Wednesday, 29 April 2020

It's Byzantium !
C’est Byzance !



Hermès de greekcrisis n’en revient pas. Les métronomes du temps perdu annoncent cette semaine la fin progressive du confinement. “C’est long nous le savons mais c’est nécessaire ; ce que nous avons décidé et mis en œuvre c’est pour votre bien, nous avons gagné une première bataille.” Voilà pour le discours officiel, à peine paraphrasé. Il faut dire qu’il y a de la grogne qui monte depuis le pays réel, celui de l’économie pratique alors boiteuse.

Le plus grand caïque d'ici. Péloponnèse, avril 2020

Si possible on ne chôme pas. Le plus grand caïque d’ici a pris la mer arborant outre son pavillon grec, le drapeau impérial de Byzance ou en d’autres termes, celui de l’Empire romain d’Orient hellénisé. Il s’agit de l’ultime étendard de l’Empire avant la prise de sa capitale Constantinople par les Turcs en 1453. Ce drapeau dit “des quatre B”, en usage notamment durant la période de la dynastie des Paléologues, fut l’emblème qui se rapproche le plus d’un drapeau national byzantin. Il s’agit d’une croix tétra-grammatique avec quatre lettres bêta “B” de même couleur dans chaque coin et dont la signification est... comme on l’imagine à la hauteur des symboles: Héritage romain, Christianisme orthodoxe, Hellénisme, d’où les lettres “B” pour Basileus, le Roi et pour signifier, “le Roi des Rois Règne sur la ville-Reine”, Constantinople.

Cet Empire romain d’Orient fait visiblement toujours partie de la mémoire collective en 2020, de même que son corolaire, la pratique ou plus exactement le fait culturel orthodoxe. D’où certaines frictions bien actuelles devant le fait accompli en cours, celui que les mondialisateurs apatrides essayent d’imposer sur nos sociétés de manière si possible irrévocable. Car le confinement actuel, certes si largement adopté de par son caractère sanitaire en tout cas dans un premier temps, il reste toutefois critiqué pour avoir ente autres complètement fermé les églises, au lieu de laisser un minimum d’accès alors régulé.

Une polémique qui ne va pas s’éteindre si facilement. D’autant plus qu’une gaffe du gouvernement et même de Mitsotákis en personne, a fini par discréditer davantage le discours officiel. Encore une fois ce ne sont pas les mesures strictement sanitaires qui sont critiquées mais leur application et même conception, permettant finalement plusieurs poids et mesures. Le pays réel considère autant que certaines pratiques culturelles et religieuses traditionnelles sont injustement visées, comme le sont parfois celles relevant de la stricte survie, entre autres, l’interdiction de la pêche des amateurs.

Petite chapelle. Péloponnèse, avril 2020

En plus donc de cette gaffe de Mitsotákis dans tout son contexte, ses protagonistes compris. Álkistis Protopsálti pour commencer, chanteuse grecque de la bonne variété avait été déjà choisie pour chanter durant la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d’Athènes en 2004. Onze ans plus tard elle a été nommée ministre de la Culture au sein du gouvernement dénommé “de transition technique” entre le 27 août et le 21 septembre 2015, formé sous l’autorité de la juge aux décisions parfois contestées Vassilikí Thánou devenue Premier ministre. Et comme rien n’est vraiment technique et encore moins transitoire dans ce pays, rappelons que cet autre été grec... apocalyptique de 2015, fut essentiellement marqué par le coup d’État de SYRIZA et de la Troïka, sitôt “légalisé” à l’image de la période d’exception... permanente dans laquelle nous sommes entrés malgré nous en 2010. La mesquinerie décisive de 2015 comme on se souvient, avait annulé le “NON” à 62% au référendum de juillet. Donc on peut en déduire que notre chanteuse... connaît plutôt bien une certaine musique, spécialement orchestrée pour accompagner les moments de transition.

Vient ensuite Cóstas Bakoyánnis. Il a été élu maire d'Athènes en mai 2020, près de deux décennies après sa mère Dora Bakoyánni, sœur officielle de Kyriákos Mitsotákis, rien que pour garantir combien nous ne sommes toujours pas sortis de ce petit monde de la dynastie politique des... agents Mitsotákis. La semaine dernière, Bakoyánnis a donc sollicité Protopsálti pour chanter en public, montée sur une plateforme remorquée durant 3 heures et sillonnant le centre-ville d’Athènes. L’occasion semblait alors rêvée pour en rajouter. Le tonton Premier ministre a cru bon faire passer ce camion de la joie devant sa résidence officielle, organisant comme on dit un événement dans l’événement, histoire d’en faire de la propagande, celle très exactement que la novlangue des journalistes et des publicistes de ce siècle... appellent désormais communication.

