Wednesday, 28 October 2020

Children of Piraeus !
Enfants du Pirée !



Jour après jour, l'actualité prend des allures de cascade. Elle nous rappelle à l'urgence de nos réflexions, voire à celle de nos actions. Il se peut même que nous soyons un obstacle... encore ardent aux mutations imposées à travers la géopolitique du moment, COVID-19 compris.

Au Pirée. Octobre 2020

Il y a à une semaine, je rencontrais mon ami Olivier Delorme, historien et écrivain de passage à Athènes. Comme l’écrit Olivier sur sa page Facebook, “journée renouvellement du matériel informatique et téléphone à Athènes, avec l'ami Panagiótis. Longue discussion au soleil du Pirée avant l'embarquement... Pas toujours d'accord avec lui mais il est toujours passionnant. Et Salamine, dans un arbre, alors que les Chinois creusent le chenal - et les éventuels vestiges archéologiques ? Pour permettre l'accès des super paquebots super pollueurs. Vive le progrès!

Triste constat ; car ce que les enfants du Pirée appellent toujours Piraïkí, autrement-dit en périphrase, la corniche en prolongation du grand port historique, alors sa belle vue sur la mer disparaîtra en partie suite au creusement du chenal par la compagnie COSCO, le géant chinois à qui appartient depuis un moment déjà le plus grand complexe portuaire grec. Sous la grande actualité de la guerre initiée par la Turquie en mer Égée et bien au-delà, derrière même l’urgence COVIDaliste qui s’accélère, il y a décidément tout un... restant factuel parallèle à nos grands événements, sauf que les médias en parlent si peu.

Événement rare, pour une fois médiatisée par la presse grecque, nous avons aperçu amarré au Pirée, le VICE-AMIRAL KOULAKOV, destroyer de classe Oudaloï appartenant à la flotte maritime militaire de Russie. Notons que le ministre russe des Affaires étrangères d’origine arménienne Sergueï Lavrov, est arrivé lundi 24 octobre en Grèce pour rencontrer le Premier ministre Mitsotákis et le ministre des Affaires étrangères Déndias. Événements en cascade, c’est visiblement tout un cycle qui est en train d’éclater. Guerres multiples, guerres hybrides, autoritarisme sanitaire, certains vont jusqu’à dire que notre monde serait en train de couler, torpillé sans doute.

Banderoles et messages. Le Pirée, octobre 2020

Naufrage en imagerie. Athènes, octobre 2020

Le VICE-AMIRAL KOULAKOV au Pirée. Octobre 2020, presse grecque

En attendant, les Chinois creusent toujours le chenal jour après jour. Devant leurs balcons, les habitants ignorés de tous, accrochent comme ils peuvent leurs banderoles et leurs messages. Ils en veulent aux politiciens, aux élus locaux, voire, à l’Église du Pirée. “Tous complices dans l’aboutissement d’une tragédie en cours, programmée et imposée”. Adieu Thémistocle, Salamine en image est accrochée sur un arbre, vestiges antiques dans un sens déracinés. Il n’y a eu ni débat, ni consultation, le creusement du chenal avait même commencé sous le régime fort du confinement en avril dernier, c’est bien connu, le COVID sert à tout.

Le public francophone se consolera du moins, découvrant le récent livre d’Olivier Delorme, “Thémistocle”. “Il y a 2500 ans, dans une Athènes où la démocratie, encore en devenir, est contestée par ceux qui ont tout mais n'ont pourtant jamais assez, un homme contribue à l'enraciner tout en devenant l'âme de la Résistance à l'invasion perse. Il s'appelle Thémistocle”.

La journée fut belle et ensoleillée. Ce petit bistrot du Pirée au balcon donnant sur la mer est également un vrai petit musée. Ses deux jeunes gérants, étalent alors fièrement leur collection d’électrophones de jadis devant les rares clients plutôt éblouis. On y découvre alors en état de marche, un rare SANYO G2311-KL PORTABLE MUSIC CENTRE de 1970, et un CROWN RADIO PHONOGRAPH TRP-20 de 1960. Notre autre vie, avant... sa numérisation. Nous croisons les doigts pour que ces établissements puissent tenir et résister... aux temps des super paquebots et du prétendu “progrès” actuel.

