Friday, 17 April 2020

Good Friday Passion
Douleur du Vendredi saint



Le pays réel à l’arrêt, privé même de sa Résurrection. Du jamais vu jusqu’à notre nouveau siècle, décidément biscornu. “Pâques est pour les Grecs la plus grande fête de l’année. Le soir du Vendredi saint, dans toutes les villes et tous les villages, la foule accompagne en procession le catafalque du Christ, couvert de fleurs, jusqu’à l’église”, précise à l’attention des lecteurs francophones le traducteur Michel Volkovitch en introduction au recueil de Yórgos Ioánnou “Douleur du Vendredi saint”, précision d’ailleurs toujours utile par les temps qui courent.

Chèvre... rescapée. Péloponnèse, avril 2019

Dimanche de Pâques ce 19 avril, la Police patrouillera... pour s’assurer que les Grecs confinés n’organiseront pas la fête du traditionnel agneau ou chevreuil à la broche sous les pilotis ou dans les jardins pourtant privés. Les églises sont interdites d’accès pour les fidèles, donc on se débrouille. En ce village du vieux Péloponnèse par exemple, le pope a fait sonner les cloches dès Jeudi saint sous la pression des habitants, cela-dit, son église est restée fermée. Jamais le sentiment religieux des Grecs n’a été attaqué comme en ce moment, je dirais même, jamais depuis le temps de l’autre... Bavarocratie que celle actuellement sous Mitsotákis dit... l’Allemand d’Athènes. Le peuple qui n'en pense pas moins, parfois il passe à l’acte, ainsi, des tracts ont été diffusés à Nauplie pour dénoncer ce que certains considèrent comme “relevant de l’athéisme imposé” par le ministre Hardaliás, presse locale du 16 avril.

La police veillera aussi au besoin à l’aide de drones sur les chemins petits et alors grands. Les Grecs ne doivent pas quitter massivement leurs villes, essentiellement Athènes et Thessalonique pour se rendre au village d’origine à l’occasion de Pâques. La circulation automobile sera même totalement interdite entre Samedi saint neuf heures du soir et Lundi de Pâques minuit, sauf pour ceux qui travaillent bien entendu, presse du 16 avril. “Guarda e passa.”

Bavarocratie donc. En 1830, après quatre siècles de domination ottomane, la Grèce devient un État souverain sous le parrainage de trois puissances tutélaires, France, Grande-Bretagne, Russie, qui lui imposent après compromis, un roi allemand... à l’occasion absolu, comme l’explique si bien mon ami l’historien Olivier Delorme dans son ouvrage “La Grèce et les Balkans”. Ce sera Othon le jeune, qui ne connaît rien à la Grèce. Il arrive entouré de Bavarois qui vont administrer le pays en traitant les Grecs comme des larbins. Et à la Cour de Grèce, on parle la langue de Goethe et les ministres fantoches n’existent que pour appliquer ce que leur dictent les Bavarois, au point qu’en Grèce, un terme qualifie depuis cette période: Bavarocratie. Régime radical, y compris lorsqu’il s’agit d’encadrer l’Église grecque, éloignant si possible l’Orthodoxie hellénique de celle de la Russie, surtout de la Russie.

La commissaire Ylva Johansson et le... laquais grec. Bruxelles, avril 2020, photo UE

Migrants à Lesbos. Avril 2020, presse grecque

Mitsotákis dans son bureau. Athènes, avril 2020, presse grecque

Et pendant que les Grecs sous régime... “confinatoire” se demandent comment vont-ils faire pour braver leurs policiers rien que pour se rendre à l’église, ou encore comment réunir la parentèle étendue le jour de Pâques, les ministrions laquais de la gouvernance Mitsotákis agissent et exécutent les ordres de Berlin et de Bruxelles. L’immigrationnisme réellement existant de Mitsotákis boit on dirait en ce moment le meilleur de son petit lait, loin, très loin même des lumières des prétendus grands médias.

Le ministrion Koumoutsákos s’est ainsi plié devant la commissaire... politique Ylva Johansson. La Grèce avait suspendu comme on sait la procédure de dépôt de demandes d’asile pour migrants illégaux durant un mois, après avoir connu un temps bien paroxysmique dans la guerre hybride en cours qu’elle est en train de subir. C’était lorsque la Turquie islamo-totalitaire avait décidé de déverser sur sa frontière fin février des hordes d’envahisseurs migrants, au besoin islamistes et fiers de l’être. Un acte de guerre pour lequel la Turquie devait s’expliquer devant “l’Europe”, sauf que cette Europe est un leurre alors fielleux. Sous le chantage de Johansson et en réalité de Berlin, la Grèce revient sur sa décision début avril, la nouvelle a été largement ignorée et pour cause. La commissaire laquelle d’ores et déjà “invite les pays européens à accueillir encore plus de migrants” a d’ailleurs craché tout son venin sur la Grèce sous forme de diktat, interviewée à l’occasion par “Der Spiegel” le 5 avril dernier.

