Saturday, 29 August 2020

Silence, we mobilize !
Silence, on mobilise !



Silence, on ferme. L’été calendaire se termine à peine, sur les terrasses des tavernes et des cafés on ramasse déjà tables et chaises. L’économie réelle souffre, car pendant que le secteur du tourisme perd environ 80% de son chiffre d’affaires habituel, ses employés comme ses patrons se retournent alors vers l’administration supposée centrale, histoire de solliciter les miettes... de l’émiettement programmée. La guerre latente et autant larvée en plus.

La pêche et son commerce. Péloponnèse, août 2020

N’en empêche, le pays grec se pose autant ses bonnes questions au sujet du COVIDisme réellement existant, déjà pour ce qui tient de la propagande et des usages totalitaires à son propos, dont font religieusement preuve nos gouvernants marionnettes. Discussion au café du port ce matin, question de logique. “Les nouvelles sont catastrophiques car les gouvernants sont catastrophiques. Leur truc d’ailleurs ne tient pas. Comment se fait-il que dans une boutique de 55 mètres carrés, seulement deux clients sont admis à la fois au demeurant muselés, mais alors en même temps, dans une classe de 55 mètres carrés on peut décidément admettre 17 à 25 élèves, également muselés et d’ailleurs dès l’âge de la maternelle. Ça sent le vent mauvais et c’est plutôt louche.

En attendant, des parents ayant fait circuler des messages incitant à ne pas céder au port du masque rendu obligatoire pour les enfants, surtout pour les plus jeunes, ils ont sitôt été attaqués en justice par le ministère de l’ordre public, obligeant leurs comptes Facebook à la fermeture. il s’agit pourtant des dizaines de milliers de parents d’enfants scolarisés. Notons que lors des recréations et durant les cours de sport, le port du masque n’est plus obligatoire, et l’on voit alors mal comment la mesure va pouvoir être appliquée réellement dans ce contexte, en plus si l’on tient compte de la suspicion généralisé, d’ailleurs prévisible.

Car les Mitsotákis et les autres salopards politiques du temps présent, ont tant œuvré pour que la santé des Grecs se détériore, multipliant sciemment les politiques ethnocidaires, allant, de la mise à mort de l’économie et du lien social, à la déstructuration volontaire du système de santé. Les Grecs sont donc morts et meurent alors toujours par milliers chaque année, entre les suicidés, les emportés... du mauvais coup de cœur comme des AVC et autres pathologies exacerbées de la sorte, d’ailleurs de manière programmée. Même si les 260 morts au total depuis février 2020, attribués comme on sait au COVID-19 deviendront 26000, de nombreux Grecs ne sont guère convaincus du bien-fondé des intentions des gouvernants, ce qui ne veut pas dire que c’est la maladie et ses effets qui sont ignorés. Drôle de pathos... cliniquement mort.

Ensuite il y a la guerre, la vraie, toujours la guerre. Des analystes sérieux s’accordent pour dire qu’elle est en cours, ou alors sinon, en cours de route. L’Union dite européenne ne fera pas grand-chose, sa position berlinoise a été analysée récemment sur ce blog, et ces derniers jours la presse turque se déchaîne annonçant “la très imminente punition des Grecs” et ainsi de suite.

Le vrai visage de la Turquie et d'Erdogan. Presse australienne, août 2020

Avion F-16 grec. Août 2020, presse grecque

Geórgios Avérof, cuirassé de classe Pisa de la marine royale grecque. Guerres Balkaniques

Cependant dans le monde, des voix enfin s’élèvent pour remettre un peu d’ordre dans la logique la plus élémentaire, celle des faits et des gestes. “La Turquie n'est pas notre amie”, écrit Luke Slattery, journaliste et éditorialiste de la presse australienne.

La Turquie est dictatoriale chez elle et aventuriste à l'étranger. La confrontation actuelle entre Athènes et Ankara quant à l'exploration gazière au large de l'île grecque de Kastellórizo est un signal d'alarme important concernant les ambitions économiques, stratégiques et territoriales de la Turquie. Dans l'Est de la Méditerranée, la Turquie mène désormais une politique navale expansionniste appelée Mavi Vatan, ou Blue Homeland, ce qui ressemble assez l'expansionnisme de Pékin dans la mer de Chine méridionale.

Kastellórizo, c’est un peu plus qu'un rocher surdimensionné avec un joli port. L’île se trouve à seulement 2 km de la célèbre côte turquoise de la Turquie. J'ai visité la région plusieurs fois pour de recherches rédigeant mes livres entre 2004 et 2010. Lors de ma dernière visite au bar du coin, un serveur de mon hôtel à Kas, la ville touristique turque, m'a montré la vue de l’île grecque de Kastellórizo depuis le dernier étage, avant de... viser l’île avec une mitrailleuse imaginaire et ouvrant le feu sur ses habitants, bien évidemment en mimant le geste. Sa prose a distillé de façon dramatique toute l’attitude de la Turquie à l’égard de la Grèce. Je soupçonne que le jeune homme a gardé de fiers souvenirs culturels du massacre turc en 1922, celui des Grecs et des Arméniens à Smyrne, aujourd'hui Izmir turque, à quatre heures de route au nord de Kas.