Ce petit bistrot du Pirée. Octobre 2020

Un rare SANYO G2311-KL. Le Pirée, octobre 2020

Un CROWN RADIO PHONOGRAPH TRP-20. Le Pirée, octobre 2020

Encore plus rare en ces lieux, on y distinguait depuis un... électrophone bien de notre temps, tous les timbres du bon vieux chant Rebétiko et non pas, ces habituelles “musiques” dites de fond des cafés et des bars, parvenues tout droit du fond faisandé de l’omniprésente acculturation. Tout n’est donc pas perdu du côté de l’âme. D’ailleurs, on sait que le rebétiko a connu son heure de gloire autour du port du Pirée avant la Deuxième Guerre mondiale. Ce genre musical fut la conséquence de la rencontre dans les années 1920, des réfugiés grecs d'Asie mineure chassés par les Turcs, et des émigrés de la Grèce des îles et du continent venant chercher du travail à Athènes et au Pirée.

Sauf qu’un siècle plus tard, en ce temps “méta-travaillé” qui est le nôtre, la tendance pourrait s’inverser, car nombreux sont ceux qui parmi les citadins, aspirent désormais à retourner dans les campagnes ; celles que leurs aïeuls avaient quitté dans les années 1960. La ville n’est d’ailleurs plus c’est qu’elle a longtemps incarné en matière de promesses d’ascension sociale et de sécurité de l’emploi, comme de sécurité, tout court. Ensuite, la sociabilité des urbains, déjà mise à mal durant la dite crise grecque des années en cours depuis ce lointain 2010, aura subi à son tour le coup de grâce sous la crise COVIDienne. 2020 dans le monde et en Grèce, constitue l’année dite “pandémique”, un moment pivot, autant par sa mécanique sociale imposée, les GAFAM en plus.

Les Athéniens remarquent également avec amertume, toute cette métamorphose progressive de leur ville en foyer de l’islamisation agissante, autant imposée par les immigrationnistes alors fervents acculturateurs des peuples et des nations du vieux continent. Près de la moitié des quartiers du centre-ville sous l’Acropole s’étalant vers l’ouest sont désormais largement islamisés, notamment depuis 2015.

Message des amis Arméniens. Athènes, octobre 2020

Et ce n’est pas tout. Dans le contexte gréco-turc actuel, nos amis Arméniens, de même que le Président Égyptien Abdel Fattah al-Sissi, préviennent cette semaine Athènes et Nicosie de l’infiltration en Grèce et à Chypre de nombreux djihadistes sournoisement mêlés aux migrants colonisateurs... dépêchés sur place par Erdogan. Ces terroristes pourraient bientôt passer à l’action, par exemple à Athènes et dans les îles grecques de la mer Égée, dès que la Turquie officielle, islamiste et totalitaire leur donnera le signal.

Nous avons donc évoqué tout cela avec Olivier. Il s’est souvenu de notre excursion avant le COVID-19 d’il y a un an aux Météores en Thessalie, puis il a été question des missiles... homonymes METEOR, lesquels devraient être livrés en Grèce pour mieux armer les avions RAFALE qu’Athènes achète enfin sous cette actualité écrasante aux allures de cascade. Seulement voilà, certaines pressions allemandes et étatsuniennes s’exerceraient en ce moment d’après certains médias grecs, pour que ces missiles ne soient jamais livrés aux forces armées grecques. Attendons plutôt les suites.

Les Météores en Thessalie. Photo Grèce Autrement 2019

Missile METEOR. Presse grecque, octobre 2020

Fort heureusement et pour changer un peu de registre, nous avons aussi évoqué la vie... très diplomate des chats qui sont les nôtres et même bien au-delà. Olivier avait comme on sait emmené avec lui à Athènes les deux chatons, Filí le garçon, désormais adopté, il vit chez Yórgos, et Liloú la fille, chez Kyriakí ; “ils n'ont franchement pas l'air trop malheureux”, comme il le note sur sa page Facebook.