“Spiegel: La Grèce a été fortement critiquée pour sa réaction trop dure lorsqu’il y a quelques semaines, avec l’approbation et l’aide des autorités turques, des milliers de réfugiés se sont présentés à la frontière et ont tenté d’entrer dans l’UE. Qu’est-ce qui vous rend si sûre que le gouvernement grec fera vraiment tout ce qui est en son pouvoir pour aider les migrants sur les îles?”

“Johansson: Tout simplement: la Grèce est obligée de le faire, il n’y a rien à interpréter. Nous aidons par un soutien médical, en fournissant des tentes d’hôpital de campagne. Il est également clair que les migrants nouvellement arrivés ne peuvent plus être amenés dans les camps existants sur les îles. Et permettez-moi de préciser brièvement ma réaction quant à la position de la Grèce et la situation sur sa frontière terrestre avec la Turquie du début du mois de mars: il n’est tout simplement pas possible de suspendre le droit des migrants de demander l’asile dans l’UE. La Grèce ne peut pas dire adieu au droit de l’UE et aux obligations internationales. Il est donc bon que le gouvernement grec ait clairement indiqué que le droit d’asile continue de s’appliquer - même lorsque le contexte est difficile.”

Ceci pourtant, au moment où la Turquie est en train de transporter massivement des migrants en autocars sur son littoral face aux îles grecques... en destination finale, avec toute la complicité d’ailleurs juteuse des ONG à la Sóros et de l’Allemagne, migrants, notons-le d’après le reportage disponible déjà pour certains malades du coronavirus. Une telle embarcation ayant été récemment repoussée côté turc par les garde-côtes grecs ; les Grecs ont aussitôt constaté que lorsque ces migrants ont été récupérés par les garde-côtes turcs, ces derniers étaient couverts de combinaisons de guerre biologique afin de se protéger, presse grecque du 2 avril 2020. Cela se nomme très exactement un acte de guerre, qui plus est biologique, instrumentalisant des êtres humains, sauf que la Turquie n’est pas à son premier crime de guerre c’est bien connu, avec tout le soutien visiblement allemand et européiste à la manière par exemple de la commissaire Ylva Johansson. D’où encore l’urgence de détruire cette UE le plus rapidement possible.

Église fermée. Péloponnèse, avril 2020

Pays réel. Péloponnèse, avril 2020

Pleine lune... sous le coronavirus. Kathimeriní, avril 2020

La presse de ré information grecque croit savoir que le chantage de la Commission et de Johansson serait le suivant. La première tranche des 350 millions sur 700 millions d’euros au total sous forme “d’aide” pourrait alors... tarder. Surtout, on en déduit que ces sommes sont destinées à l’installation des migrants partout en Grèce, notamment en affrétant des hôtels et en louant des appartements, parfois achetés par des fonds de Sóros ou assimilés après avoir dépossédé les Grecs de leurs biens immobiliers via la Troïka et son austérité germano européiste durant dix ans. Comme par hasard, les saisies se comptent par millier chaque année et sitôt les appartements saisis, ils sont cédés aux fonds rapaces étrangers pour moins de 10% de leur valeur. Le gouvernement Mitsotákis avait déclaré en mentant lors de la crise de la frontière que cette aide serait destinée “au renforcement du contrôle de notre frontière avec la Turquie”, eh bien non. C’est pour faire passer et surtout perdurer l’installation en Grèce de près de 90000 migrants musulmans qui plus est, instrumentalisés par la Turquie nationaliste, une aide comportant entre autres la distribution directe d’argent liquide aux... nouveaux colons, “Hellás Journal” le 4 avril 2020.

Inutile de dire combien les Grecs sont opposés à leur... colonisation musulmane, deux siècles après le funeste Empire ottoman. Partout en Grèce les habitants réagissent violement, sauf qu’ils sont actuellement confinés et que Mitsotákis en profite pour bâtir en ce moment... “ses” 28 bourgades pour migrants à travers le pays, sans le moindre consentement populaire, en violation même de la Constitution. Pour faire court, autant en violation de ce qui est admis internationalement en pareil cas pour tout pays souverain. Protéger ses nationaux et préserver son espace, contre toute logique immigrationniste et mondialiste. Inutile de dire que “notre” caste de politiciens pantins devait être jugée pour haute trahison et ainsi subir toutes les conséquences qui en découlent... mais alors toutes.

