Saturday, 6 June 2015

Destinée/Destiny



Athènes, temps d’orage et de week-end. Le petit navire grec négocie alors les déferlantes de la mondialisation néo-féodale aux gros et imposants cargos pirates, battant pavillon troïkan. SYRIZA indiscutablement, a mis de l’eau dans son vin, sauf que le plan grec est plutôt rejeté par les “institutions”.“Ce gouvernement et cette Assemblée n'entérineront pas un nouveau mémorandum”, a déclaré Alexis Tsípras devant les députés, vendredi 5 juin. À Athènes, l’atmosphère est électrique.

Le... petit navire grec. Golfe d'Athènes, 2015

Les créanciers remettent sur la table des exigences lesquelles ne figuraient pas... à travers les négociations et cela depuis voilà quatre mois. Parmi eux, certains insistent pour ainsi faire capoter les négociations, c’est évident. Sauf qu’ils auront davantage à perdre que nous, en cas d’échec et de rupture conduisant à une sortie de la Grèce de la zone euro. La logique du châtiment infligé aux Grecs parce qu’ils ont fait élire un gouvernement de gauche et autant celle de la division, ne profite à personne. Nous invitons donc certaines parties à redevenir raisonnables et à œuvrer pour qu’une solution acceptable par tous soit trouvée”, déclare de son côté l’eurodéputé SYRIZA Dimítris Papadimoúlis (radio 105,5, le 6 juin).

Nous ignorons toutes... les mesures du clash ou même du bluff, mais ce qui est déjà certain, tient du non-remboursement par la Grèce de... la petite somme de la semaine auprès FMI, une première mondiale depuis 1970. “Athènes, qui devait verser un chèque de 300 millions d’euros au FMI le 5 juin, puis trois autres (336 millions d’euros le 12 juin, 560 le 16 et 336 le 19 juin), devrait donc faire un paiement global de 1,6 milliard d’euros le 30 juin, a précisé le FMI. C’est la première fois, depuis qu’ont commencé les premiers plans d’aide à la Grèce, en 2010, que le pays n’honore pas à temps une de ses échéances de remboursement”, remarque alors “Le Monde” daté du 5 juin.

L'autre Rapt de l'Europe. Athènes, juin 2015

Quotidien de la crise. Athènes, mai 2015

Seulement à 1 euro. Athènes, juin 2015

Les Grecs ont accueilli cette nouvelle avec sourire et satisfaction. “Pour une fois enfin, nous ne remboursons pas ce qui n'est pas dû, à tous ses escrocs internationaux”, assure Anna, serveuse dans un café du centre d’Athènes, l’agora infaillible du comptoir approuve alors sans tarder.

Mon ami journaliste et chômeur Th., n’accorde aucun sérieux aux sondages qui veulent nous faire croire que les Grecs demeureraient à plus de 70% favorables au maintien du pays dans la geôle de la zone euro. “C'est plutôt une opinion publique qui est bien partagée ; disons, moitié pour et moitié contre”, pense-t-il, et il n’est pas le seul. Certains journaux s’aventurent ces derniers jours... quant aux prochains faits et gestes du théâtre grec, “après le refus à peine voilé de la Grèce de rembourser le FMI, le pays explosera le 10 juin”, peut-on lire dans une certaine presse de ce week-end et de tous les vents.

Le quotidien de SYRIZA “Avgí”, reproduit les déclarations de Vladimir Poutine, ceci, faisant suite à l’entretien téléphonique du vendredi 5 juin (après l’initiative grecque), entre Vladimir Poutine et Alexis Tsípras: “Nous entretenons avec la Grèce des liens historiques et de bonne coopération, souligne Vladimir Poutine dans l'interview d'aujourd'hui, accordé au quotidien italien ‘Corriere della Sera’. Toutefois, il a souligné que ce serait un choix souverain du peuple grec que de participer aux associations et organisations internationales. ‘Nous ne savons pas ce qui se passera dans l'avenir et il serait donc erroné et contre-productif pour l'économie européenne et pour l'économie grecque maintenant, d’essayer de deviner’, a expliqué le chef du Kremlin, lorsqu’il a été interrogé sur l'attitude de la Russie dans le cas où la Grèce pourrait alors quitter la zone euro. Nous développons des relations avec la Grèce, indépendamment du fait qu’elle soit membre de l'UE et de l'OTAN, ou qu’elle se trouve dans la zone euro’, a-t-il dit”.

SYRIZA, le loup déguisé en mouton. Affiche, Athènes, juin 2015

Athènes, juin 2015

Athènes et certains fantômes. Juin 2015

Ce même quotidien (de SYRIZA), reproduit encore ce samedi 6 juin et en partie, la tribune publiée par Ambrose Evans-Pritchard dans le journal britannique “Daily Telegraph”. “Dans un article alors critique intitulé ‘Le FMI a trahi sa mission en Grèce car il a agi en otage des créanciers de la Zone euro’, étant donné que le péché originel du FMI en Grèce avait été de permettre à Dominique Strauss-Kahn d’en prendre le contrôle pour ainsi sauver l'Europe les banques (françaises et allemandes) et l'euro, lorsque la crise a éclaté, en condamnant la Grèce à la destruction”.

De son côté, Panagiótis Lafazánis, chef du Courant de gauche au sein de SYRIZA et ministre de la Restructuration de la production, de l’Environnement et de l’Énergie, estime, dans un entretien accordé au “Daily Telegraph” et repris par le quotidien “Avgí” toujours du 6 juin, que “les 'institutions' ne semblent pas vouloir un accord, mais elles exigent plutôt la capitulation, puis, la conquête de la Grèce. Le gouvernement grec, ainsi que le peuple grec ne permettront pas cette destruction du pays dans la zone euro.

