Tuesday, 1 September 2020

Mycenae on fire
Mycènes en feu



Fin août. Il y a le feu, encore et toujours. Mycènes en feu, l’incendie d’après le Ministère de la Culture, “a tout juste traversé le célèbre site” du royaume du héros homérique Agamemnon, chef des Achéens lors de la lointaine guerre de Troie. Et alors, bien loin du Péloponnèse des Atrides, à l’autre bout du pays Égéen, nos garnisons auraient récemment reçu des renforts, ce que les Turcs considèrent comme une “provocation”. Bonne blague.

L'incendie à Mycènes. Presse grecque, le 31 août

Les Pirates historiques de la région insistent et en rajoutent au sujet de la prétendue “démilitarisation des îles grecques”, histoire surtout d’en faire d’elles, des proies faciles. Hélas ce n’est guère possible, nous ne pouvons pas les dégarnir de la sorte; la Grèce n’a pas ses frontières avec le Danemark mais avec la Turquie, qui plus est, celle d’Erdogan.

Péloponnèse donc et ses bourgades, d’où l’Égée et ses contractions demeurent perceptibles. Au café du port, la question posée est désormais celle du moment choisi pour le déclenchement des hostilités et non plus celui des incertitudes passées à son sujet. “C’est certain les gars, on y va tout droit.” C’est seulement ensuite que l’on évoquera entre pêcheurs ou anciens éleveurs, les affaires courantes, présentes comme supposées éteintes. Puis, les discussions tournent comme le vent du moment, l’histoire, ses guerres et ses conflits en plus du COVID-19 et des suites dans ses apories.

Certains habitants nés dans les années 1950 évoquent leurs souvenirs de Chypre ainsi douloureux, ceux de l’invasion de la Turquie comme de la trahison des prétendues élites grecques que l’on n’oublie pas, lorsque d’autres se souviennent des deux îles anciennement grecques, Ímvros et Ténédos. “Oui, mon grand-père est arrivé dans le Péloponnèse depuis Ímvros, c’était bien après la guerre des années 1940. Les Turcs ont chassé nos familles.” Mémoire disons collective.

Pays grec. Mer Égée, août 2020, presse grecque

Seules îles de l’Égée attribuées à la Turquie, îles dont la population est au départ, exclusivement grecque bien à l’instar des autres, sauf qu’elle ne l’est plus car ces deux îles ont été rattachées à la Turquie. Depuis, l’ethnocide calculé turc a encore fait de son... “miracle”. En violant les Traités quant au maintien de la population locale grecque, elle a persécuté, violenté, et enfin expulsé la population grecque d’Ímvros et de Ténédos pour la remplacer par ses colons habituels.

Comme à Chypre, dans sa partie occupée depuis 1974, au détriment même de la minorité turque de Chypre dépassée par les colons Anatoliens. C’est autant un pratique de génocide à bas voltage et au besoin même à très haut, les Kurdes en Turquie, en Irak, en Syrie occupée par Ankara en savent également quelque chose. En Grèce, nous ne sommes pas non plus de la dernière pluie... géopolitique de la région.

Bâtiment grec patrouillant au large de Nísyros. Photo d'Olivier Delorme, 30 août 2020

Merkel tergiverse face à Erdogan. Presse grecque, août 2020

Même Wikipédia, rappelle à sa manière certaines des évidences. “En 1913, à l’issue des guerres balkaniques, et contrairement aux autres îles Égéennes, Ímvros ne fut pas rattachée à la Grèce car l'Entente et les Empires centraux préférèrent la maintenir sous la souveraineté ottomane en raison de sa proximité stratégique avec le détroit des Dardanelles. En dépit des vœux de sa population alors entièrement hellénophone, cette politique fut confirmée en 1923 par le traité de Lausanne.”