Le Roi des Rois Règne sur la ville-Reine. Étendard de Byzance, source Internet

Protopsálti chez Mitsotákis. Athènes, le 27 avril, presse grecque

Durant ce spectacle Mitsotakién où comme par hasard la télévision ERT publique a été conviée bien à temps, il y a eu cohue et tout le monde a remarqué que les mesures de la dite “distanciation sociale” tant imposées avec sévérité par le gouvernement à tous les autres, n’ont pas été respectées.

Détails parfois sans importance, dira-t-on, mais qui trahissent clairement des agissements du gouvernement. “Notons cependant qu’une semaine auparavant, le gouvernement avait interdit non seulement la procession de l’Épitaphe du Vendredi saint, mais également sa diffusion sur les hauts parleurs, privant même les citoyens de la possibilité d’y participer en quelque sorte depuis leurs balcons. Visiblement, aux yeux des responsables, les magnifiques chants byzantins nocturnes de la Semaine Sainte, tout comme le message joyeux de la Résurrection ne semblent guère relever du même... symbolisme disons puissant, que par exemple ce dernier spectacle produit dans les rues de la capitale à l’initiative des représentants du gouvernement et de la municipalité.”

L’Icône de Panagía Tripití à Aígio. Avril 2020, presse grecque

“Après tout, alors que l’artiste montait sur sa remorque entrouverte pour labourer les quartiers athéniens, à plusieurs kilomètres plus au sud, à Aígio dans le Péloponnèse, Ierónymos, le Métropolite local décidait d’accomplir la procession de l’Icône de Panagía, la Sainte-Vierge Tripití, transportée à travers sa ville à bord d’un pick-up agricole. Le conducteur du véhicule a été immédiatement interpelé par la Police et une amende de 500 euros lui a été était infligée. Il a vu enfin son véhicule immobilisé durant une certaine période, rien que pour aggraver la sanction. Il y a donc deux poids et deux mesures dans l’application des règles”, note alors une partie de la presse grecque de la semaine.

Le pays réel, en l’occurrence celui des fidèles est en colère. On sent et l’on sait que l’Orthodoxie a été particulièrement visée sous prétexte d’urgence sanitaire. Ici, au village du vieux Péloponnèse des douceurs et des effondrements, on en rajoute même à travers les discussions très locales. “Les dignitaires de l’Église grecque sont autant des traîtres et des froussards, rien que par manque de réaction devant la fermeture totale des églises.”

“Désormais dans la tourmente, Ierónymos d’Athènes, chef de l’Église grecque vient d’adresser une lettre au gouvernement, il faut dire, sous la pression des fidèles mais également, d’un nombre croissant de dignitaires de son Église. La lettre est particulièrement sévère et donne l’impression que l’Archevêque a finalement décidé de ne pas tolérer que certains fonctionnaires gouvernementaux intérimaires puissent de la sorte pointer l’Église de leur doigt. La détonation a été déclenchée par le concert d’Álkistis Protopsálti, sous les applaudissements des dirigeants de l’État et des autorités locales. Cependant, l’ambiance qui règne dans la hiérarchie de l’Église grecque est désastreuse. Beaucoup accusent l’Archevêque de recul constant, et ils l’expriment désormais publiquement.”

Vieux Péloponnèse des douceurs et des effondrements. Avril 2020

Escroquerie, marqué sur le benne. Péloponnèse, avril 2020

Vieux Péloponnèse des douceurs et des effondrements. Avril 2020

“Le gouvernement a décidé d’épuiser toute sa sévérité sur l’Église, a déclaré le métropolite Theológos de Sérres dans son sermon, tandis que le métropolite d’Ierissós Theóclitos s’est exprimé utilisant une phrase connue de l’Archevêque Christódoulos, figure historique de l’Église grecque décédé en 2008. Ceux qui usent de leurs mains pour s’en prendre à l'Église ils finissent alors les mains coupées, pour enfin poser cette question de bon sens: Eh bien, à quoi bon les haut-parleurs et les cloches qui sonnent peuvent-ils alors propager le coronavirus pour qu’ils soient interdits de la sorte ? Donc dans cette affaire, il y a encore deux poids et deux mesures”, presse grecque du 27 avril.