Le ministre de la Reconstruction de la production, de l'Environnement et de l'Énergie, estime qu'un troisième mémorandum de l’austérité, sera ce qu’il y a de plus destructeur pour le pays, et il note que ce n’est pas à SYRIZA, mais, aux cercles dirigeants de la zone euro, que de devoir opter pour un choix, dire enfin ce qu'ils veulent concernant la Grèce. Il souligne cependant, qu'il est difficile de parvenir à une convergence entre le gouvernement grec et les ‘institutions’, dans la mesure où ces derniers, ne semblent pas viser un accord, mais bien au contraire, elles exigent la reddition grecque, autrement-dit, le pillage de la société grecque et par la même occasion, la ridiculisation de SYRIZA”.

Sur son paillasson. Athènes, juin 2015

Chien à donner. Athènes, juin 2015

Bière et mézé. Athènes, juin 2015

La Grèce du quotidien, attend sa destinée... patiemment sur son paillasson de l’histoire. Elle sirote sa bière en dégustant son mézé, et elle trouve encore les moyens de s’occuper des animaux adespotes (sans maître), à l’instar de la municipalité d’Athènes, tout en reportant “sa dette” envers le FMI.

Le mézé, alors tradition de la gastronomie bien levantine, ensemble de plats servis permettant de goûter un peu à tout, de picorer en faisant des petites bouchées à l’aide du pain pita ou à défaut avec la fourchette. Comme parfois sur la table des négociations et finalement de la destiné... il y aurait presque de tout ! Une dernière idée relatée par la presse, faisant subséquemment son chemin, serait celle d’un accord provisoire sur trois à quatre mois, histoire de passer le cap de l’été et ainsi ses vents et vagues, touristiques comprises, avant de reprendre les négociations et l’étranglement financier du pays par les... escrocs de la Troïka (de Bruxelles comme du Luxembourg) avec les premières pluies. Pari risqué ?

Enfin, certains chez SYRIZA, évoquent ouvertement la probabilité d’un nouvel recours aux urnes, referendum ou encore législatives, info ou alors intox ? Ce qui est certain tient des partis du mémorandum, à savoir, la Nouvelle démocratie, le PASOK et le parti dit de la “Rivière”, ce dernier étant initié... localement chez nous par Bruxelles et par Berlin, une cinquième colonne de la... néo-colonisation européiste, enfin, leurs représentants ont du mal à répondre franchement à la question qu’Alexis Tsípras leur a adressée depuis le perchoir au Parlement grec vendredi 5 juin: “Êtes-vous donc ouvertement favorables ou pas, à un troisième mémorandum et aux mesures destructrices qu'alors il imposera à l'économie et à la société grecque ?

Drachmes d'avant. Athènes, juin 2015

Tournage d'un vidéo-clip. Athènes, juin 2015

Service municipal de soins envers les animaux adespotes. Athènes, juin 2015

Animal adespote et soigné. Athènes, juin 2015

Athènes change incessamment de visage ; à travers ses apories, à travers ses métamorphoses dans le temps et dans l’espace de la crise comme de son histoire. Parfois, le supposé hasard des vitrines des librairies en dit assez long des curiosités du temps présent. Ainsi, côte à côte derrière une telle vitrine, on retrouve une biographie du Roi Paul (1901-1964),Un Roi inhabituel”, le “Journal d'exil, suivi du testament politique” de Léon Trotski, et une enquête historique sur les crises économiques en Grèce durant le siècle précédant, sous le titre bien évocateur: “Je vous fais cadeau de mon enfant à cause de la crise”.

La statue de notre poète Kostís Palamás est toujours “emballée”, conséquence des vandalismes du printemps dernier, tandis qu’ailleurs, c’est un grand concert à ciel ouvert qui est organisé, réunissant des musiciens et des interprètes connus du chant polyphonique, venus des Balkans et de l’Italie du Sud, tandis qu’un marathon a été organisé sur l’île de Syros. La vie continue !

Tout y est ; ou presque, ambiance alors assurée. Les boutiques spécialisées depuis toujours on dirait, vendent toujours des uniformes aux policiers et aux militaires du pays et de l’été grec, et place de la Constitution, un habitué des lieux se présentant comme souffrant d’une tumeur au cerveau, sollicite l’aide des Grecs et des touristes et cela, depuis quelques années déjà; “Dieu le préserve bien, mais pas nous”, a alors lancé une passante récemment.

Un Roi inhabituel, Léon Trotski, et les crises en Grèce. Athènes, juin 2015

Athènes, à travers ses métamorphoses. Exposition, juin 2015

La statue de Kostís Palamás vandalisée. Athènes, mars 2015

La statue de Kostís Palamás emballée. Athènes, juin 2015

Musiciens et interprètes du chant polyphonique. Athènes, juin 2015

Place de la Constitution, un habitué des lieux se présentant comme souffrant. Juin 2015

Marathon organisé sur l’île de Syros. Juin 2015

Boutiques spécialisées vendant des uniformes. Athènes, juin 2015

Les belles demeures des îles ayant parfois offert hospitalité à nos écrivains et poètes, dont Seféris et Elýtis, sont parfois fermées, voire, à vendre.

La Grèce... bien dans ses cartons observe la situation, le soleil, ainsi que sa destinée... cependant, elle n’attend plus rien de très raisonnable de la part des “institutions”. Quatre mois de SYRIZA ont fini par faire démasquer entièrement la logique démentielle des dits “créanciers”. Athènes, temps d’orage... et de douceur.

Maison de l'île de Póros. Juin 2015

La Grèce... bien dans ses cartons. Athènes, juin 2015




* Photo de couverture: Sur un mur à Athènes. Juin 2015

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