“Le traité de Lausanne imposait des échanges de population entre la Turquie et la Grèce, mais Constantinople, Imbros et Ténédos en étaient exclus: c’est pourquoi au milieu du XXe siècle, les 12 000 Imbriótes étaient encore presque tous Grecs, alors que soixante ans plus tard, au dernier recensement, ses 8 875 habitants étaient presque tous Turcs, à l’exception d’une faible population vieillissante d’origine grecque, environ 250 personnes. La population d’origine s’est progressivement exilée en Grèce à partir de 1955 année du pogrom d'Istanbul, devenant minoritaire à partir de 1981, en raison des spoliations foncières, des chicanes fiscales, des discriminations et de la colonisation turque.”

Rappelons que le pogrom des Grecs de Constantinople avait été largement... cooptée entre la puissance coloniale britannique et la Turquie éternelle, pendant que la population à 82% grecque de Chypre se battaient pour sa liberté, aspirant au rattachement de l’île à la Grèce. Rappelons encore que la minorité musulmane de la Thrace occidentale côté grecque, en partie turcophone, autant exclue des échanges de population entre la Grèce et la Turquie est en 2020 ouvertement revendiquée par la Turquie, laquelle exécute depuis surtout 1974 un long travail de subversion sur le terrain, d’abord via son Consulat, puis grâce à ses agents des services secrets, sans oublier l’islamisation galopante de cette communauté, au besoin obtenue par la terreur, le chantage et enfin, par le biais des capitaux des banques et de l’État turc.

L'incendie à Mycènes. Presse grecque, le 31 août

L'incendie à Mycènes. Presse grecque, le 31 août

Il y a donc le feu et pas qu’à Mycènes. Le porte-avions Charles-de-Gaulle, bâtiment de combat à propulsion nucléaire Charles-de-Gaulle et navire amiral de la Marine nationale française est arrivé dans la zone d’après la presse grecque. Et quand la presse turque se déchaine autant au sujet de la militarisation des îles grecques comme en ce moment visant ouvertement Kastellórizo se référant au Traité de Paris de 1947, signé entre la Grèce et l’Italie, c’est un peu fort de café... tuc.

Car la Turquie qui n’est pas partie prenante de ce Traité, évoque certes volontiers son article 14.2, “ces îles seront et resteront démilitarisées”, et non pas l’article 14.1 alors fondamental, car rattachant Kastellórizo au Dodécanèse grec. “L’Italie cède à la Grèce, en pleine souveraineté, les îles du Dodécanèse ci-après énumérées, savoir: Stampalia - Astypálaia, Rhodes - Rhódos, Calki - Khálki, Scarpanto, Casos, Piscopis - Tílos, Misiros - Nísyros, Calimnos - Kálymnos, Léros, Pátmos, Lipsos, Simi - Sými, Kos et Kastellórizo, ainsi que les îlots adjacents.”

C’est surtout que l’argument turc ne tient guère, vu d’abord le comportement historique de ce pays... lu et approuvé si besoin est dans le sang. On espère parfois côté grec que des voix logiques puissent s’élever en Turquie pour enfin modifier la donne ; mais c’est en vain et cela dure alors depuis tant de décennies. Entre-temps, les navires de guerre turcs se permettent de violer l’espace grec, voire, d’agresser même ouvertement les bâtiments grecs.

Mon ami, l’historien et écrivain Olivier Delorme me communiquant ainsi sa photo du jour, il précise que ce n’est plus un navire turc qui navigue au large de son île d’adoption Nísyros, mais bel et bien un bâtiment de la Marine nationale grecque. Bonne nouvelle. Non, nous ne pouvons pas laisser faire l’agresseur, et c’est seulement le jour où la Turquie comprendra les évidences du bon voisinage que l’on pourra alors démilitariser nos îles. Espérons seulement que Mitsotákis est... du même avis.