Notons que les atrocités turques à Smyrne, lesquelles ont porté à son apogée l'extermination génocidaire des minorités chrétiennes par l'Empire ottoman sous le couvert de la Grande Guerre, elles ont été commises sous le commandement direct de Mustapha Kemal - le même Kemal, ou Atatürk, dont les paroles suscitent toujours les mêmes sentiments à chaque ANZAC australien. Ces héros qui ont versé leur sang et ont perdu la vie. - Vous êtes maintenant couché sur le sol d'un pays ami. Reposez donc en paix. - Pourtant, lorsque nous honorons les belles phrases de Kemal, nous sanctionnons tacitement le massacre de près de 100.000 Grecs et Arméniens à Smyrne. Sauf que la Turquie rejette toute tentative de reconnaître ou de commémorer ses massacres, antérieurs même à 1922, ceux plus largement des Arméniens, des Grecs et des autres communautés chrétiennes, sauf que les faits sont incontestables.

Chypre et sa civilisation historique grecque. Musée d'Art Cycladique, Athènes, 2020

Chypre et sa civilisation historique grecque. Musée d'Art Cycladique, Athènes, 2020

Et entre temps, des F-16 grecs se sont posés à Chypre la semaine dernière, pour participer à des exercices et autres manœuvres communes sur place avec des appareils français et émiratis. La Turquie officielle s’énerve et s’emporte, à leur retour les F-16 grec ont été attaqués par des F-16 turcs, sauf que du côté grec on l’avait vu venir et d’autres appareils grecs ont alors piégé et même mortellement ciblé les avions turcs. En cas d’engagement aux tirs réels, les appareils turcs auraient été tout simplement abattus.

Non loin de là, en tout cas en vol d’oiseau... F-16, dans la zone de l’île de Kos et de Nissiros, les navires de guerre turcs violent les eaux territoriales grecques, pratiquement chaque matin. “En fait c'est tous les jours entre 9h30 et 9h50, horaire de fonctionnaire. Oui, on a vu ça hier... Deux jours qu'il n'était pas passé ou qu'on l'avait manqué... Et rebelotte ce matin à 10 h00” comme me l’écrit mon ami Olivier Delorme depuis Nissiros. Heureusement, il n’y a pas que les Turcs dans le coin, Olivier a récolté ses amandes et son Ráko en est d’ailleurs bien fier. Mer Égée !

Dans le même temps, l’autre guerre en cours, c’est celle des migrants et autant colons musulmans que la Turquie...dépêche en Grèce de nouveau chaque jour en Égée orientale. Près de deux cents envahisseurs instrumentalisés de la sorte ont ainsi débarqué de force entre Lesbos et Rhodes, dont 55 justement à Rhodes... lorsque leur voilier avait été enfin secouru. On n’arrête donc pas la guerre.

Ráko, bien fier. Photo d'Olivier Delorme, Nissiros, août 2020

Les envahisseurs en route vers Rhodes. Presse grecque, août 2020

Déclin. Vieux Péloponnèse, août 2020

La guerre c’est alors le déclin... en plus des autres moyens. Sauf qu’on ne peut pas toujours passer outre, au risque de céder sa patrie et ainsi son existence.

Fait remarquable mais peu médiatisé, d’après le reportage disponible, l’Armée grecque est déjà entrée dans une phase de mobilisation partielle, pas seulement dans les îles de la mer Égée, mais aussi en Grèce continentale. La presse locale de Thessalie et plus précisément le quotidien historique de la ville de Vólos “Thessalía” depuis 1898, rapporte vendredi 28 août “que 400 premiers réservistes aux spécialisations diverses mais alors suffisamment pointues et habitant la région, ont été avisés par la Police de la possible imminence de leur mobilisation. C’est dans ce cadre que les policiers locaux ont distribué aux intéressés et au cas par cas leurs nouvelles feuilles de mobilisation, précisant surtout leurs affectations précises en cas de mobilisation générale ou alors partielle”, presse de Vólos le 28 août.

Au même moment, les dispensaires de la 32e Brigade de Fusiliers Marins basée à Vólos, sont de nouveau opérationnels car ils étaient mis à l’arrêt et tout laisse croire qu’une bonne partie des réservistes avisés de la région sont des anciens plutôt récents de cette grande unité. Notons que La 32e Brigade des Marines, a comme son rôle principal l’intervention rapide dans le cadre d’opérations amphibies sur les nombreuses îles au large des côtes grecques. Donc on y est peut-être... ou presque.

Mobilisation partielle. Presse de Vólos, Thessalie, le 28 août

Moteur de caïque - chalutier. Péloponnèse, août 2020

Au pays marin des vieilles machines ayant appartenu aux caïques d’antan comme de toujours, nous sommes suffisamment conscients de l’importance vitale de notre archipel Égéen ainsi que des enjeux.

