérieusement cependant, cette même radio n’a pas vraiment médiatisé les dernières déclarations de l’économiste et député SYRIZA, Costas Lapavítsas, un proche de l’aille gauche du parti d’Alexis Tsípras.

“Quotidien des Rédacteurs”, mars 2015

“Quotidien des Rédacteurs”, mars 2015

Dans une double interview accordée (17 mars) au journal berlinois “Tagesspiegel” et au “The Press Project International”, Costas Lapavítsas a ainsi précisé ses positions: “Le moment est venu pour la Grèce et pour ses partenaires de se rendre compte qu’ils fouettent un cheval mort. Au lieu de cela, ils doivent travailler ensemble pour une sortie par les négociations et par le consensus. Après cinq ans de désinformation alarmiste on devrait enfin arriver à un véritable débat ouvert.

La stratégie de SYRIZA a été et demeure encore la suivante: arriver à un alignement politique des forces en Grèce et en Europe en général, ou encore, que SYRIZA puisse incarner le rôle de catalyseur au sein de la zone euro. Cette stratégie a maintenant atteint ses limites. La vraie question est combien de temps il nous faut encore pour le comprendre. On est assez sceptique. Il n'y a pas d'alignement politique possible, hormis les seuls mécanismes des institutions et de la logique de l'union monétaire. Ceux qui croient qu'un changement de politique est simple, suffisant disons à transformer cette logique, ils ont eu tort. Ce que nous avons vu révèle alors que le cadre institutionnel de la zone euro et son mécanisme idéologique qui s'y rattachent, ne sont guère sensibles aux arguments nés des bouleversements électoraux. Le reflet de tout cela, c’est l'accord du 20 Février à l'Eurogroupe.” Propos donc... à suivre dans la suite des événements.

Devant le ministère des Finances. Athènes, mars 2015

Mémorial... du chien Sotíris. Athènes, mars 2015

Pendant qu’à Athènes on commémore certaines luttes, tout comme... le chien Sotíris habitué des lieux avant sa disparition, les medias grecs présentent la rencontre fixée entre Alexis Tsípras et Angela Merkel lundi 23 mars comme étant celle de la dernière chance.

Tout s’accélère donc dans l'actualité comme on peut le constater. Chez SYRIZA (non officiel), on évoque parfois (d'après mes infos) cette autre (?) solution (investissements massifs en Grèce et gestion de la crise humanitaire entre autres), suggérée au parti de la Gauche radicale par les économistes de l'Institut Levy (think tank aux États-Unis), un positionnement qui n’est pas celui de l'Allemagne (officielle) et autant distinct (si je comprends bien), de celui de Costas Lapavítsas.

Certains médias prétendent enfin en parallèle, que les États-Unis seraient intervenus pour que cette rencontre, entre Alexis Tsípras et Angela Merkel puisse avoir lieu, “nouvelle” alors invérifiable.

Boisson chaude. Athènes, mars 2015

Certaines... brûlures. Athènes, mars 2015

À Athènes c’est décidément le moment de l’ablution et même de la... mémoire. En visite à Moscou, le vice-ministre de la Défense, Costas Isichos, né à Buenos Aires en 1957, déclare que son ministère recherche autant dans les archives russes, de pièces... à conviction, relatives à l’occupation allemande des années 1940.

Déjà au quotidien “Avgí” (SYRIZA) le même Costas Isichos a déclaré récemment que le gouvernement grec a acquis auprès des archives aux États-Unis, “des reproductions de plus de 400.000 pièces anciennement classées, attestant des atrocités nazies durant l'occupation”.

“Des reproductions de plus de 400.000 pièces historiques”. Quotidien “Avgí” du 11 mars.

Lutte pour la planète Terre. Athènes, mars 2015

Luttes d’antan et luttes de toujours, tandis que sur une façade athénienne, un slogan d’ailleurs incomplet, suggère alors... la nécessité de “la lutte pour la planète Terre”.

Odysséas Elýtis, avait écrit ce poème “Journal d'un Avril invisible” (traduction française de Xavier Bordes et Robert Longueville in “Axion Esti” suivi de “L'arbre lucide” et “La quatorzième beauté”, Gallimard, 1996):

Pure journée transparente. On peut même voir le vent qui a buté contre la forme de la montagne là-bas vers l'ouest. Et la mer avec ses ailes déployées, tout en bas, sous la fenêtre. On aurait envie de voler vers l'altitude et de distribuer d'en haut son âme en cadeau. Puis de descendre pour, hardiment, prendre au tombeau la place qui nous revient.

Son âme en cadeau, loin des obscurités connues de son temps, comme du nôtre. Avril invisible et façades athéniennes.

Odysséas Elýtis, né le 2 novembre 1911 à Héraklion et mort le 18 mars 1996 à Athènes




* Photo de couverture: Visite d'Athènes. Mars 2015

No comments

Post a Comment

The team of "Greek Crisis" respect all opinions, but
reserves the right not to publish offensive comments.