Fin août. Péloponnèse 2020

Fin août, Gatoúlis. Péloponnèse 2020

Fin août et sa lune presque pleine. Et la vie parfois... sous la table. Fermetures, COVID-19 et d’ailleurs frontières. On nous annonce tant de nouveaux cas, aussi touristiques que locaux, mais il n’y a que trente et quelques patients entubés pour un pays de dix millions d’âmes. Bien entendu l’hiver arrive et les suites ne sont pas encore connues. En tout cas, un avion entier du voyagiste TUI, empli de touristes britanniques ayant quitté l’île de Zákynthos dans le sens du retour, s’est avéré être très COVIDien. Ses passagers ont tous été placés en quatorzaine. D’ailleurs, sur les 4 à 5 nouveaux cas détectés chaque jour à l’hôpital de la belle île Ionienne, tous sont des touristes ou sinon, des professionnels de la branche hôtellerie et restauration.

Sans oublier les jeunes des quartiers aisés d’Athènes, lesquels ont à leur manière, propagé tout le... foutoir COVIDien partout dans les îles et d’abord aux Cyclades. C’est un secret de polichinelle, les locaux d’abord se taisaient, les policiers fermaient les yeux et les parents inquiets rapatriaient alors leurs rejetons à Athènes en hélicoptère, une fois malades ou alors porteurs du coronavirus et surtout de l’hybris. Ces jeunes loups s’évadent même des hôpitaux, dénoncent alors les médecins hospitaliers. Rien de surprenant à tout cela.

La vie parfois... sous la table. Péloponnèse, août 2020

Tout n’est pas perdu, on le sait. Gatoúlis du port par exemple est résolument de notre côté. La saison du tourisme s’en va sans même vraiment arriver, et au café du port on poursuit la discussion entre habitués, l’époque s’y prête. “On fera la guerre même si dans ce pays, la moitié des travailleurs s’en sort désormais avec moins de 500 euros par mois et encore. En plus, ils nous gonflent trop avec leur fermeté devant le coronavirus et ses devoirs. Ils n’auraient qu’à imposer le test obligatoire pour toute entrée sur le territoire grec, et voilà que maintenant les sbires de Mitsotákis s’en prennent aux Grecs et aux jeunes. De même que dans les autres pays, on accuse et on culpabilise les populations... au lieu de s’en prendre au fonctionnement de leur système à deux balles. Basta. Mais face aux Turcs, on a autre chose à faire qu’à nous user ainsi inutilement.

Tout se voit. Les Allemands avancent à peine masqués derrière les Turcs. Ils veulent l’Égée, ils veulent la Grèce, ils veulent les gazoducs et le gaz avec. On les connait depuis longtemps.” Le pays réel, surtout celui de ceux qui sont un peu plus âgés déjà, il n’a pas la mémoire courte. Les plus jeunes par contre, parfois ils pataugent. C’est tout le travail de sape et de propagande alors ethnocidaire et nihiliste des mondialistes à la Sóros achevé dans les écoles ; de la maternelle à l’Université. Sauf que désormais c’est soit la fin de la nation et du pays, soit la leur.

Les habitants pêchent à la ligne. Péloponnèse, août 2020

Les estivants s’en vont, les habitants pêchent à la ligne matin et soir faute de mieux, les tavernes sont vides, la guerre du moins dans la presse est alors partout. Il fait encore beau et chaud en mer Égée et le feu n’aurait fait que passer par Mycènes nous dit-on.

Pas toujours. “Non, ce n’est pas supportable. Aujourd'hui est un jour de deuil panhellénique. Même si peu d'entre nous le réalisent. Le site de Mycènes a brûlé! Le point de départ des épopées homériques et de la tragédie. L’endroit où l'Histoire s’est muée en Mythe! Sous le feu. Comme ces restes des édifices datant de 1300 av. J.-C., par exemple le supposé tombeau de Clytemnestre, la Porte des lions, découverte pour la première fois en 1841 par George Pittákis. En dépit des paroles rassurantes du ministère de la Culture, le feu a pénétré à l'intérieur du palais et du centre religieux à l'extrémité sud-ouest du mur des Cyclopes, presse grecque du jour.

Septembre déjà. Il y aura le feu, encore et toujours. En tout cas, Hermès et Mimi de greekcrisis se portent bien. Bonne nouvelle!
Hermès et Mimi de greekcrisis. Août 2020


* Photo de couverture: L'incendie à Mycènes. Presse grecque, le 31 août