Restent pourtant et toujours les politiciens. Pour certains analystes, l’histoire est déjà un peu ancienne, car il y a cette vidéo célèbre de Mitsotákis père, interviewé par Papahélas journaliste alors convive du club Bilderberg. Mitsotákis y avoue donc sans gêne “que l’Égée sera partagée entre la Grèce et la Turquie”, et qu’ensuite, pour faire bien, c’est-à-dire pour entériner les résultats des négociations secrètes afin de faire passer la pilule au peuple grec, c’est la prétendue “Justice Internationale qui sera appelée à la rescousse”.

On suppose, à l’instar du vieux journaliste anti Bilderbergien, le regretté Lámbros Papantoníou que le précédent Mitsotákis de la funeste famille, aurait signé, ou en tout cas il aurait été bien près de la signature d’un accord avec la Turquie, en toute illégalité bien entendu.

Au pays des caïques. Péloponnèse, août 2020

La coexploitation de la mer Égée avec la Turquie est une histoire qui débute officiellement pour le grand public en 1996, avec le changement du dogme de la Turquie introduit par l'amiral turc de l'époque Güven Erkaya et surtout, par la diplomatie secrète au sujet de la mer Égée. Les propositions Erkaya résumaient alors les positions diplomatiques qui ont été formellement exprimées entre la Grèce et la Turquie à partir de 1976, afin “de résoudre le problème en Égée” sans Casus Belli. Décidément, la partition de la mer Égée faisait même partie d'un plan plus large qui concernait toute la péninsule des Balkans et le Moyen-Orient, et où, elle avait déjà été proposée par les États-Unis à l’URSS de l’époque, lors de la visite du 22 mai 1972 du président américain Richard Nixon et de Henry. Kissinger à Moscou.

Depuis lors, il y a eu tant de plans, à la fois au ministère turc des Affaires étrangères et à celui de la Défense, sur la façon dont ce démembrement se déroulera, sans guerre ou même avec. Bien sûr, selon le même plan, la Turquie sera également divisée, car ces plans concernent tous les États situés dans la zone géographique de la péninsule de Balkans et du Moyen-Orient, même si les dirigeants politiques turcs essaient d'éviter par leurs nouvelles alliances en dehors de l’OTAN, l’exécution de ce plan... disons jusqu’au bout concernant la Turquie.

Lámbros Papantoníou, dans son livre “Nous perdons la mer Égée” avait révélé dès 1992, au moyen des dizaines de documents secrets du ministère grec des Affaires étrangères alors divulgués, toute l’historique des négociations gréco-turques de 1976-1981 et autant, comment alors Konstantínos Mitsotákis en tant que ministre des Affaires étrangères, avait livré la mer Égée orientale à la Turquie via son prétendu Pacte d'amitié entre la Grèce et la Turquie, ceci, disons, de manière très sournoisement politique.

Combattants Evzones de l'Armée grecque. Guerres Balkanique 1912-1913

Nous sommes loin des Guerres Balkaniques de jadis et pourtant si près. De ce fait, rien ne peut nous garantir de l’intégrité du Mitsotákis actuel au pseudo-pouvoir, rien, absolument rien. Sauf peut-être l’imprévu évènementiel, si cher à l’histoire humaine depuis la nuit des temps. Car la Turquie d’Erdogan, voire la Turquie tout court, se déchaîne actuellement dans un délire néo-hitlérien si manifeste, que de nombreux autres acteurs de la géopolitique du moment se trouvent alors visiblement gênés.

Ensuite et d’ailleurs en interne, en cas de conflit, Mitsotákis aura à affronter autant toute l’âme de la patrie grecque, celle exactement qui lui fait tant défaut, comme pour toute la caste des politiciens au pays des caïques. Comme le dit Apóstolos au café du port, “le jour où ils auront à rendre enfin des comptes au peuple, ils n’auront même pas le temps d’en placer une, ils seront tout simplement exécutés sur la Place de la Constitution.” Bas... peuple diront alors certains.

Fin de l’été. Silence, on mobilise. L’été calendaire se termine à peine, les terrasses des tavernes se vident, et l’on ramasse alors bientôt tables et chaises.

Les terrasses des tavernes se vident. Péloponnèse, août 2020

Un exercice de grande envergure. Presse grecque du 29 août 2020

L’automne nous attend... et nous l’attendons. Pendant ce temps, le pouvoir politique en rajoute dans la peur du COVID-19, il divise alors davantage la société par sa gestion obstinée de la dite crise sanitaire. En attendant... les Barbares. Au même moment, on vient d’apprendre par la presse qu’un exercice de grande envergure a été mené dans le sud-est de la Crète, à Kásos, Karpathos et au sud de Kastelórizo, “dans le contexte de la préparation opérationnelle des forces armées grecques, sur ordre du chef d'État-major général”.

On scrute déjà mer et terre, comme alors on scrute autant l’horizon. Bientôt la fin du jeu, ou plutôt sa poursuite par d’autres moyens?
On scrute autant l’horizon. Animal adespote, Péloponnèse, août 2020


* Photo de couverture: Silence, on ferme. Péloponnèse, août 2020