Pendant ce temps des commissaires politiques et du goulag européiste, le pays réel des campagnes achemine comme il peut à Athènes, ses agneaux comme ses autres aliments via les autocars des lignes régulières. Temps durs, car à défaut de pouvoir se déplacer, la famille coincée en ville doit célébrer Pâques si possible en oubliant la paupérisation et la misère. Depuis la mise en place du... régime confinatoire, les prix des fruits et des légumes ont plus que doublé en ville, tandis que les entreprises sont souvent à l’arrêt et que les salaires ne sont plus versés. Il y a donc cohue, mais ce n’est pas grave, les gares routières ne sont pas des églises, presse grecque du 16 avril 2020.

Agneaux et les autres aliments. Gare routière, Athènes, avril 2020, presse grecque

Olivier portant... le nom de son possesseur attitré. Péloponnèse, avril 2020

Le pays réel à l’arrêt, privé de sa Résurrection... il se réveillera bientôt davantage paupérisé et en plus colonisé. Le coronavirisme efface et remodèle encore nos réalités, telle est en tout cas la résolution totalitaire appliquée par les marionnettes d’Athènes. Dans les campagnes on a beau marquer parfois ses arbres des noms de leurs... propriétaires et alors seuls bénéficiaires, rien n’y fait. Ce nouveau siècle décidément étrange, ne fera alors aucun cadeau aux engourdis et encore moins aux plus jeunes... surtout techno-embastillés.

Coronavirisme ; rien déjà de plus sournois on dirait pour marquer notre siècle. Il fallait y penser. Sauf que Fiodor Dostoïevski avait déjà prévu en son temps vers 1866 une telle pandémie, servant de catalyseur à l’avènement des temps bien nouveaux.

“Raskolnikov passa à l’hôpital toute la fin du carême et la première semaine de Pâques. En revenant à la santé, il se rappela les cauchemars qu’il avait eus dans le délire de la fièvre. Il lui semblait voir le monde entier désolé par un fléau terrible et sans précédent qui, venu du fond de l’Asie, s’était abattu sur l’Europe. Tous devaient périr, sauf quelques rares élus. Des trichines microscopiques, d’une espèce inconnue jusque-là, s’introduisaient dans l’organisme humain. Mais ces corpuscules étaient des esprits doués d’intelligence et de volonté. Les individus qui en étaient infectés devenaient à l’instant même déséquilibrés et fous. Toutefois, chose étrange, jamais les hommes ne s’étaient crus aussi sages, aussi sûrs de posséder la vérité. Jamais ils n’avaient eu pareille confiance en l’infaillibilité de leurs jugements, de leurs théories scientifiques, de leurs principes moraux.”

Vestiges. Péloponnèse, avril 2020

“Des villages, des villes, des peuples entiers, étaient atteints de ce mal et perdaient la raison. Tous étaient en proie à l’angoisse et hors d’état de se comprendre les uns les autres. Chacun cependant croyait être seul à posséder la vérité et se désolait en considérant ses semblables. Chacun, à cette vue, se frappait la poitrine, se tordait les mains et pleurait... Ils ne pouvaient s’entendre sur les sanctions à prendre, sur le bien et le mal et ne savaient qui condamner ou absoudre. Ils s’entretuaient dans une sorte de fureur absurde. Ils se réunissaient et formaient d’immenses armées pour marcher les uns contre les autres, mais, la campagne à peine commencée, la division se mettait dans les troupes, les rangs étaient rompus, les hommes s’égorgeaient entre eux et se dévoraient mutuellement.”

“Dans les villes, le tocsin retentissait du matin au soir. Tout le monde était appelé aux armes, mais par qui ? Pourquoi ? Personne n’aurait pu le dire et la panique se répandait. On abandonnait les métiers les plus simples, car chacun proposait des idées, des réformes sur lesquelles on ne pouvait arriver à s’entendre ; l’agriculture était délaissée. Çà et là, les hommes formaient des groupes ; ils se juraient de ne point se séparer, et, une minute plus tard, oubliaient la résolution prise et commençaient à s’accuser mutuellement, à se battre, à s’entre-tuer. Les incendies, la famine éclataient partout. Hommes et choses, tout périssait. Cependant, le fléau étendait de plus en plus ses ravages. Seuls, dans le monde entier, pouvaient être sauvés quelques hommes élus, des hommes purs, destinés à commencer une nouvelle race humaine, à renouveler et à purifier la terre ; mais nul ne les avait vus et personne n’avait entendu leurs paroles, ni même le son de leurs voix”, Fiodor Dostoïevski “Crime et châtiment”, traduit du russe par Doussia Ergaz, Gallimard, 1950.