Sous la pression et sous l’effet de sa gaffe, le gouvernement décide d’ouvrir les églises à la prière personnelle dès le 4 mai, car pour les messes il va encore falloir patienter jusqu’au 17 mai. Bien entendu en observant les règles et les précautions logiques d’hygiène comme partout ailleurs et notamment dans les commerces. Transition donc. Le déconfinement progressif est enfin annoncé officiellement par Mitsotákis et les siens mardi 28 avril au soir, alors... tout va bien.

Les historiens du futur noteront peut-être que le clan Mitsotákis a certes sauvé dix mille Grecs du coronavirus technique... pendant qu’il a imposé la colonisation du pays par les “envoyés spéciaux” de la Turquie, avec l’aimable participation de l’UE impériale et ceci en si peu de temps. Car l’actualité ce n’est pas seulement le Covid-19. Le pays est attaqué dans ses fondements, dans sa culture, dans son existence même. “Déjà, il y a cette récente prétendue enquête sérieuse d’une Université finlandaise, initiée par Jussi S. Jauhiainen et Ekaterina Vorobeva, estimant que le peuplement des îles de la mer Égée orientale n’est plus le même et que les migrants musulmans installés sur place doivent désormais constituer la population de référence étant donné que la Grèce exerce sur cette zone insulaire une autorité seulement tutélaire.”

Je rajouterais que cette distorsion volontaire des faits et des réalités rappelle la manière dont on présentait à l’époque le contrôle de la Serbie sur le Kosovo, avant que l’UE et l’OTAN du cocaïnomane Javier Solana ne lancent leurs missiles à l’uranium appauvri sur les Serbes, émission de Lámbros Kalarrýtis, 90.1 FM, le 28 avril 2020 et Internet grec cette semaine, avec la réponse argumentée face à cette propagande formulée par l’Ambassadeur grec Geórgios Ayfantís en anglais. Ailleurs, l’euphémisme de la novlangue imposée fait état des “territoires perdues de la République”, autre blague.

“L’UE donc est de fait une force ennemie agissant contre les intérêts de la Grèce, notamment si l’on considère les ordres donnés au gouvernement grec par la commissaire Johansson au sujet des migrants, ou sinon l’adoption très fréquente par les eurocrates du Quatrième Reich de la rhétorique hitlérienne de la Turquie. Injonctions alors au sujet des îles, de même qu’à travers l’usage des migrants en tant que soldats envahisseurs, instrumentalisés par une politique visant à génocider à terme le peuple grec, le chassant de son propre pays, voire, amputant à terme par la démographie et par la guerre la Grèce d’une partie de son territoire. Et cette politique est alors largement approuvée par le noyau dur décisionnel de l’UE, autant que par les... dirigeants en poste à Athènes. Voilà où nous en sommes et ce qui est plus dangereux, tient hélas de l’inaction alors suspecte des gouvernants”, analyse du géopoliticien Cóstas Grívas, émission de Lámbros Kalarrýtis, 90.1 FM, le 28 avril 2020.

Notons qu’un premier rassemblement populaire est prévu en Crète dès le premier jour du déconfinement le 4 mai, afin de notifier le refus de la population à la transformation de leur île en Lesbos bis, étant donné que seul le gouvernement Mitsotákis au sein de la funeste UE, accepte d’accueillir les futurs migrants depuis la Lybie... pour les installer en Crète. Précisons enfin que la presse mainstream locale, rapporte que ce rassemblement est en partie initié par le général à la retraite Lázaros Skylákis, qu’elle qualifie d’ailleurs... de “nationaliste”, mais on connaît la musique, presse locale du 28 avril.

Film du cinéma grec de 1968. Péloponnèse d'alors

Même endroit. Péloponnèse, avril 2020

Pendant ce temps, c’est grâce à la mobilisation des habitants de Karpenísi en dépit même du confinement et des maires de la région d’Ágrafa que Bakoyánnis, maire d’Athènes et ancien Président de région à Karpenísi, se décide contraint d’intervenir pour “geler” l’installation à Karpenísi et aux villages d’Agrafa de 1500 migrants transférés depuis le camp de Mória à Lesbos, transfert que le gouvernement avait pourtant annoncé, presse locale, le 26 avril. Déconfinement alors... prometteur et c’est pour bientôt.