Chez nous, Hermès va mieux et Mimi se maintient vaillamment en dépit de son âge, 17 ans. Et dans le Péloponnèse proche, nous avons laissé de la nourriture pour les félins des lieux, notamment pour Zóga et pour ses petits de la portée d’automne. Tout un programme... d’histoire parallèle.

Sacs de transport pour Filí et Liloú. Le Pirée, octobre 2020

Zóga et ses nouveaux petits. Péloponnèse, octobre 2020

Sinon et pour le reste, notre temps est plutôt âpre et surtout douteux. Nous l’avons largement évoqué, tant l'actualité prend des allures de cascade sur une pente alors glissante. Depuis à peine une semaine, la tension monte de nouveau en mer Égée. La Turquie annexe de fait en toute illégalité la partie occupée de Chypre depuis son invasion de 1974, et le moratoire officiellement annoncé depuis l’OTAN concernant les exercices militaires des deux pays lors des fêtes nationales a sitôt était rompu par Erdogan. Même les prétextes de façade, volent alors en éclat avec la Turquie. Lors de la fête nationale grecque du 28 octobre, les Turcs violeront de nouveau les eaux territoriales grecques comme à leurs habitudes.

Pendant ce temps, le bateau turc de prospection pétrolière Oruc Reis navigue non loin de Rhodes. Le jeu consiste à provoquer la réaction grecque, ce qui à la longue comporte bel et bien le risque d’une déflagration. Les informations manquent, certains analystes à l’instar de l’historien Yórgos Margarítis estiment que les forces grecques auraient déserté les lieux sans trop le dire ; le jeu étant celui de dupes, tant Mitsotákis aurait tout vendu à Berlin.

Mitsotákis et Sakellaropoúlou. Octobre 2020, presse grecque

Dans les faits, et au-delà des paroles creuses, la Grèce a enfoui ses droits souverains en Méditerranée orientale, docilement et en silence. Elle n’a opposé la moindre sorte de réaction violente face à l'intrus, comme elle n’a pas épuisé tout l'arsenal diplomatique et politique dont elle dispose. Même aujourd'hui, cette tactique est appliquée avec persistance. Après le NAVTEX turc, après l'entrée du navire de recherche turc et de la flotte qui l'accompagne dans les eaux adjacentes au complexe de Kastellórizo et de Rhodes, le Premier ministre grec s'est empressé de rassurer à la fois les Grecs et - surtout - les célèbres alliés et partenaires, en usant des expressions qui s’apparentent plutôt à de jeux de mots”. Cependant, la diplomatie grecque sous Níkos Déndias est enfin visiblement active, seulement, c’est l’ensemble du Mitsotákisme Berlinois qui pose plutôt problème.

Ainsi et pour annoncer les nouvelles mesures COVIDiennes, essentiellement le couvre-feu et le port du masque rendu obligatoire partout pour près des deux tiers de la population du pays, Mitsotákis l’a fait solennellement et en présence de la Présidente de la République, la Sorite Sakellaropoúlou. Cette dernière, fidèle à l’agenda Sóros, Bill Gates et OMS, a tenu à préciser que “le plus grand problème que connait actuellement la Grèce c’est bien celui du coronavirus, devançant même l’agressivité turque”. Le pays réel qui ramasse déjà courbé ses olives de la saison, aura à l’occasion tiré ses conclusions, autant politiques.

Olives de la saison. Athènes, octobre 2020

On aura compris que les marionnettes aux commandes ont comme but la mise à mort du pays, peut-être bien à de très rares exceptions près. Sous Mitsotákis et sous prétexte de COVID-19, les Grecs n’ont pas fêté Pâques, ni la plus grande fête de leur été, celle de la Dormition au 15 août, la plus importante des fêtes de la Vierge Marie. Les défilés ainsi que les commémorations lors des deux fêtes nationales, du 25 mars et du 28 octobre, ont été également annulées, c’est un pas de plus dans la déréalisation voulue de la nation, tout comme de son identité culturelle.