Vestiges. Péloponnèse, avril 2020

Fiodor Dostoïevski mais aussi le nôtre, Yórgos Ioánnou, écrivain emblématique de la Grèce contemporaine. Si j’évoque Ioánnou et son œuvre par ce moment si crucial dans la géopolitique de l’Ordre... fraîchement Nouveau, c’est parce que son époque a finalement engendré nos piètres histoires si actuelles. Celles justement, trop souvent et intentionnellement ignorées des journalistes et des analystes mainstream. Ioánnou, sensible et alors intègre le savait, il le voyait déjà arriver. Ainsi, ses idées et ses mises en garde n’ont jamais été médiatisées par les spécialistes ou même ses traducteurs et cela pour cause. Son œuvre est néanmoins suffisamment traduite en français et les biographies disponibles notent parfois que Yórgos Ioánnou fut également le fondateur d’une revue littéraire “To Phylládio”. Il avait d’ailleurs traduit Tacite et l’Anthologie Palatine, traductions lesquelles y étaient publiées par fragments.

Yórgos Ioánnou entreprit donc en 1978 la rédaction de cette brochure littéraire justement intitulée “La Brochure” - “To Phylládio”, à mi-chemin entre la chronique et l’auto-anthologie sélective et variée. Certains des textes qui selon l’avis de l’auteur ne pouvaient pas être publiés par les journaux ou les revues à l’époque, trouvèrent alors refuge en bonne place dans cette “Brochure” à la périodicité incertaine et assumée comme telle par son créateur. Textes alors brefs, abondants et successifs, en guise de véritable recueil de “micro nouvelles”, chroniques, pamphlets, nécrologies, polémiques et enfin réflexions politiques. Ioánnou n’avait pas la langue dans sa poche. Il y publiait parfois des épisodes relatant son enfance durant la Guerre et l’Occupation allemande entre 1941 et 1944, dont l’extermination quasi totale des Juifs de Thessalonique par les occupants barbares, il avait été le témoin direct, et enfin l’autre barbarie, celle la guerre civile grecque entre 1944 et 1949. Un premier... blog précurseur avant l’heure.

Je voudrais donc pour les besoins de notre analyse évoquer cet angle d’attaque, largement ignoré des lecteurs d’Ioánnou, en Grèce et surtout au-delà. L’époque où cette brochure littéraire et politique naquit, c’était très précisément celle du débat très violent en Grèce, opposant les eurosceptiques du moment, aux artisans et partisans de l’intégration du pays dans l’ensemble que constituait alors la CEE, devenue hélas effective en 1981.

Yórgos Ioánnou. Source Internet grec 2015

Yórgos Ioánnou en grand patriote qu’il a toujours été, il était autant farouchement opposé à cette sombre perspective européiste, et ceci, dès le départ. Il faut préciser que des réserves très fortes allant dans ce même sens... eurosceptique furent exprimées entre autres, par le poète Odysséas Elýtis, Prix Nobel de littérature en 1979 tout comme par les compositeurs Mános Hadjidákis et Míkis Theodorákis. “Face à nos ennemis, nous devons rester unis, préserver notre grécité, se montrer particulièrement méfiants devant la rapacité des pays voisins, et même au besoin, former cette boule défensive d’épines piquantes du hérisson, à chaque fois que notre patrie est menacée, car sinon, nous ne survivrons pas”, écrivait Ioánnou dans son ultime “Phylládio”, publié post-mortem en 1985, peu après de sa soudaine disparition physique.

Douleur du Vendredi saint, pour Yórgos Ioánnou comme pour nous. Pâques demeure pour les Grecs la plus grande fête de l’année. Le soir du Vendredi saint, dans toutes les villes et tous les villages, la foule accompagne en procession le catafalque du Christ, couvert de fleurs, jusqu’à l’église... sauf en 2020. Le calme semble même apparent, sous le regard blasé des animaux adespotes bien de chez nous.

Les historiens du futur seront stupéfaits en étudiant notre époque, celle dite des fléaux ou des “élites” et peut-être bien, de la Résurrection. Qui sait ?
Animaux adespotes. Péloponnèse, avril 2020


* Photo de couverture: Petite chapelle en pays réel. Péloponnèse, avril 2020