Nouvelles que la grande presse a complètement ignoré car en attendant, pendant cette première période confinatoire... d’initiation à la mécanique sociale finale, les confinés du bocage alors se divertissent comme ils le peuvent, les médias et leurs moyens aidant. De nombreux films grecs du cinéma légendaire des années 1950 à 1970 ont été visionnés... pour une énième fois, pourtant, au plaisir alors intact.

Parmi eux, ce film de 1968 dont le protagoniste est incarné par le grand acteur Lámbros Konstandáras lequel avait fait ses débuts dans les années 1930 à Paris, sous la direction de Louis Jouvet au théâtre de l'Athénée.

L’histoire est celle d’un capitaine ayant survécu au naufrage de son bateau mais passé pour mort durant plusieurs mois. De retour chez lui, il doit affronter la rapacité de sa propre famille, laquelle a rejeté sa fiancée dans le but de s’accaparer les biens du disparu. Sauf que la justice fut rétablie et que les protagonistes ont enfin pu célébrer leur mariage, c’est bien naturellement la fin d’un film. Tourné en grande partie sur l’île de Póros et dans le Péloponnèse, le film laisse entrevoir ce qu’était la Grèce de l’époque, d’où en partie le succès, disons nostalgique des films du moment pour le public d’aujourd’hui.

Film du cinéma grec de 1968. Péloponnèse d'alors

Même endroit. Péloponnèse, avril 2020

En 2020 certains des endroits immortalisés lors des tournages se trouvent dans un état de désolation et de renoncement. Maisons abandonnées qui tombent en ruines, véhicules laissées de côté depuis tant d’années, petites embarcations de plaisance... transformées par la force du temps en pots de fleurs sortis de l’eau.

Depuis la ruralité et la frugalité des lieux suggérées par le film de 1968, il y a eu presqu’un... autre système technique qui s’y était inscrit jusqu’aux années 2000, pour enfin tomber en ruines et s’effondrer à son tour, sans même attendre... le confinement de 2020 ou la “crise inaugurale grecque” des années 2010.

On se souviendra à l’occasion de cette formule d’Edgar Quinet en guise d’avertissement persistant... au sujet de notre Europe. “Le véritable exil n'est pas d’être arraché à son pays, c’est d’y vivre et de n’y plus rien trouver de ce qui le faisait aimer.”

Pot... de fleurs. Péloponnèse, avril 2020

Boulangerie abandonnée. Péloponnèse, avril 2020

Le déconfinement progressif est alors annoncé officiellement par Mitsotákis mardi 28 avril au soir, donc tout va bien. Sauf que les restaurants et les cafés n’ouvriront qu’en juin prochain, et qu’en attendant, le... menu du pays est à terre.

Péloponnèse alors mythique. Les panneaux indiquent toujours la direction des plages et des hôtels mais désormais dans le vide, surtout lorsqu’on sait que ces derniers n’ouvriront sans doute plus. D’après une récente enquête menée par la Chambre de l’hôtellerie grecque, 65% des hôteliers interrogés estiment que leurs établissements peuvent faire faillite en 2020, suite au changement brusque introduit par la conjoncture, presse grecque du 13 avril.

Le... menu du pays est à terre. Péloponnèse, avril 2020

La direction des plages et des hôtels. Péloponnèse, avril 2020

Sauf que du poisson il y en a. Notre plus gros caïque d’ici a repris la mer arborant même l’étendard impérial de Byzance. au moment où les métronomes du temps perdu viennent d’annoncent la sortie progressive de cette... première période de confinement. Les historiens du futur noteront peut-être que depuis le Covid-19, l’humanité a été vérolée et même verrouillée comme jamais.

Mimi de greekcrisis. Péloponnèse, avril 2020

Et que ce confinement était pourtant le catalyseur nécessaire pour libérer les esprits de décennies d’oppression. La goutte d’eau ou l’étincelle, selon l’expression choisie. Le Covid-19... ainsi que le Covid-21 ont donc été finalement nos sauveurs. Vivement le Jour d’Après...

Mimi, Hermès de greekcrisis dit le Trismégiste, lui et les autres matous n’en reviennent pas. C’est Byzance!
Les autres matous. Péloponnèse, avril 2020


* Photo de couverture: Hermès de greekcrisis. Péloponnèse, avril 2020