Une année 2020 alors au goût amer et à l’économie de nouveau écrasée, en plus des clivages sociétaux et générationnels, générés par la mécanique sociale COVIDienne. L’ordolibéralisme en plus. Pendant que Mitsotákis attribue à son... bureau de Premier ministre une enveloppe supplémentaires de 1,7 millions d’euros sur une base annuelle, sa gouvernance promulgue en même temps la nouvelle loi-cadre relative aux faillites et aux saisies des biens des Grecs.

L'État et les banques prêteuses auront désormais la possibilité de mettre en faillite tout Grec, en somme toute personne physique à tout moment et “automatiquement”. Ce qui signifie la saisie immédiate entre autres de sa résidence principale, sans passer par la Justice. Les fonds rapaces... feront alors la fête car ils pourront mettre la main sur ce qui reste des biens immobiliers des Grecs. Voilà pour ce qui est de la... politique sociale des Mitsotákis. L’ordolibéralisme, constitue autant l’antichambre de la féodalité techno-numérique robotisée, en passant par la nécessaire case du chaos organisé, le “restart” comme le nomment déjà certains perroquets du système.

Bien à vendre. Athènes, octobre 2020

Les analyses sur le sujet sont plutôt amères. “En plein assaut agressif du néo-ottomanisme turc, et autant sous la pression de la deuxième vague du COVID-19 qui menace d'écraser définitivement ce qui reste de l'économie grecque, le gouvernement fait voter sa loi sur la faillite des personnes physiques. Ses dispositions annulent ainsi toutes les protections même élémentaires dont bénéficiaient les emprunteurs, notamment celles qui défendaient jusque à présent, la résidence principale. Voilà qu’après dix ans d'inaction totale de la part du personnel politique sur ce dossier épineux, né de la faillite du pays en 2010, la loi actuelle constitue en réalité un véritable plan de pillage des biens des citoyens grecs. Le système bancaire usurier, ainsi que les fonds parasites étrangers comme locaux, ont déjà pris position suite une première loi SÝRIZA en 2018 ; ils peuvent désormais acheter les prêts des Grecs contre une somme symbolique”.

Biens à vendre. Athènes, octobre 2020

Cependant, cette mutation, entrainera non seulement des effets secondaires économiques et sociaux graves, mais en plus, elle affectera surtout l’épine dorsale de la nation. Et l’agitation sociale d’envergure qui sera générée sera alors insoutenable, en raison des grandes questions nationales ouvertes en ce moment, comme essentiellement de la plus grande menace actuelle qui pèse sur le pays, à savoir, l'expansionnisme turc contre la Grèce. Il n'est pas nécessaire d'être prophète pour prévoir les conséquences dévastatrices qu'une telle évolution peut avoir sur la cohésion sociale et nationale du pays”.

Mimi de Greek Crisis... dans sa boîte. Athènes, octobre 2020

Actualité donc en cascade. Temps qui changent. La crise actuelle, supposée celle du coronavirus, s’apparente bien à la dernière étape du monde moderne sur son chemin imposé vers... la “vie” en ligne. Tout le monde s'accorde à dire que nous sommes déjà informés, travaillons, communiquons, faisons du shopping, tombons amoureux à travers un écran, en somme, en conformité totale, voire totalitaire avec l'icône de la religion moderne... hors islam dans un sens.

D’où toute l'urgence de nos réflexions, ainsi que celle de nos actions. Longue discussion au soleil du Pirée avant l'embarquement, avec l’ami Olivier. Plus les affaires enfin lumineuses de nos chats. Notre Mimi de Greek Crisis se contente déjà de sa bien petite boîte et quant à Hermès, il se porte bien, suite à ses soucis de santé. Enfants aussi du Pirée !
Hermès se porte bien. Octobre 2020


* Photo de couverture: Art populaire. Protestation au Pirée. Octobre 2020.