Tuesday, 21 April 2015

Impasses/Impasses



L’hybris gouverne le monde, l’hypocrisie règne, et la Troïka s’agace-t-elle des Grecs. L’été hellène, décidément ante portas, serait, aux dires des rumeurs officialisées par la presse internationale, entré en concurrence ouverte avec... l’avènement supposé prochain du défaut certifié de la Grèce, probablement sans quitter la zone Euro. Présent novateur et avenir... retouché !

Plage près d'Athènes, le 19 avril

En attendant, les Grecs se retrouvent enfin sur leurs plages, les plus téméraires osent même se baigner, et l’on commente ainsi parfois les événements... maritimes de notre monde si assombri, tels les flots humains (et déshumanisés) échoués sur les plages des îles, entre Rhodes et la Sicile. Corps et corps sociaux en brisures, medias surchauffés et européisme plus hypocrite que jamais à ce sujet comme à tous les autres. Tout y passe alors... à l’heure du café ou de l’apéritif sur les plages.

Car les températures vraiment de saison ont mis tellement de temps à revenir qu’une frénésie, on dirait délibérément pré-pompéienne, domine les esprits, surtout parmi le tiers... possédant de la population plus les quelques autres qui se déplacent encore. Les citadins sortent, les cafés sont remplis, on respire et on attend parfois dans l’allégresse mesurée... la chute, plus probable que jamais !

Tsípras: Arrêtez le chantage. “Quotidien des Rédacteurs”, le 17 avril

Tout le monde sait que les “Institutions” (la troïka) menacent ouvertement le gouvernement grec, tout le monde comprend que la Grèce de SYRIZA/ANEL ne cèderait-elle pas sur toute la ligne, et les vraies informations concernant les négociations nous arrivent camouflées, derrière un immense barrage de fumée. On avancerait pourtant... gentiment !

En effet, la panspermie pluri-événementielle des deux derniers mois a fini par bien exténuer les esprits, déjà si affaiblis après cinq ans de... gouvernance, au pays... para-démocratisé car tenu en laisse par la dette. D’où d’ailleurs, je crois, l’absence si patente quant à la mobilisation sociale et sociétale générale, contre l’emprise de la dette et contre le mémorandum, et autant, cette popularité largement maintenue dont bénéficie toujours le gouvernement... Tsipriote. Un cas d’école pour nos historiens du jour d’après.

Touristes, Cap Sounion, avril 2015

Temple de Poséidon, Cap Sounion, avril 2015

Comme souvent dans l’histoire, on s’apprêterait à plonger dans l’inédit, une fois de plus. Pour ce qui est des arguments présentés comme techniques ou économiques, tout a été dit, redit, analysé, voire même... composté dans la tête et dans la... poche des humbles. On sent alors bien proche la fin des analyses... et en même temps, le début de la... chirurgie. Autrement-dit, les Grecs, qu’ils l’apprécient ou non, ils sentent la (dernière) sentence ou sinon la délivrance, dans l’air du temps, ce dernier devenant enfin plus politique que jamais.

Car les problèmes économiques sont en réalité des politiques déguisées en expertises comptables et complantés peu ou prou. D’où l’impasse, d’abord slogan que j’ai découvert il y quelque jours sur un mur du Pirée, mais autant, éléments d’analyse très pertinente, proposée par Jacques Sapir sur son blog.

Le gouvernement grec a construit sa stratégie sur le fait que l’Eurogroupe aurait bien plus à perdre que la Grèce à une crise. En cas de défaut grec, les gouvernements de la zone Euro devraient expliquer à leurs populations qu’il faut recapitaliser d’urgence la BCE et couvrir les pertes du MES et du FESF. Par ailleurs, un défaut grec entrainerait l’activation des CDS (credit-defaut swaps) qui ont été émis. Enfin, psychologiquement, cette crise signifierait à tous les observateurs que l’Euro n’est pas irréversible mais aussi que les pays du ‘noyau’ de la zone Euro ne sont pas prêts à assumer les conséquences du fonctionnement de la zone Euro. Il ne faudrait que quelques semaines pour que la crise se répercute dans les pays périphériques (Espagne, Portugal, Irlande et Italie). De proche en proche, on aboutirait à l’implosion de la zone Euro. C’est pourquoi le gouvernement grec ne veut pas céder. Ajoutons, et tout le monde le comprend, que s’il cède il perd immédiatement toute sa crédibilité et sa légitimité, et que SYRIZA, un parti passé en quelques années de 4% à 36% des sondages, serait condamné à disparaître”.

Fermetures d'ateliers. Le Pirée, avril 2015

Touristes. Cap Sounion, avril 2015

Mais, là où le gouvernement grec erre, c'est qu'il pense que les décisions au niveau de l'Eurogroupe seront prises sur la base d'intérêts économiques. En fait, les gouvernements des pays de la zone Euro ont investi énormément dans la dimension politique”.

Car, en cas de compromis, validant la stratégie de Tsípras et de SYRIZA, c’est toute la politique d’austérité qui volerait en éclat (avec un encouragement très fort à Podemos en Espagne et au Sinn Fein en Irlande), non seulement au grand dam de l’Allemagne (et de ces alliés) mais aussi des hommes politiques qui, dans d’autres pays, ont construit leur carrière sur ce projet (comme François Hollande)”.

C'est pourquoi un compromis est en réalité une illusion. Il n'y a pas d'alternative à l'Eurogroupe que d'écraser ou périr. Il n'y a pas d'alternative pour le gouvernement grec que d'aller à l'affrontement ou périr”.

Monument dédié à la mémoire des Italiens péris en 1944. Attique, avril 2015

J’y ajouterais toutefois une... troisième voie possible, aller à l’affrontement et néanmoins périr. Cependant, pratiquement tout le monde en Grèce souffre de cette incroyable dévitalisation économique, politique, démocratique, sociale, relationnelle et enfin psychologique, très justement (c’est à dire avec injustice), parce que l’euro n’est pas tout à fait une monnaie, mais plutôt, une effroyable arme politique et symbolique, comme d’ailleurs je le répète sur ce blog depuis sa création en octobre 2011.

Sauf que dans la pratique cette... infusion symbolique demeure moins perceptible que ses dégâts politiques et sociaux. Même en 2015 en Europe, et parfois alors en Grèce. Ce qui n’enlève rien à l’inquiétude... cumulée et exprimée par mon cousin Costas, ou par mon ami Théodose. Pour Costas, tout devient plus incertain que jamais: “Je tire sur mon épargne, modeste certes, car ce que je gagne ne suffit plus, mes revenus réels de 2014 représentent pratiquement la moitié de ce que je gagnais en 2009 ; alors, après un retour à la drachme ou à partir un blocage des comptes, comment pourrais-je faire pour m’en sortir ?

Mon ami Théodose, vient de vendre l’appartement hérité de la génération des parents à 40% de sa valeur de 2009. Il est au chômage (les faibles allocations chômage en Grèce ne durent que quelques mois et encore), et il espère ainsi vivre grâce à cette vente... forcée, un an peut-être, voire davantage. “Je crois que dans pas longtemps mes euros grecs, transformés ou pas, n'auront plus la même valeur qu'avant, ou qu'ailleurs” dit-il.

Fête de l'autarcie. Athènes Est. Avril 2015

Immobilier à vendre. Le Pirée, avril 2015

Boutique... abandonnée. Le Pirée, avril 2015

Seuls les touristes ou les migrants qui échouent sur nos plages par milliers en ce moment, n’ont pas l’air de se poser ces questions, pour eux, arriver... à destination (ou sinon par la force tragique de la destinée, seulement imposée par les Puissances de notre Occident lorsqu’elles ont délibérément détruit les souverainetés et les sociétés, entre l’Irak et la Libye), serait déjà une étape suffisante.

Inutile de rappeler que les drames à peine plus anciens, sur l’échelle du temps historique bien, peuvent être ignorés ou... délaissés. Douleurs historisées et ensuite effacées, par exemple, peu de visiteurs pratiquent une halte à moins de dix minutes avant le Cap Sounion pour se recueillir devant le monument érigé à la mémoire des soldats et officiers Italiens et prisonniers des forces Allemandes (pourtant ils étaient plus de 4.000), tous péris suite au naufrage d’un bateau qui les transportait depuis les îles de l’éphémère “Superegeo”.

Chaque époque connait alors ses propres urgences. Dans les quartiers Est d’Athènes, c’est sous l’impulsion de la municipalité d’Héliopolis que la “Fête de l'Autarcie - Pain - Fromage - Plantes médicinales - Céramique - Jardinets sur les balcons - Tissage” est de ce fait organisée, supposons-le, bien dans l’air du temps. Manière... autant autarcique dans un sens, les medias rapportent (radio 105,5 FM, le 21 avril), que le gouvernement “centralise les avoirs en liquidités des villes et des autres subdivisions du pays, ce qui a aussitôt provoqué une réunion extraordinaire de l’Union des Administrations Municipales de Grèce, qualifiée d’urgence”, et tout le monde voit le fond des tiroirs... et le procès enfin de l’Aube dorée, aussitôt ouvert à Athènes... aussitôt reporté pour le mois de mai.

Médicaments expédiés depuis la France. Avril 2015

Mon ami (et lecteur de Greek Crisis) Olivier (je le remercie aussi publiquement), a pris l’initiative de collecter certains médicaments en France, je les ai apportés la semaine dernière au Dispensaire solidaire d’Ellinikón près d’Athènes. J’y ai rencontré le cardiologue Yórgos Vichas, à cet endroit et au-delà des apparences et des plages, la lutte... verticale pour la vie se poursuit.

Nous sommes toujours et encore débordés. J'attends, dans quelques semaines et avec impatience, la loi en préparation mettant fin à cette situation. Ainsi, les non-assurés, un gros quart de la population, auront enfin accès au système de santé. En patientant, nous lançons toujours des appels à l’aide. Cette semaine, nous manquons cruellement de lait et de couches pour les nourrissons. Nous avons pris en charge une centaine de bébés par jour...

Pas trop loin d’Ellinikón, les cafés ont été alors remplis ce dernier week-end: “J'ai utilisé mes derniers sous pour cette sortie. Après on verra. Quoi qu'il arrive le monde ne s'écroulera pas”, racontait une jeune femme à son compagnon, un verre de café glacé à la main.

Appartement deux-pièces à louer. Le Pirée, avril 2015

Deux locaux commerciaux à louer. Le Pirée, avril 2015

Pseudologies quant à l'accès à l'emploi. Le Pirée, avril 2015

Pourtant tout, tout un monde s’est déjà écroulé, celui de l’emploi et celui de l’espoir, pour ne pas les nommer. Au Pirée comme ailleurs, des affiches dont l’esthétique relève vraiment d’un autre système... intergalactique, datant de la période de la... gouvernance Samaras, incitent les jeunes à se procurer le “passeport - sésame pour l’emploi”, une... trouvaille qui se résume à du travail quasi-offert, au profit des employeurs... à la juste hauteur des tickets-restaurants et encore.

Les jeunes, d’après mes informations... boudent de manière ostentatoire le dispositif, ils préfèrent plutôt quémander quelques sous par jour à leurs parents et à leurs grands-parents, et ensuite errer de café en café, “en tuant le temps”, d’après l’expression grecque si bien consacrée.

Honneur à la marine marchande. Graffiti, le Pirée, avril 2015

Impasses. Graffiti, le Pirée, avril 2015

Sur les murs du Pirée, notre modernité de la crise s’affiche ainsi en concentré. On y découvre pêle-mêle, des annonces de locations d’appartements aux prix cassés, ou des locaux commerciaux aux prix encore plus cassés car corrigés même sur les affichettes. Ailleurs, d’autres graphismes rendent honneur à la marine marchande, et à quelques mètres seulement, un dernier graffiti, signifie à sa bonne manière, le point somme toute culminant de notre époque: “Impasses” !

Dans le même désordre d’idées, le nouvel Administrateur de la Caisse des Indépendants (professions libérales), un Syriziste nommé il a à peine quelques jours, expliquait (le 20 avril) sur les ondes de la radio 105,5 (SYRIZA), la nouvelle et urgente reforme, dépénalisant d’abord le non-versement des cotisations (un tiers seulement des indépendants poursuit le versement des cotisations en Grèce), et instituant par la même occasion, une procédure instaurant des versements allégés sous une forme contractuelle, s’étalant sur plus d’une centaine de mensualités, procédure supposée favorable et intéressante pour les nombreux cotisants... décotés par la crise.

Joint par téléphone pour les besoins de l’émission et par celle du vrai dialogue, un autre Syriziste, responsable au Syndicat national des Indépendants, a ainsi exprimé sa vision... locale des enjeux: “Il y a certes du positif dans ces mesures, sauf qu'elles n'attireront pas grande foule. La raison est simple: Diminué ou pas, allongé ou non, le montant des cotisations, il ne sera pas versé. Lorsqu’il y a une baisse des recettes de l’ordre de 70%, on s’occupe d’abord de sa famille qu’il va falloir nourrir, donc, on ne versera pas un seul euro en cotisations. Le gouvernement doit d’urgence financer l’économie, faire circuler l’argent, obliger les banques à soutenir l’activité, voilà la nécessité”.

Les banques (moribondes), c’est à dire aussi la BCE, comme le dirait encore Jacques Sapir, il n'y a pas d'alternative à l'Eurogroupe que d'écraser ou périr.

L’hybris gouverne le monde, l’hypocrisie règne, mais l’été hellène, décidément ante portas nous rendrait (un peu) joyeux et peut-être même plus philosophes. Sous la plage, l’histoire !

Cap Sounion, avril 2015




* Photo de couverture: En Attique, avril 2015

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